HISTOIRE & PATRIMOINE n° 101 Juillet 2021 | Page 37

Historique et témoignages

Historique et témoignages

Durant l ’ occupation allemande , au cours de la guerre 1939-1945 , la famille Bertho vivait à la ferme du Prazillon , à Saint Marc-sur-Mer . Au cours de ces années , il a fallu s ’ adapter à une nouvelle organisation de vie pour la famille . Comme pour beaucoup de Nazairiens , cette époque a été traversée par des moments difficiles . Une partie des enfants ( les plus âgés ) est restée pour aider à la ferme ; les autres ont dû quitter Saint-Nazaire et se réfugier en dehors de la « Poche ». Un jour , notre grand-mère , aidée de sa fille Monique , allait livrer du lait en centre-ville , avec la voiture à cheval . Au cours de leur tournée , elles subirent un bombardement . Elles se mirent à l ’ abri dans l ’ église Saint-Nazaire . En ressortant après l ’ alerte , elles eurent la bonne surprise de retrouver la voiture attelée , avec seulement quelques gravats dedans , à l ’ endroit où elles l ’ avaient laissée et purent regagner la ferme soulagées et indemnes , après cette grande frayeur . Pour se protéger des bombardements , notre grand-père avait creusé une tranchée sous la réserve de fagots , dans laquelle venaient se mettre à l ’ abri toute la famille et des voisins . La population nazairienne et les occupants ne mangeaient pas toujours à leur faim . Les officiers allemands venaient s ’ approvisionner à la ferme et réquisitionnaient ce dont ils avaient besoin . Il existait des tensions entre les habitants et l ’ occupant , avec des suspicions de vols ( attribués aux Allemands ) de volailles , de lapins , abattages clandestins d ’ ovins et de bovins . Sur dénonciation , il est arrivé que la famille soit « mise en joue » par ces mêmes Allemands , pendant qu ’ ils recherchaient d ’ éventuelles armes , cachées sous le tas de foin . Tout le temps de l ’ inspection , la famille était maintenue sous surveillance . Heureusement pour eux , aucune arme n ’ a été trouvée et , probablement que la personne les ayant dénoncés était mal renseignée . De même , un parachutiste anglais se serait caché dans une buse , à l ’ intersection du chemin des Rochelles et de la rue du Commandant Cousteau ( anciennement route de la fin ). On suppose qu ’ il a dû être sauvé , car personne n ’ en a plus entendu parler . Toujours sur le qui-vive , nos grands-parents n ’ étaient jamais tranquilles et un « baluchon » était prêt pour le départ , au cas où les choses tourneraient mal , principalement la nuit , lorsque les Allemands , installés au Fort de l ’ Ève , braquaient leurs projecteurs sur la ferme ; ils craignaient d ’ être pris pour cible .
Pieux , nos grands-parents avaient fait le vœu que , si le destin permettait de préserver toute la famille à l ’ issue du conflit , ils feraient ériger un calvaire en remerciements . Ce qui fut le cas puisque Henriette , Constant , leurs sept enfants ( Christiane , Monique , Camille , Gisèle , Gilbert , Marie-Louise et Yolande ) et l ’ oncle Léon , prisonnier , purent se retrouver et reprendre une vie « presque normale » au sortir de cette guerre . Seule la benjamine de la famille est parmi nous maintenant . Nous ne devons pas les oublier et nous devons , au contraire , perpétuer leur mémoire . Le calvaire est là pour cela !
C ’ est pourquoi , aujourd ’ hui , ce calvaire vient d ’ être remis en état par des descendants de la famille Bertho . Les passants et randonneurs prennent davantage conscience de son existence et peuvent admirer « sa fière allure » à proximité de la plage de la Courance . Ils pourront , désormais , mieux connaître son histoire , à travers ces quelques lignes , et avoir une pensée émue pour nos ancêtres .
Roland Carré ( fils de Camille )
Le calvaire , avant rénovation .
( Photo famille Bertho )
Plaque apposée sur le calvaire .
( Photo famille Bertho ) juillet 2021 - HISTOIRE & PATRIMOINE - n ° 101 — 165