Une image informelle, qu’elle soit naturelle (comme les textures
des minéraux ou des végétaux, l’herbe dans un paysage, les
remous d’un cours d’eau, les graines de peupliers dans l’air
printanier, la poussière suspendue dans un rayon de lumière, la
boue), ou artificielle (la trame d’un tissu ou un fond peint
abstrait) est rarement perçue, reconnue, considérée comme
significative. Et pourtant nous sommes immergés dans le visuel
indifférencié, dans le chaos, dans l’entropie...
La peinture informelle aussi, si l’on pense que cela est utile de
le faire, peut être analysée en détail et ses signes classifiés
comme des objets. Dans mon répertoire, par exemple, on
trouve des:
superpositions semi
transparentes,
qui donnent de la profondeur tout
comme la perspective “aérienne” ou
“tonale” mise au point par Léonard
de Vinci;
taches,
qui se diffusent en nuages et en
nuances, se mélangeant au hasard,
générant des coagulations, des
masses, des noyaux gravitationnels;
coulures,
qui évoquent des flux dynamiques;
incrustations de matière,
une touche réaliste: ce sont les
impuretés inhérentes aux
phénomènes, elles rappellent l'aspect
concret du tableau comme objet
physique et pas seulement comme
figuration;