Gang de Biches Numéro 6 - Juillet/Août 2019 | Page 42

TOUTE MA VIE - 43 42 TOUTE MA VIE  Entretiens avec des meufs aux passions dévorantes  du ramassage de déchets ici. Plus je trouvais des choses intéressantes sur la plage, plus j’avais envie de continuer. Aujourd’hui, j’essaie d’y aller aussi souvent que possible, tous les jours quand j’ai le temps, et à chaque fois que nous voyageons vers une destination en bord de mer. Tu nous racontes comment tu as fait de cette passion un projet à part entière depuis plus de deux ans ? SEA AND GATHER, UNE CHASSE AUX TRÉSORS PLEINE DE SENS Depuis les plages de Californie jusqu’à celles de Biarritz, Rebecca Kudela a ramené avec elle son amour pour la mer et le surf mais également pour la pratique du beachcombing. Littéralement « ratissage de plage », cette activité consiste à ramasser tous types d’objets trouvés sur le sable pendant ses balades. Une passion originale que Rebecca a choisi d’utiliser à bon escient : en exposant ses trouvailles, elle souhaite véhiculer un message fort sur l’état de nos côtes.  Marion Le Guenic Rebecca, tu es californienne et tu habites à Biarritz depuis plusieurs années maintenant. Comment es- tu arrivée sur la côte basque ? Il semble que, pour toi, les balades sur la plage soient forcément synonymes de collecte d’objets. Ça a toujours été le cas ? Mon mari Brent et moi-même sommes tous les deux designers et travaillons dans l’industrie du surf. Je suis directrice artistique digitale pour Billabong Womens et il travaille en tant que designer textile pour DC Shoes. Il y a 5 ans, on lui a proposé un job au sein du siège de Saint-Jean de Luz. C’était véritablement mon rêve de vivre en France donc il a accepté l’offre et on a déménagé en « Californie Française » où on profite de la plage et de la culture surf. On adore le fait de pouvoir voyager facilement à travers l’Europe. On adore vivre ici ! Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours ramassé les déchets sur la plage. J’ai commencé quand j’étais petite, j’allais à la plage sur la côte centrale de la Californie et je rassemblais des coquillages avec ma soeur. Ensuite, j’ai dû déménager en Californie du sud pour l’université. À cette époque, je partais souvent ramasser les déchets à San Diego, au Mexique, à Huntington Beach ou à Long Beach. Lorsque j’ai déménagé à Biarritz, j’avais vraiment le mal du pays. J’ai donc essayé de trouver une façon de rendre ce nouveau pays et cette nouvelle vie un peu plus « comme à la maison ». C’est là que j’ai commencé à faire J’ai commencé à partager mes trouvailles sur mon compte Instagram personnel, aux débuts de l’application. J’ai rapidement compris que les gens appréciaient mes photos donc j’ai débuté un nouveau compte uniquement dédié au ramassage de déchets, Sea and Gather. De cette manière, je pouvais aussi partager encore plus de contenu au quotidien. Toutes les choses que j’ai pu trouver jusqu’ici sont un aperçu, non seulement de l’histoire et de la culture de la ville dans laquelle je me trouve, mais aussi un aperçu de la mer. Je trouve des objets uniques et qui me fascinent, notamment ici en Europe. J’aime partager avec les gens ce que la mer peut laver et renvoyer sur nos plages. Cela permet aussi de sensibiliser les gens à la problématique de la pollution plastique. En regardant les photos, on arrive facilement à se rendre compte de quels genres d’objets finissent dans l’océan. À mon sens, c’est une bonne manière d’encourager les gens à réfléchir à leur manière de consommer. Tes trouvailles doivent être très diverses : entre trésors marins et déchets, quels sont les objets les plus courants que tu retrouves sur les bords de mer ? Lorsque j’étais plus jeune, j’ai commencé le ramassage de déchets parce que j’adorais collectionner les coquillages et les cailloux. Mais plus je ramassais des trésors naturels, plus je découvrais que les déchets et les plastiques étaient au final plus nombreux que le reste. C’est désastreux, et aujourd’hui, j’essaie de me focaliser principalement sur la collecte de déchets, de plastiques et d’objets non-naturels. À moins d’aller tous les jours sur la plage, il est difficile de se rendre compte de l’étendue des dégâts et de comprendre à quel point nos plages sont sales. À Biarritz, les objets les plus communs sont évidemment du plastique, dont des bouchons de bouteilles, des rasoirs, des tampons, des coton-tiges, des biomédias et des micro-plastiques. Je trouve souvent des jouets en plastique, des cordes, des hameçons, de vieux morceaux de verre poli, du marbre poli et du carrelage poli. Une fois, j’ai même trouvé un vrai pistolet à la Grande Plage ! Je l’ai immédiatement ramené au commissariat. C’est le truc le plus fou que j’ai trouvé ! Et pendant tes voyages, tu continues le ramassage dès que tu peux ! Remarques-tu des différences dans le type d’objets récoltés en fonction des pays ? J’adore ramasser les déchets sur les plages quand on voyage, parce qu’en effet les choses que je trouve sont toujours un peu différentes en fonction du pays. Par exemple, en Italie et en Grèce, je trouve souvent des carrelages de terre cuite qui ont été brassés par la mer. En Espagne, je trouve davantage de jouets en plastique, et du verre poli de différentes couleurs, ce qui est rare. Ce qui ne change jamais par contre, c’est que les morceaux de plastique que je trouve sont toujours similaires, où que j’aille : des bouchons de bouteilles, des bouteilles plastiques et des emballages à usage unique, celui que l’on utilise tous les jours dans nos vies. C’est réellement intéressant de voir que le plastique qui atterrit dans la mer est un problème global, qui touche le monde entier de la même manière. Quels sont tes projets et tes envies pour la suite de Sea and Gather ? J’ai gardé précieusement presque tout ce que j’ai trouvé jusqu’ici et suis actuellement en train de construire une série de sculptures et installations artistiques réalisées à partir d’objets. J’espère pouvoir organiser une exposition à Biarritz avant la fin de l’année. J’adorerais pouvoir continuer à partager ce que je trouve au quotidien et sensibiliser à la problématique des déchets plastiques qui affecte nos océans et les décharges. En partageant mes trouvailles, je souhaite avant tout encourager les gens à réduire leur consommation de plastique à usage unique, et ainsi privilégier une consommation responsable. Quand on voit que des objets aussi simples qu’une bouteille plastique peuvent finir sur nos plus belles plages, ça fait réfléchir à deux fois avant de les utiliser. Le but est que nous fassions tous un effort quant à nos choix et nos décisions au quotidien, ensemble nous trouverons des solutions pour consommer autrement !  ------------------------------------------------------------ Pour suivre les trouvailles de Rebecca @seaandgather Tu souhaites contribuer aux nettoyages des plages ? Rendez-vous sur initiativesoceanes.org