Gang de Biches Numéro 6 - Juillet/Août 2019 | Page 32
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F E E L G O O D
La motivation selon Charlotte
LES LIMITES
Les signes avant-coureurs de ma capacité à me faire
marcher dessus (et qui auraient dû alerter mes parents
du niveau déglingue psychologique que j’avais atteint)
remontent au CM1. J’avais neuf ans et cela faisait déjà
quatre ans que je m’accrochais comme un vieux bout
de PQ sous une chaussure à l’espoir de sortir avec
Jimmy, le bad boy de la primaire...
P
our tout vous dire, le coup de foudre a eu lieu dès
la grande section. Il était nouveau et jamais je
n’avais vu autant de swag et de testostérone dans la
cour. J’ai donc pris mon courage à deux mains pour
aller lui souhaiter la bienvenue et là, surprise, même
pas le temps de finir mon bonjour qu’il m’avait déjà
mis un coup de pied dans le tibia. Pourtant, ni le bleu
sur la jambe, ni les ballons de basket dans la tête,
ni ses tendances polygames à batifoler avec mes
meilleures copines ne m’arrêtaient. J’étais tellement
déterminée à devenir Madame Jimmy par tous les
moyens que j’avais accepté de mettre de côté toute
notion d’amour-propre et de dignité.
Jusqu’à ce fameux jour de contrôle d’Histoire où tout a
basculé. Pour vous remettre dans le contexte, il y avait
deux classes de CM1. J’étais dans l’une et Jimmy dans
l’autre. Il passe donc son test sur les rois de France
et les églises en premier et en sortant me dit qu’il a
tout raté et qu’il va avoir maximum 3/20. Sautant sur
l’occasion - en me disant qu’il n’y a rien de tel qu’un
partage de galère pour créer du lien - moi, la bonne
première de la classe, me met donc à l’ouvrage pour
saboter mon contrôle et ainsi avoir la même note que
Jimmy pour gagner en street cred à ses yeux. Quelques
jours plus tard, la maîtresse nous rend les contrôles :
Jimmy a eu 7 et moi 3. Au lieu d’avoir l’effet rock'n'roll
escompté, je passe en un quart de seconde de l’intello
binoclarde à celle qui a confondu Clovis et Pépin le
Bref. S’en suivit une période sombre de « privée de
sortie » dont je parvins à me remettre en m’enfilant
des pépitos tout en écoutant Aimer c’est qu’il y a de
plus beau, convaincue que Cécilia Cara était la seule à
comprendre ma douleur.
Au-delà de son potentiel d’adaptation au cinéma, cette
histoire illustre parfaitement bien le niveau d’aberration
et d’abnégation qu’on est prêt à atteindre pour plaire
et obtenir l’approbation des autres. Et moi, j’étais
apparement prête à me prendre des taquets, à m’abêtir
et à monter le premier club échangistes des 8-10 ans
de Bretagne dans le seul but de devenir assez « cool
» pour sortir avec le bad boy de l’école. Mais tant que
l’Éducation Nationale ne mettra pas en place des cours
pour apprendre à dire non, pour gérer le conflit et vous
expliquer que vous n’avez pas été mis sur terre pour
satisfaire tout le monde, les générations d’adultes n’ayant
aucune conscience de leurs limites et considérant que
faire valoir leurs propres intérêts est le summum de
l'obscénité, continueront de se succéder.
Résultat : on devient frustré·e, déçu·e, désabusé·e en
blâmant la terre entière de nous manquer de respect,
d’abuser de notre gentillesse et de ne pas nous
considérer à notre juste valeur. Alors qu’au final, on n’a
jamais posé les frontières dans lesquelles on souhaitait
consciemment évoluer. Donc, j’ai une question vraiment
bête pour vous (mais qui, je l’espère, vous fera le même
déclic que mon histoire de contrôle) : si vous n’êtes vous-
même pas au courant de vos limites, comment voulez-
vous que tous les gens qui vous entourent le soient et
les respectent ?
À titre personnel, j’ai pendant très longtemps pensé
que mes limites ne pouvaient pas vraiment être fixées
parce qu’elles dépendaient des circonstances et de la
personne que j’avais en face de moi. Par exemple, si
une personne m’intimidait dans le cadre professionnel
de par son statut, ses accomplissements ou simplement
son charisme, je me mettais direct à diviser mes prix par
trois, à me transformer en petit laquais bien docile et à
ne jamais poser mes intérêts sur la table par peur de
froisser le grand-manitou en face de moi et de me griller.
Pareil pour ce qui relève du cadre personnel. Les trois
quarts des personnes que je reçois en coaching me font
part de leur incapacité à prendre du temps pour elles, à
cause des sollicitations extérieures constantes de leurs
enfants, conjoint·e·s, parents, ami·e·s, boss ou collègues
et ont intériorisé que c’était leur taf d’y répondre. Et
comme eux-mêmes sont dans l’incapacité de poser des
frontières à leur serviabilité, tout le monde se comporte
comme si c’était un open-bar !
La clé, c’est donc d’arrêter de croire que c’est aux autres
de devoir deviner nos limites. En créant un ensemble
de règles et de principes qui vous sont propres, vous
permettez à vous-même et à votre entourage de savoir
clairement ce qui est permis ou non. Et une fois qu’elles
sont connues, posées et communiquées, vos limites
ne doivent plus jamais être des objets de débats, sauf
si vous décidez vous-même qu’elles ne vous servent
plus ! Chacun d’entre nous est venu avec un mode de
fonctionnement unique. Les lois de la France ne sont
pas les mêmes que les lois du Brésil ou du Canada et
personne n’en fait toute une histoire. Les gens continuent
toujours de voyager, de découvrir, d’émigrer quand ils
veulent changer de cadre et de rentrer chez eux quand ils
en ont marre. Et bien c’est exactement pareil avec vous,
poser un système de règles va vous permettre de bloquer
d’une part les abus, mais surtout les conditions de vie
dont vous ne voulez pas.
Et il n’y a rien de mal à ça ! Rien de mal à vouloir être
rémunéré·e pour le travail fourni, rien de mal à refuser de
poursuivre une relation parce qu’elle vous apporte plus
de problèmes que de moments heureux, rien de mal à
aller voir votre N+1 pour lui expliquer que votre travail ne
vous épanouit plus. So Keep Calm and Say No !
CONSEILS
ÉVITER DE S'INFLIGER DES
CHOSES INUTILES DANS
LE SEUL BUT D’OBTENIR
L’APPROBATION
DES AUTRES.
C’EST À NOUS-MÊME DE
DÉFINIR NOTRE ENSEMBLE
DE LIMITES ET DE LE FAIRE
CONNAÎTRE À NOTRE
ENTOURAGE
IL EXISTE TOUTE UNE RICHESSE
DE FONCTIONNEMENTS
DIFFÉRENTS ET C’EST TANT
MIEUX. LA CLÉ EST DE BIEN
CONNAÎTRE LE SIEN.
ATTENTION À L’OPEN BAR DE
LA SERVIABILITÉ : IL FAUT
S’AUTORISER À DIRE NON AUX
SOLLICITATIONS EXTÉRIEURES
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Avec son projet Carbone Theory, Charlotte Scapin te propose
de booster ta confiance en toi et ta motivation grâce à du
coaching funky et à des événements sur fond de bon r’n’b.
carbonetheory.com
NE PAS FAIRE LA COUR AUX BAD
BOYS PRÉNOMMÉS JIMMY