Quand ils sont parvenus jusqu ’ à nous , les registres paroissiaux de l ’ Ancien Régime , tenus par les curés , sont une mine très riche de renseignements sur nos ancêtres et la vie qui était la leur . Ils sont bien connus des généalogistes , mais concernent également ceux qui s ’ intéressent à la démographie historique . Certaines mairies les conservent encore ; sinon ils sont consultables en ligne sur le site des Archives Départementales .
C
’ est l ’ ordonnance de Villers- Cotterêts qui , en 1539 , rend obligatoire la tenue de registres des baptêmes par les curés des paroisses . En 1579 , l ’ ordonnance de Blois impose également l ’ enregistrement des mariages et des décès . Enfin , en 1667 , l ’ ordonnance de Saint-Germain-en-Laye stipule que les registres seront tenus en double exemplaire . Pour Mesquer , les registres paroissiaux , base de notre étude , sont conservés depuis le courant de la première moitié du XVII e siècle . À partir de 1671 , nous disposons de l ’ ensemble des BMS ( baptêmes , mariages , sépultures ), qui recensent de façon chronologique les baptêmes , les mariages et les sépultures sur un registre annuel unique . On ne parle pas alors de commune , mais de paroisse ; celle de Mesquer est la paroisse Notre- Dame La Blanche . Tous les desservants de Mesquer ne remplissent pas les registres de la même façon ; parfois , ils négligent de mentionner l ’ âge d ’ un défunt , parfois sa profession ou son lieu d ’ habitation ; parfois , ils ne demandent pas aux personnes présentes si elles savent ou veulent signer en bas de l ’ acte . Mais ces registres n ’ en sont pas moins une mine de renseignements ; et à Mesquer , ils sont plutôt bien tenus . Pour la période étudiée ici , 1693-1715 , les recteurs de la paroisse chargés de tenir ces registres sont Yves Perraud , de 1688 à 1714 , puis son successeur également dénommé Yves Perraud , de 1714 à 1743 . Ces deux recteurs sont assistés de vicaires ( 1 ), dont Alain Broussard ( de 1692 à 1720 ), Jacques Rual ( de 1710 à 1713 ) et Pierre Legoff ( de 1713 à 1718 ). En année moyenne , le clergé mesquérais est bien occupé , avec environ 40 baptêmes par an , autant d ’ enterrements et une dizaine de mariages , soit 90 actes par an , un tous les quatre jours en moyenne . La charge de travail occupait bien un recteur et plusieurs vicaires .
Dans cette étude , nous nous intéresserons aux naissances et aux mariages , mais surtout aux sépultures , sur une durée suffisamment longue pour en tirer des enseignements intéressants sur la vie et la mort des Mesquérais de cette époque , qui correspond très exactement aux vingt-trois dernières années du règne de Louis XIV , à cheval sur la fin du XVII e et le début du XVIII e siècle ( 1693-1715 ).
Les baptêmes ( naissances )
Le curé n ’ inscrit pas les naissances dans le registre paroissial , mais les baptêmes , ce qui revient à peu près au même puisque les nouveaux-nés étaient baptisés le jour même , ou le lendemain . En cas de risque de décès rapide , le nouveau-né était baptisé à la maison , de crainte qu ’ il ne décède avant . Le curé le mentionne alors dans le registre . Peut-être était-il parfois ondoyé , une cérémonie simplifiée et accélérée en cas d ’ urgence . On a compté , de 1693 à 1715 , au moins six nouveaux-nés baptisés en urgence à la maison et qui sont décédés dans les heures qui ont suivi . En 1714 , le registre indique même un baptême à la maison fait par la sage-femme . D ’ autres , baptisés à la maison , ont survécu . Le registre paroissial , lors d ’ un baptême , est souvent rédigé selon l ’ exemple suivant : « Le 27ème février 1702 a été baptisé par moi Recteur soussigné Marie fille de Guillaume Garinot et d ’ Yvonne Tattevin ses pères et mère paludier du village de Fontaine Bras a été parrain Julien Lespert et marraine Marie Garinot en présence de Guillaume Garinot père et François Garinot et autres qui n ’ ont signés ». On note , dans cet exemple , que le père est présent au baptême , mais pas la mère , qui se remet de l ’ accouchement et surtout doit attendre la cérémonie des relevailles de couche pour entrer à nouveau dans l ’ église . Il y avait près d ’ une quarantaine de baptêmes par an dans la paroisse , avec deux pics de naissan ces , l ’ un en février-mars-avril ( conceptions , fin du printemps et été ) et l ’ autre , le plus fort , en octobre ( conceptions en janvier-février ).
Page de gauche Pages du registre paroissial de Mesquer , 1702 .
( Archives départementales de Loire-Atlantique ) juillet 2021 - HISTOIRE & PATRIMOINE - n ° 101 — 115