Outre les grands cépages cultivés en Bretagne nantaise : le Muscadet ( Melon 1 ), le Berligou 2 ( variété du Pinot noir ), le Gamay et le Malvoisie ( Pinot gris ) arrivés de Bourgogne , le Gros-plant ( Folle-blanche ) arrivé des Charentes pour produire de l ’ eau-de-vie , le Grolleau arrivé des pays de Loire 3 ( Anjou et Touraine ), et le Chenin cultivé dans les Coteaux d ’ Ancenis 4 près de la frontière entre Bretagne et Anjou 5 , on trouvait au XIX e siècle , de la presqu ’ île de Guérande 6 à la presqu ’ île de Rhuys 7 , un cépage implanté très anciennement qui était nommé localement : « l ’ Aunis » 8 .
1 - Son nom officiel est « Melon » et non « Melon de Bourgogne » ( il n ’ est pratiquement plus cultivé en Bourgogne ), et Muscadet pour les Bretons ; de même , sa mutation rouge , apparue dans le Pays Nantais , n ’ a pas été nommée officiellement « Melon de Bretagne » comme l ’ ont appelé spontanément les vignerons nantais , mais « Melon rouge ». GALINIÉ Henri , « Un nouveau cépage reconnu en 2019 , le Melon rouge », dans le site Cépages de Loire : https :// cepagesdeloire . wordpress . com / 2021 / 05 / 28 / 99- un-nouveau-cepage-reconnu-en-2019-le-melon-rouge /
2 - Nom local d ’ un clone breton du Pinot noir ( le clone 1306 ). Une simple mutation génétique peut être à l ’ origine d ’ un nouveau cépage ( ex : le Pinot gris – notre Malvoisie des Coteaux d ’ Ancenis – par rapport au Pinot noir ), ou n ’ être qu ’ un simple clone du cépage d ’ origine si les différences ne sont pas suffisamment marquées sur la plante ou à la dégustation . Jusqu ’ à l ’ article de l ’ historien Henri GALINIÉ (« Berligou , nom local de Pinot noir et non cépage », 29 avril 2021 , in : https :// cepagesdeloire . wordpress . com / 2021 / 04 / 29 / 98-berligou-nom-local-de-pinot-noir-et-non-cepage /), l ’ information qui circulait présentait le Berligou comme une variété suffisamment distincte génétiquement du Pinot noir pour en faire un cépage différent . Le beau nom Berligou ne peut donc pas être porté officiellement , mais il pourra l ’ être dans l ’ usage local comme on dit Gros-plant ( pour Folle blanche ), et son vin pourra porter ce beau nom , à la manière du nom Muscadet . Dans sa très importante étude sur « Les progrès de l ’ agriculture dans la Loire-Inférieure , depuis un siècle », Ambroise Andouard ( 1839-1914 ) écrivait : « Un muscadet à grains rouges , appelé Berligou , était autrefois assez répandu dans le département . » ; in Annales de la Société académique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure , Volume 10 e de la 6 e Série , éd . Vve Camille Mellinet et Cie , 1889 , page 145 . Le Pinot noir a dû descendre la Loire au cours du Bas Moyen-Âge , il était en effet cultivé dans l ’ Orléanais dès le XIII e siècle . Le Berligou est bien la variété bretonne du Pinot noir , exactement comme le Melon rouge ( découvert au Landreau en 1995 ), mutation locale de notre Muscadet .
3 - GALINIÉ Henri , « Grolleau en Anjou et en Touraine depuis le 18 e siècle », dans le site Cépages de Loire : https :// cepagesdeloire . wordpress . com / 2020 / 08 / 31 / grolleau-en-anjou-et-en-touraine-depuis-le-18e-siecle /
4 - Ancenis s ’ est développée au Moyen-âge tardif grâce au commerce du vin local et d ’ importation . Certaines années , les seuls Rennais venaient y acheter jusqu ’ à 3000 pipes de vin breton et 4000 pipes de vin français , venant des pays de Loire , de Bourgogne , du Poitou ( d ’ après Leguay Jean-Pierre et MARTIN Hervé , Fastes et malheurs de la Bretagne ducale 1213-1532 , éd . Ouest-France Université , 1982 ; page 241 ).
5 - Après l ’ annexion de la Bretagne en 1532 , la nouvelle province d ’ État ( province « réputée étrangère ») conserve son Parlement et ses privilèges ( au sens juridique ), la frontière fiscale reste à Ingrandes , au bord de l ’ une des plus importantes voies de communication du Royaume : la Loire . Commune située à la frontière entre Bretagne et Anjou , on trouvait donc dans cette ville une barrière douanière très importante , qui est restée en vigueur jusqu ’ à la Révolution . Une ancienne borne dite « Pierre de Bretagne » ( disparue ), marquait la frontière ; son souvenir se perpétue à Ingrandes par le nom d ’ une « rue de la Pierre de Bretagne ».
6 - Ce n ’ est qu ’ à partir de la fin de la période du moyen-breton ( 1650 ) que la langue bretonne a commencé son retrait dans le Pays de Guérande , un recul lent qui s ’ achève au début du XX e siècle à Batz , les derniers bretonnants de naissance étant décédés dans les années 1950-1960 ( voir au-delà ).
7 - J ’ ai pu parler avec les derniers bretonnants de naissance entre Sarzeau , Surzur et Theix , il y a plus d ’ une vingtaine d ’ années . C ’ était toujours des personnes isolées vivant loin du bourg , il a dû en être de même de Pénestin à Guérande jusque dans la deuxième moitié du XIX e siècle . Le poète breton de Groix Jean-Pierre Calloc ’ h ( 1888-1917 ) disait : « Er peur ne gan dén é glodeu .», que l ’ on peut traduire ( de manière moins poétique ) par « personne ne s ’ intéresse aux pauvres gens », rares sont en effet les personnes qui ont enquêté au XIX e sur la langue bretonne dans le Pays de Guérande ( sauf à Batz où vivait une communauté bretonnante ).
8 - D ’ autres cépages beaucoup plus confidentiels étaient cultivés en Loire-Atlantique au XIX e siècle comme le Côt-Malbec ( nommé « Grifforin » autrefois d ’ après HARDY J . -A., Catalogue de l ’ école des vignes de la pépinière du Luxembourg , 1948 ), ou d ’ autres cités par Fernand GUÉRIFF pour notre région : le Mellier Saint-François , l ’ Auxerrois … ( sans parler des hybrides , comme le Noah , l ’ Othello , l ’ Oberlin … qui s ’ implantent à partir de la fin XIX e siècle suite à l ’ arrivée des maladies américaines : oïdium , mildiou , phylloxéra ).
On voit sur cette carte l ’ espace où était cultivé l ’ Aunis au XIX e siècle , il s ’ agit du sud-est de la Bretagne de langue bretonne 1 ( coloré en jaune ) 2 .
1 - La limite traditionnelle de la langue bretonne , telle qu ’ elle a été du XII e au XVII e siècle ( période du moyen-breton ), et comme l ’ atteste la toponymie et les cartes anciennes , part du Pouliguen et passe au sud de Guérande , puis à l ’ est de Saint-Lyphard , Herbignac , Férel , Marzan , Péaule , Le Guerno , Noyal-Muzillac , Questembert , Larré , Elven , Plaudren … et remonte jusqu ’ à Plouha dans les Côtes d ’ Armor ( BROUDIC Fañch , a la recherche de la frontière , éd . Emgleo Breiz , 1995 ). À l ’ ouest de cette ligne se trouve la « Bretagne bretonnante » et à l ’ est la « Bretagne gallo », ou « Bretaigne gallou » comme on disait dans l ’ administration des ducs de Bretagne ( KERHERVÉ Jean , L ’ État breton aux 14 e et 15 e siècles – les ducs , l ’ argent et les hommes , thèse éd . Maloine , 1987 ; Tome I , page 23 ).
2 - L ’ une des cartes qui donnent la frontière linguistique ( breton / français ) au XVII e siècle .
Tabula ducatus Britanniae gallis – Le gouvernement général de Bretagne .
( Carte publiée à Nuremberg par Johann Baptist Homanno [ 1663-1724 ]). juillet 2021 - HISTOIRE & PATRIMOINE - n ° 101 — 129