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[ transmission ] compagnons 23

DE MARIE-MADELEINE, FIGURE DE LA SAINTE-BAUME, aux couleurs des Compagnons

Présente sur les couleurs, au cœur du pèlerinage de la Sainte-Baume, Marie-Madeleine incarne bien davantage qu’ une figure religieuse. À travers elle, les Compagnons donnent à voir un chemin intérieur universel, entre transformation de soi, dignité retrouvée et espérance partagée.

L e symbole frappé sur nos couleurs suscite une interrogation: pourquoi Marie-Madeleine occupe-telle une place aussi importante dans la tradition compagnonnique, notamment dans le pèlerinage à la Sainte-Baume et sur les couleurs des Compagnons? Marie-Madeleine serait une des premières femmes de la chrétienté parvenue en Provence, à la Sainte- Baume, en traversant la mer Méditerranée. C’ est un voyage initiatique qui l’ aurait menée à la Sainte-Baume, comme le voyage des Compagnons. Le pèlerinage des Compagnons à la Sainte-Baume, fait historique, montre que sa symbolique est profondément enracinée dans la culture compagnonnique.

Crête sommitale de la Sainte‐Baume, avec son ermitage perché au bord des falaises calcaires.
ENTRE HISTOIRE, LÉGENDE ET SYMBOLE Si l’ on ne peut pas prouver que Marie- Madeleine soit réellement venue en Provence, la légende exprime une vérité spirituelle et humaine forte: la figure de Marie-Madeleine est devenue emblématique, car elle parle en même temps à la foi et à l’ imaginaire collectif. Elle incarne ainsi une figure de l’ humanité rebelle, blessée, mais capable de reconnaissance.
Marie-Madeleine illustre parfaitement cette transformation intérieure: d’ abord animée par une passion possessive pour Jésus, elle cherche à le retenir. Dans le jardin, son geste traduit ce désir d’ appropriation— elle veut le toucher, le garder. Mais il lui répond: « Ne me touche pas, ne me retiens pas. » Cette parole révèle une tension profonde du cœur humain.
Un autre aspect marquant de cette scène – que nos couleurs expriment si bien – est son cadre: un jardin, devant un tombeau vide. La Bible raconte que l’ histoire humaine a commencé dans un jardin, le jardin d’ Éden, symbole du bonheur originel. Et voici que, dans un autre jardin, Marie-Madeleine rencontre celui qui la fait renaître: un jardin de « Genèse », espace de renaissance après la mort, figurée ici par le tombeau.
Celui qu’ elle pleurait de toute son âme lui confie une mission. Mais avant d’ en saisir le sens, elle doit encore accomplir un chemin intérieur. Quelqu’ un se tient debout près d’ elle, sans qu’ elle le reconnaisse: son chagrin l’ aveugle. Lorsqu’ il prononce son nom, elle est bouleversée: elle existe à nouveau, reconnue. Elle voudrait alors le retenir, mais lui l’ invite à aller plus loin: « Passons sur l’ autre rive! » Il l’ envoie annoncer à ses frères que la vie continue, qu’ un avenir s’ ouvre au-delà de la mort. Elle devient ainsi témoin d’ une espérance.
Il faut se souvenir que la parole vivante du récit de l’ Évangile s’ enracine dans l’ expérience humaine: elle n’ est ni rêve ni idéalisme. La dimension spirituelle de nos
# 357 / Mars- avril 2026