Yvonne, après avoir visité mon exposition, a voulu m'inviter moi
aussi. Magnifique! Le sujet était intrigant, le contexte
prestigieux, la rencontre avec d'autres artistes internationaux
stimulante, l'occasion professionnelle favorable. Mais j'étais
perplexe: je suis moine bouddhiste... En ce qui me concerne, il
n'y avait aucun doute, au contraire, j'aurais participé avec
intérêt et curiosité à une retraite spirituelle jésuite, mais l'idée
d'être gênant dans un contexte catholique me préoccupait.
Yvonne m'a tout de suite rassuré: d'autres participants n'étaient
pas catholiques, tout au moins non pratiquants, et le vrai but du
laboratoire était celui de sonder le “sacré” dans l'art au-delà de
toute connotation religieuse. Donc la présence d'un artiste moine
zen était tout à fait bien acceptée!
Les artistes étaient tenus à présenter au préalable un projet
préliminaire sur le thème de la lutte de Jacob, chacun avec son
propre mode d'expression, à le réélaborer pendant la retraite et
à le reproposer à la fin de la semaine pour mettre en évidence
les circonstances du processus créatif.
La semaine a été extrêmement intense.
Aux élaborations autonomes des artistes invités, se sont
alternés, sans interruption, des pratiques spirituelles
ignaciennes, des conférences spécialisées, des débats, des
confrontations personnelles, des séances de psychodrame, des
visites à des lieux d'art ancien et contemporain. En somme, il
s'est agi d'une exploration concrète de l'esprit créatif dans ses
fonctions, quand celles-ci sont favorisées en particulier par le
thème, par le contexte et par une pratique religieuse, pour
étudier l'étroite connexion de l'art avec l'ineffable.
En effet, personnellement, de par mon propre parcours intérieur,
je n'ai aucune difficulté à attribuer à l'art une valeur “sacrée”,
même paradoxalement dans ses manifestations les plus
profanes. La voie de la beauté arrive aux sens, mais part
toujours du mystère, de la plus profonde intimité avec soi-même
et avec l'univers.
L'épilogue de l'événement a eu lieu à Rome le 15 Décembre
2016 avec la présentation du projet en entier aux Musées du
Vatican et le 16 Décembre 2016 avec un congrès à la
Pontificia Università Gregoriana, qui avait pour titre La lutte
de Jacob comme paradigme de la création artistique.