La Sultane #62 - Page 43

dinars ( 30 euros ), nous avons dû tous faire des tests rapides à 35 dinars le test et le concentrateur à oxygène coûte 200 dinars de location par semaine . Je bénéficie aussi du carnet blanc qui me permet d ’ aller à l ’ hôpital gratuitement . J ’ ai un problème à l ’ un de mes yeux , je dois subir une opération mais c ’ est 1000 dinars et , pour l ’ instant , je n ’ ai pas une telle somme . J ’ ai tout dépensé dans les soins contre le COVID-19 pour ma mère . » Pour elle qui ne s ’ est jamais mariée afin de s ’ occuper de son père en situation de handicap et de sa mère au foyer , l ’ accès aux soins est problématique dans la région , notamment à cause de l ’ isolement . « Même si le droit à la santé est un droit constitutionnel , beaucoup de gens souffrent . Nous avons été vaccinés avant d ’ attraper le COVID- 19 dans ma famille donc nous n ’ avons pas eu de symptômes graves mais d ’ autres personnes ont été touchées et n ’ ont même pas eu les moyens de transport adéquats pour aller à l ’ hôpital . Même l ’ ambulance ne vient pas jusqu ’ ici , parfois les pompiers quand c ’ est urgent , mais c ’ est tout . » MONTAHA Dans le gouvernorat de Jendouba , à 72 % rural , le taux d ’ analphabétisme est deux fois supérieur à la moyenne nationale , selon une étude de l ’ ONG International Alert menée en 2017 intitulée « Les autres femmes . Marginalisation , violence et accès à la justice dans le gouvernorat de Jendouba ». Montaha Hamdi , lycéenne de 17 ans veut non seulement aller au bout de ses études mais elle a aussi décidé de monter une radio web avec 14 amies de lycée pour parler des problèmes des femmes de son village à 6 kilomètres de Fernana , une ville limitrophe de la frontière algérienne .

“ Certaines femmes de mon village sont mortes sur le chemin de l ’ hôpital , faute d ’ un moyen de transport adéquat pour aller au centre de soins le plus proche .

« Nous parlons des problèmes de notre village , des jeunes filles qui se retrouvent à aller faire des ménages dans des maisons au lieu d ’ aller à l ’ école , des parents qui doivent retirer leurs enfants de l ’ école pour raisons financières . Nous parlons aussi de la violence à l ’ égard des femmes . » Montaha connaît bien aussi les problèmes d ’ accès à la santé , elle-même a des maux d ’ estomac , qu ’ elle dit ne pas avoir pu correctement faire diagnostiquer , depuis des années . « J ’ ai eu du mal à trouver un bon diagnostic , je suis allée jusqu ’ à Aïn Draham mais on ne m ’ a pas donnée les bons médicaments . À Tunis , on m ’ a demandé de faire une fibroscopie mais c ’ est trop cher pour ma famille , c ’ est près de 450 dinars . Du coup j ’ évite juste de manger certains aliments . Mon père gagne 300 dinars de salaire , ce
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NUMÉRO # 62