TOUTE MA VIE - 45
Salut Clémence, peux-tu nous expliquer brièvement
en quoi consiste ce sport sur roulettes ?
Le roller-derby est un sport de contact où deux équipes
s'affrontent sur une piste de forme ovale, appelée « Track ».
À chaque manche, que l’on appelle « Jam », on retrouve
quatre défenseuses (les bloqueuses) et une attaquante (la
jammeuse). Le but de la jammeuse est de faire le plus de
tours de piste possibles car elle marque un point à chaque
bloqueuse dépassée. Celles-ci doivent l’empêcher de passer
en donnant des coups d'épaules, de hanches, en la faisant
sortir de la piste ou en la faisant ralentir… Il faut donc qu’elle
se fraye un chemin en usant de la force mais aussi de
l’agilité et de la vitesse, sous la surveillance des arbitres qui
pénalisent tout manquement au règlement.
Quand as-tu commencé le roller derby ? Qu’est ce
qui t’a attiré ?
J'ai commencé le derby en mai 2012 après l’avoir découvert
grâce à une amie. J’avais arrêté le sport pendant mes cinq
années d’études supérieures alors que j'étais assez sportive
plus jeune. Ayant fait beaucoup de Roller in Line pour me
déplacer plus jeune, l'idée de rechausser pour retrouver la
sensation de glisse me plaisait beaucoup, avec ce petit côté
rétro des patins en plus ! L'esprit d'équipe et la « baston »
entre copines m'ont bien plu aussi, histoire de se défouler,
de rigoler et de rentrer chez soi bien crevée ! J’ai accroché dès
mon premier essai.
Les sportives souffrent en général d’une
représentation beaucoup plus faible que leurs
collègues masculins. Avec le roller derby, c’est
l’inverse, les meufs sont clairement majoritaires !
Comment l’expliques-tu ?
Le roller-derby est un sport féminin à la base. Ce qui
n'empêche pas le développement de plus en plus de ligues
masculines dans le monde entier. C'est intéressant de voir
que, pour une fois, c'est un sport dit féminin qui attire les
hommes et qui ne se développe qu’en second temps au
niveau masculin. Cela dit, le fait que les homme se mettent au
derby inquiète pas mal le derby féminin. Le développement
des deux est important pour la discipline, mais c'est une
question très sensible dans le milieu car les joueuses ont
peur qu’une surmédiatisation des ligues masculines leur
fassent prendre le dessus sur les féminines. Même sans
être féministe, l'idée que le derby masculin puisse prendre
l'ascendant sur un derby historiquement féminin est assez
perturbante.
Comme tu viens de l’évoquer, ce sport a de très
fortes connotations féministes. Tu as le sentiment
de défendre des valeurs spécifiques par ta
passion ?
Celles qui ont relancé le derby dans les années 2000, le
revendiquait comme un sport de filles, fait par les filles,
pour les filles. Aujourd'hui, le derby porte des valeurs
fortes d’intégration et d'acceptation de tous (cisgenres,
transgenres...). Pour ma part, je ne défends pas de cause ou
de valeurs, comme je ne dénigre pas les valeurs des autres.
J'apprécie de jouer au roller derby pour l'esprit d'équipe,
l'ambiance et le dépassement de soi qu'offre cette discipline.
Je le défends pour le sport qu'il est, et pour ce qu'il m'apporte
sportivement et humainement parlant.
Le roller derby a une image très badass. Est-ce que
c’est parce que vous n’avez pas peur des coups ?
Comme tout sport de contact, il a forcément une image de
castagne. Quand on explique qu'on fait un sport dit féminin,
les gens ne s'imaginent pas qu'on peut volontairement se
donner des coups alors qu'on est à pleine vitesse sur des
rollers. Mais on apprend dès nos débuts à tomber de manière
sécurisée pour éviter de se faire mal et de faire mal aux autres.
Notre équipement nous permet de limiter les bobos. Pour les
coups, c'est sûr qu'il ne faut pas en avoir peur, mais le jeu est
très réglementé. Certains coups sont strictement interdits et
susceptibles d'expulsion si les arbitres les jugent dangereux.
Après mes premiers matchs, j'avais l'impression qu'un 35
tonnes m'avait roulé sur le corps entier et maintenant mon
corps ne marque presque plus... On finit par s'y faire !
Le derby est souvent qualifié d’original, violent, et
parfois de sexy. Tu penses qu’elle vient d’où, cette
image de sport sexy ?
Lorsque le roller derby a recommencé, les filles s’habillaient
en short court, bas résille, laissant apparaître des tatouages
(un peu comme dans le film Bliss de Drew Barrymore). Ces
tenues vestimentaires ont créé un folklore et font aujourd'hui
parties de la légende du derby. À part un maillot commun,
le reste de la tenue est libre et c’est important pour nous.
Le bas résille est de moins en moins fréquent, sûrement
suite à de nombreuses chutes laissant des bleus en forme
de quadrillage (j'en sais quelque chose). On s’est aussi vite
rendues comptes des tenues les plus adéquates pour patiner
facilement pendant les compétitions. Sport féminin, contact....
l’association de ces trois mots peut malheureusement mettre
les hormones en ébullition de personnes qui ne s’intéressent
pas du tout au sport pour le sport...
Le roller derby semble aussi avoir une énergie très
fun, on le remarque d’ailleurs par les noms hyper
inventifs que s’attribuent les joueuses. Tu nous en
parles ?
Chaque joueuse choisit en effet son « derbyname ». Un nom
de scène qu'on s'approprie et qu'on porte fièrement sur nos
maillots. On se crée ainsi son propre personnage et sa propre
identité derby, grâce à des jeux de mots qui permettent de
faire passer des messages, de faire peur aux adversaires, ou
de faire sourire le public. Un bon moyen de se sentir intégrée
dans l'équipe.
Un dernier petit mot pour motiver nos biches à
devenir des badass sur roulettes ?
Essaye une fois, et tu sauras tout de suite si c'est fait pour
toi ou pas ! Tout le monde à sa place dans la derby-family.