Gang de Biches Numéro 6 - Juillet/Août 2019 | Page 24
24 - PHYSIQUE CHIMIE
Depuis, j’ai eu deux frères, tous les deux initiés à
l’identique au naturisme dès leur naissance. Mon oncle
et ma tante sont aussi naturistes, tout comme leurs
enfants. Nous nous retrouvions alors chaque année pour
partager la même simplicité, d’être en tenue d’Adam
et Ève. C’était une habitude pour nous, jusqu’à ma
majorité : lorsque j’ai eu 18 ans, j’ai choisi de travailler
en tant qu’animatrice enfant dans un domaine naturiste
que je fréquentais depuis toujours. Je ne me voyais pas
travailler ailleurs ni autrement que nue. J’ai adoré cette
expérience alliant travail, simplicité, joie et vacances. Ce
poste m’a aussi permis de renforcer mon intégration au
sein du domaine ainsi que dans mon groupe d’amis et
auprès des vacanciers que je revoyais d’année en année.
Car oui, le naturisme permet de se créer un cercle d’amis
« éphémère » (le temps des vacances), mais si puissant
et intense ! Désormais, ce sont pour la plupart des « amis
pour la vie » comme on dit. Car en plus de partager notre
nudité sans complexe, nous partageons aussi les mêmes
valeurs, la même philosophie que ce soit par rapport à la
nudité ou la vie en générale. Nous partageons des repas,
des randonnées, du sport, des soirées... Des moments
ancrés à jamais dans nos mémoires et nos souvenirs, et
qui nous ont construits.
dans ses baskets. Aujourd’hui, je n’ai aucun mal à être
nue devant mes parents, devant certains amis, lors de
rendez-vous chez l’esthéticienne ou le gynécologue, ou
encore lorsque je devais me changer dans les vestiaires
de sport au collège. De plus, j’arrive à vivre ma vie intime
sans complexe pour le plus grand bonheur de mon
partenaire. J’ai des vergetures, quelques kilos en trop,
des seins abimés. Mais cela fait partie intégrante de
mon histoire, de la personne que je suis devenue, et le
naturisme me fait m’assumer naturellement et me sentir
vivante, bien dans ma tête, même face au regard des
autres, que je ne vois plus.
Le regard des autres dans le naturisme est d’ailleurs
bienveillant. Que ça soit envers les enfants, les ados,
les adultes et les personnes âgées. Il n’y a que dans
cet environnement que je me sens bien, acceptée et
valorisée. Une fois nos vêtements enlevés, nous faisons
face aux vulnérabilités des uns et des autres. J’ai vu tous
types de corps : gros, mince, petit, grand, j’ai aussi vu
des personnes handicapées (physiques et mentales),
des personnes ayant eu un cancer, des femmes avec
une ablation du sein... Toutes ces « différences »
vivent en paix et en harmonie,
ensemble. Cerise sur le gâteau,
« Le naturisme me fait
Il n’y a rien de « sale » ou
le naturisme m’a donc ouvert
« d’érotique » ou même de
m’assumer naturellement et me l’esprit depuis toute petite,
« pervers » dans la pratique
comme pour mes frères ou
sentir vivante, bien dans ma tête, ma famille, et m’a appris la
du naturisme ! Après tout,
nous naissons tous nus et
même face au regard des autres, tolérance et le non-jugement.
égaux. À nous de choisir la
Enfin, cette pratique est plus
que je ne vois plus. »
façon de l’assumer et de le
qu’une mentalité, c’est un style
pratiquer. Ce mode de vie est
de vie au quotidien. Chez moi,
maintenant tellement ancré profondément en moi que
dès que je le peux, je suis nue. Car en plus d’être bon
devoir porter un maillot de bain en été sur des plages
et vivement recommandé pour notre santé, cela fait
non naturistes ou à la piscine est un véritable supplice
respirer mon corps de ce carcan que sont nos vêtements.
car je dois me conformer à la pudeur, aux regards de
jugement permanent des autres personnes, à devoir
J’ai ainsi réussi, par ma pratique et par la communication,
m’épiler impeccablement, à devoir choisir un maillot à
à convertir certains de mes amis « textiles » au naturisme.
la mode qui ne mettra de toute façon jamais mes formes
Réticents la première fois, soucieux et pleins de
en valeurs ! J’ai même du mal à comprendre comment
stéréotypes en tout genre sur cette pratique, l’idée a fait
les gens peuvent se sentir confiants et bien en maillot
du chemin dans la tête de certains, qui ont sauté le pas,
de bain, en assumant pleinement leurs marques de
en douceur à mes côtés. Le fait d’en parler ouvertement
bronzage que je trouve beaucoup plus disgracieuses
à mon entourage est un véritable travail de fond. Ce
et ridicules qu’un bourrelet sur un corps nu. Pour les
n’est pas pour autant que mes relations aux autres ont
femmes qui se demandent comment appréhender
changé ou que leur regard à mon encontre s’est modifié.
la période gênante de nos règles en étant nue : aussi
Ils l’acceptent et nous en discutons, je réponds à leurs
simplement qu’à votre habitude. Il n’y a rien de choquant
interrogations et les rassurent. Je souhaite faire tomber
à apercevoir une ficelle accrochée à un mont de Vénus…
les préjugés face à cette pratique naturelle et encourager
Les idées reçues de notre société nous ont interdit
les gens à franchir le cap. Nous devons servir d’exemple
d’accepter notre vraie nature. Alors il est temps de faire
aux nouvelles générations et à tout le bien-être que
tomber ces tabous !
nous apporte quotidiennement le naturisme dans nos
vies de fous.
La pratique du naturisme est aussi une thérapie. Cela m’a
permis d’être en harmonie avec mon corps, et de m’aider
Aujourd’hui, j’attends avec impatience mes prochaines
à appréhender la période difficile de l’adolescence. Les
vacances pour retrouver mes amis, partager d’autres
seins qui poussent, les poils qui apparaissent, la voix
moments forts, grandir et m’épanouir plus encore... Le
qui change pour les hommes… Pour ma part, je suis
tout, en étant nue !
passée par des prises de poids puis par des phases où
j’étais plus « mince ». Le naturisme a clairement joué
un rôle dans l’acceptation de mon corps, de qui je
suis aujourd’hui, c’est-à-dire une femme libre et bien
« DEVOIR PORTER UN MAILLOT DE BAIN EN ÉTÉ
SUR DES PLAGES NON NATURISTES OU À LA
PISCINE EST UN VÉRITABLE SUPPLICE CAR JE DOIS
ME CONFORMER À LA PUDEUR, AUX REGARDS DE
JUGEMENT PERMANENT DES AUTRES PERSONNES »