La Gazelle | Page 100

100 101 De gauche à droite : Entrée du Dar Romdhane Bey Vendeur de patisserie Makoudh Voûtes en brique de l’impasse Kassaas Souk des parfums portes de la muraille qui jadis protégeait la ville. Depuis treize siècles, La Zitouna attire, sans discontinuité les fidèles pour la prière. Elle a été en outre le chantre de l’enseignement d’un Islam moderne, tolérant et éclairé. Elle est enserrée par les souks dont chaque allée couverte d’une voûte de brique, délimitée par des portes et bordée de boutiques, est affectée à la fabrication et à la commercialisation d’un article donné. Les activités étaient organisées en corporations gérées par un expert appelé «amine». Les activités polluantes par le bruit, les odeurs nauséabondes, l’usage de l’eau ou du feu, vous ne les trouvez jamais à proximité de la Grande Mosquée; elles sont rejetées à la périphérie. Ainsi les forgerons sont près de la porte Bab Jedid et les teinturiers près de celle de la porte Bab El Jazira. Le quartier central, où se concentrent les activités «nobles» et cossues, est jalousement fermé sur luimême par de lourdes portes à son contact des autres quartiers; portes dont on continue à veiller à la fermeture, à la tombée de la nuit. La garde des souks est alors confiée à des spécialistes, payés par les artisans eux-mêmesselon une coutume ancestrale. En franchissant l’une de ces portes extrêmes, déambulez de souk en souk et c’est toujours la même fascination, la même animation trépidante. Voici les boutiques des parfumeurs, serrés contre la façade nord de la Zitouna depuis le XIIIe siècle, offrant les essences, l’encens, les corbeilles capitonnées aux couleurs pastelles contenant le nécessaire de la cérémonie du «henné» précédent les noces. Plus loin, le souk des chéchias (couvre-chef masculin) aux somptueuses boutiques, témoin de la prospérité d’antan, d’un temps où Tunis était la seule ville au monde à détenir les secrets de fabrication de cet article pour les avoir hériter des Morisques, Andalous chassés d’Espagne par la Reconquista. Arrêtezvous dans l’une de ces boutiques et vous aurez droit à un brillant exposé sur les étapes de fabrication de la chéchia. Sous ses larges voûtes, le souk des chéchias abrite des cafés qui ne désemplis pas et où il faut se faufiler à travers les chaises pour trouver une place. L’animation n’est pas moins grande au souk el Birka, souk des bijoux en or et pierres précieuses Là, la richesse s’affiche dans les boiseries savamment sculptées et peintes, quelque peu kitsch mais non dénuées de charme. Devant les vitrines, scintillant de mille éclats, se bousculent les femmes: car choisir les bijoux que le futur époux se doit d’offrir à sa fiancée est l’affaire des femmes des deux familles, le fiancé se contente de payer la note ! Sur la belle placette occupant le centre de souk el Birka, s’organisait, jusqu’en 1846, la vente aux esclaves.