Gang de Biches Numéro 6 - Juillet/Août 2019 | Page 18
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CULTURE MÉDIA - 19
C U LT U R E
MÉDIA
vidéos, ce qui permet aux documentaires féministes
d’être vus par le plus grand nombre.
Un documentaire récent a, en particulier, saisi
l’opportunité de ces plateformes pour diffuser son
message de sensibilisation. Il s’agit du documentaire
28 jours, réalisé par Justine Courtot, Angèle Marrey et
Myriam Attia. Dans cette vidéo disponible sur Youtube,
plusieurs femmes sont interrogées sur leur rapport à
leur cycle menstruel. Tous les sujets sont abordés :
les flux, les douleurs, les protections hygiéniques, le
sexe pendant les menstruations, l’endométriose…
Ce documentaire est une véritable révolution en soi,
puisqu’il permet aux femmes de parler d’un sujet jugé
tabou et qui pourtant touche un humain sur deux
dans le monde. Il s’agit ainsi de briser les non-dits
ou les mauvaises représentations faites des règles
dans les médias de masse. Dans la même lancée que
28 jours, le documentaire SPM Ta Mère, réalisé par
Leslye Granaud, a quant à lui littéralement explosé
les attentes de sa campagne de socio-financement. Ce
documentaire traitant du syndrome pré-menstruel et
de la popularisation de ses sujets adjacents, devrait
ainsi voir le jour prochainement.
À étaler avec précaution
CAMÉRA AU POING,
ELLES DOCUMENTENT
LA VIE DES FEMMES
Pauline Giegelmann
Occulté, muselé, le quotidien des
femmes est invisibilisé par les grands
médias. Par manque de représentation
de leur réalité, certaines décident
alors de raconter par elles-mêmes
leurs histoires, de façon crue, sans
détour, avec intelligence et franchise.
Ces documentaires ont un point
commun : ils sont réalisés par des
femmes, avec des femmes, pour générer
compréhension, acceptation et la fin des
nombreux tabous entourant leur vie.
Un nouveau moyen de sensibilisation
L
e désir des femmes de raconter par elles-mêmes leurs
combats via des documentaires remonte au milieu du siècle
dernier. Les années 1960 et 1970 ont été particulièrement
fructueuses pour le milieu du documentaire féministe,
notamment de part le célèbre Sois belle et tais-toi, de Delphine
Seyrig. Il s’agit d’un reportage sur le sexisme du milieu du
cinéma, au cours duquel une vingtaine de professionnelles
dénoncent les difficultés auxquelles elles ont dû faire face
dans le quotidien de leurs métiers. Bien évidemment, de
nombreux documentaires parurent par la suite, dans un
désir de rendre public le quotidien des femmes. Il s’agit, en
grande partie, de lever les tabous : le sexisme ordinaire, les
agressions sexuelles, les menstruations, la précarité. La fin de
la loi du silence signifie une sensibilisation de l’ordre public
aux problématiques rencontrées, afin d’ébaucher ainsi des
pistes de solutions.
Les femmes s'emparent de leurs histoires
Ces deux dernières années ont été marquées par un nombre
grandissant de documentaires réalisés par des femmes. Les
sujets ont évolué avec leur temps et les réalisations vidéos
sont aujourd’hui disponibles sur de nombreuses plateformes
abordés sont variés et racontés par des femmes
puissantes, qui prennent la parole sur des sujets
invisibilisés. Le documentaire décrit ainsi les difficultés
d’évoluer librement, loin des stéréotypes, dans une
société occidentale majoritairement blanche. Ce film
est un indispensable pour ceux et celles souhaitant
déconstruire leurs préjugés sur la condition de ces
femmes, mais également pour les femmes issues de la
même histoire coloniale et souhaitant avoir accès à des
témoignages dans lesquelles elles peuvent retrouver
une partie de leur histoire personnelle.
Enfin, le documentaire Les Internettes – Elles prennent
la parole, réalisé par Léa Bordier et Lisa Miquet, explore
également ce que signifie être une femme dans notre
époque… mais sur Internet. Le documentaire, disponible
sur YouTube, compile les témoignages d’une vingtaine
de youtubeuses, qui décrivent les divers aspects
tabous de leur métier : le syndrome de l’imposteur,
le manque de représentation et donc de modèles de
femmes sur Youtube, le sexisme et le harcèlement en
ligne, etc. Le documentaire souligne la difficulté qu’ont
les femmes à se faire une place digne de ce nom sur
la plateforme et y met en lumière plusieurs paradoxes.
« Tous les sujets sont abordés,
sans tabous : les flux, les douleurs,
les protections hygiéniques, le
sexe pendant les menstruations,
l’endométriose.»
Dans une autre lignée, le documentaire Meufs, réalisé
par Josépha Bianca, laisse librement la parole à des
jeunes femmes issues de milieux divers, quant à leur
condition de femme en 2019. Le documentaire regroupe
quatre épisodes, disponibles sur YouTube. Les trois
premiers sont une compilation de femmes s’exprimant
sur divers sujets les concernant : la contraception,
l’insécurité, les fausses-couches, l’amour, le coming-
out, etc. Le dernier épisode de la série est constitué
de femmes, âgées de 63 à 83 ans, qui s’expriment
après avoir vu les épisodes de leurs cadettes. Il est
ainsi intéressant de retrouver dans Meufs les histoires
d'héroïnes du quotidien, qui racontent avec humour,
courage et authenticité, ce qu’être une Meuf aujourd’hui
signifie.
Dans la continuité de Meufs, on retrouve le documentaire
français Ouvrir la voix d’Amandine Gay, qui donne la
parole aux femmes noires issues de l'histoire coloniale
européenne en Afrique et aux Antilles. Les femmes
concernées peuvent ainsi y échanger librement sur
des sujets les concernant : ce que signifie pour elles
l’intersectionnalité du racisme mêlé au sexisme, de
leurs héritages culturels ainsi que de leurs aspirations,
de leur besoin de prendre la parole et de retrouver des
représentations positives de leur image. Les thèmes
Ainsi, les youtubeuses beauté (la majorité des femmes
populaires sur YouTube) ont de la difficulté à être prises
au sérieux puisque les thématiques qu’elles abordent
ne sont pas considérées comme « dignes d’intérêt ».
A contrario, les femmes dirigeant des chaînes traitant
de science, de sport ou de musique sont, quant à
elles, discréditées ou ramenées à leur physique. Une
tendance combattue par ce documentaire, qui met en
avant des femmes entrepreneuses, fortes et qui ont
décidé de réaliser leurs rêves, coûte que coûte.
Le point commun de ces documentaires ? Tous donnent
la voix à des femmes de profils très divers, aux origines
culturelles et sociales éclectiques : chacune peut
ainsi s’identifier à un parcours, un combat ou à des
discriminations vécues. Une belle démonstration de
sororité intersectionnelle, dont on a hâte de connaître
le futur. Bon visionnage !