24 - PHYSIQUE CHIMIE
Vers 21 ans, j’ai commencé à sortir en boite de nuit habillée en
femme comme un loisir et j’ai vite compris que ce regard que
les gens posaient sur moi était celui que j’aurai toujours voulu
ressentir. Après des mois de questionnement, une tentative de
suicide et tant de rendez-vous médicaux, j’ai enfin commencé,
le 13 août 2013, ma transition médicale afin d’aligner mon
corps avec mon esprit et devenir aux yeux du monde la
femme que j’ai toujours été, Lea.
Chaque jour, elle était un peu plus présente quand je me
regardais dans le miroir, même si j’avais parfois l’impression de
la voir moins clairement que d’autres. Je vous laisse imaginer
toutes les années que j’ai passé, perdue, sans aucune idée
des différences qu’il pouvait y avoir entre le sexe biologique,
l’identité de genre, l’expression de genre et l’orientation
sexuelle. Car il n’y a, en effet, aucun rapport entre ce que
l’on peut avoir entre les jambes, le genre dans lequel on se
reconnaît et celui de ceux ou celles avec qui l’on partage son
lit. C’est à cette époque j’ai rencontré celui qui est maintenant
mon mari et dans son regard, j’ai trouvé la première validation
de mon identité de genre et un amour inconditionnel qui m’a
portée durant ces six dernières années.
des femmes biologiques, certaines ont une poitrine et
d’autres pas, certaines ont un pénis et d’autres, non.
La vie n’est pas rose tous les jours et s’accepter est un travail
long et douloureux, vous le savez toutes. Je vis la paperasse
interminable, les traitements à prendre à vie, les regards
et les moqueries. Bien trop souvent, j’ai dû, et cela arrive
encore parfois, me faire violence pour sortir de chez moi.
Le comportement des gens est destructeur et il m’arrive
souvent de détester le monde entier. Mais qui blâmer dans
une société où les femmes comme moi sont représentées
comme un divertissement à sensation ou un fétichisme de
site porno ?
Si j’ai accepté cette opportunité de m’exprimer, c’est pour
contribuer, à ma petite échelle, à la représentation des
femmes Transgenres d’une façon autre : nos corps sont
peut-être différents mais ils sont beaux et méritent d’être
vus et célébrés. Nos histoires font partie des plus belles
qui sont à raconter et personne ne peut les partager mieux
que nous. En bientôt 6 ans, les hormones, une maladie de
la thyroïde et beaucoup trop de pizzas m’ont fait prendre 30
kilos. Finalement, autant de complexes supplémentaires que
de points positifs en ont découlé. Ma bouille est bien ronde,
mes hanches plus larges, ma poitrine plus volumineuse et le
jackpot, ma plus grande fierté, mes vergetures et ma cellulite.
Certaines s’en arrachent les cheveux mais pour moi c’est une
bénédiction, quoi de plus féminin ?!
« Une femme trans ne se
résume pas à un avant/après,
c’est le voyage physique et
émotionnel d’une vie entière. »
Rapidement, les hormones ont fait leur travail, ma seconde
puberté s’est enclenchée et les changements sont arrivés. Les
graisses se sont réparties de façon différente et harmonieuse
au niveau du corps et du visage, ma poitrine s’est développée,
ma peau adoucie, mes cheveux ont poussé rapidement et des
séances d’épilation au laser ont effacé ce que j’avais en trop
sur le visage. Au bout de deux ans, j’ai décidé d’effectuer une
augmentation mammaire qui me semblait nécessaire afin de
m’approprier ce nouveau corps encore un peu plus. Comme
tous mes choix, celui-ci est totalement personnel car c’est la
seule chose qui compte pour se trouver belle à travers ses
propres yeux du lever au coucher.
Je ne m’étalerai pas plus sur les procédures auxquelles j’ai eu
recours ou non car elles ne concernent que moi, mon mari
et mes médecins. Il faut comprendre qu’une femme trans ne
se résume pas à un avant/après, c’est le voyage physique et
émotionnel d’une vie entière. Il y a autant de corps que de
femmes qu’elles soient trans ou non. Nous sommes toutes
Je me suis souvent demandée si être trans était une
bénédiction ou une malédiction : parfois ou même souvent,
c'est un peu des deux. Mais je peux affirmer aujourd’hui
que sans tout ce chemin parcouru, je n’aurai jamais eu une
aussi bonne conscience de mon propre corps et de celui
des femmes de façon générale, que ce soit dans l’espace
public ou via sa représentation dans les médias classiques.
Évidemment soutenue par des concepts de la beauté étant
binaires, misogynes, racistes et grossophobes…
Ce n’est que le début de l’aventure pour moi et je nous
souhaite à toutes de rester vigilantes, ouvertes, respectueuses
et confiantes, de continuer d’apprendre chaque jour et de
prôner un féminisme intersectionnel qui ne pourra que
nous tirer vers le haut ! Gardez également à l’esprit que vous
n’êtes pas que votre corps car vous avez tellement à offrir et
essayez, si possible, d’éviter de suivre sur les réseaux sociaux
de personnes qui vous refilent des complexes. J’espère que
mes mots auront pu aider certaines de quelque façon que
ce soit. Merci d’avoir pris le temps de me lire et merci aux
proches qui m’ont toujours aimée et acceptée pour celle que
je suis.