Les fonds informels constituent l'ambiance de mes tableaux, ils
en déterminent l'atmosphère, le climat. Ils ne sont pas regardés
dans le détail sauf par des regards experts, pas autant que les
éléments géométriques bien identifiables. Ils sont comme
l'espace sidéral infini dans lequel nous nous concentrons à fixer
juste un corps céleste ou des points lumineux, ils sont comme la
réalité infiniment multiforme qui nous entoure et dans laquelle
nous nous limitons à remarquer les détails reconnaissables, ils
sont comme le liquide amniotique dans lequel est suspendu un
corps en formation. Quoiqu'il en soit, ils ont le pouvoir d'attirer
l'observateur au-delà de la superficie de la toile, “dans” le
tableau, dans un monde parallèle, un univers métaphysique.
Le scénario de la lutte de Jacob est nocturne, une nuit chargée
d'énergie, d'abord imminente, puis débordante, pour s'atténuer
enfin à l'aube. L'atmosphère est obscure mais également
électrique, radioactive et liquide. Une tonalité violacée et vert
phosphorescent m'a paru appropriée pour exprimer la tension
et le mystère.
Normalement je pars de toiles blanches et je rajoute les
couleurs. Là je devais réfléchir à l'inverse: partir des ténèbres,
d'un fond obscur et le charger d’éclairs blanchâtres. Le premier
essai, numérique, s'est révélé efficace dès le départ: j'ai pris des
photos de mes fonds habituels et je les ai passés en négatif sur
l'ordinateur. Parfait!
Une fois compris l'effet que je voulais obtenir, je me suis mis à
réaliser les fonds.