22 - CULTURE MÉDIA
Existe-t-il d’autres faits de censure sur Instagram ?
Malheureusement oui et ce, depuis l’apparition de la
plateforme. Dans beaucoup de cas de censure abusive, cela
tourne principalement autour du même sujet : la Femme.
Le corps de la Femme. Par exemple, les tétons féminins
sont censurés depuis toujours. Une photo d’homme
torse nu : Instagram accepte. Une photo de femme torse
nu : Instagram censure. Le réseau social estime que les
photos de poitrines de femmes sont pornographiques.
Malheureusement, une fois de plus, les seins des femmes
sont sexualisés. Mais, ceci est encore un autre débat ! Le
seul cas où cette partie de l’anatomie féminine est tolérée
par le réseau est l’allaitement. Et cela n’est autorisé que
depuis le mouvement protestataire #freethenipples et
l’implication de Katie Vigos, une infirmière américaine
qui avait lancé une pétition en 2014. Un an plus tard, c’est
l’artiste Rupi Kaur qui se fait censurer à deux reprises pour
avoir publié une photo d’elle, allongée, une tâche de sang
menstruel sur son pantalon…
En février dernier, une marque française de patrons de
couture s’est vue censurée « pour nu ou pornographie » une
publication faisant la promotion de patrons de culottes. Sur
la photo, on peut voir quatre femmes souriantes, faisant du
36, 38, 48 et 54. L’une d’elles se cache la poitrine comme il
est régulièrement possible de le voir sur d’autres comptes
proposant de la lingerie. Mais, quand le modèle fait du 54,
Instagram juge que la publication mérite de disparaître.
Quand ce sont les célèbres Kim Kardashian ou Gigi Hadid,
c’est une autre histoire…
Quelles sont donc les possibilités qui se présentent
pour lutter contre cette censure ?
Les utilisateurs ont réussi depuis le début à se jouer de
la censure en détournant les hashtags interdits (#curvy
est devenu #curvee) ou en remplaçant les tétons féminins
par des tétons masculins (oui, ça fonctionne…). Un artiste
suédois, Micol Hebron, a même créé un sticker spécial
photoshop, pour être ajouté sur les clichés de tétons
féminins… Pour ce qui est de la censure de comptes dans
leur ensemble et dans le cas très probable où Instagram ne
reviendra pas sur son puritanisme, pourquoi ne pas créer
des macarons « interdit aux moins de... » pour certains
comptes, à l’instar de ce qui se fait pour les films ou séries ?
La plateforme propose des contrats à certains grands
groupes médiatiques, désignant ces derniers comme
pleinement responsables des contenus qu'ils publient,
se déchargeant ainsi de tout problème juridique. Quand
Instagram proposera-t-il ce genre de contrat aux comptes
concernés ?
Par ailleurs, une pétition contre cette censure a été lancée
à l’initiative du collectif Meufs Meufs Meufs, soutenu par
de nombreux·ses co-signataires. Instagram a proposé une
rencontre. À suivre...
« Dans beaucoup de cas de censure
abusive, cela tourne autour
Pourquoi ces photos se rapprochant des standards
du même sujet : la femme.
de beauté imposés par la société sont-elles
autorisées et non celles représentant les femmes
Le corps de la femme. »
que l’on voit réellement, au quotidien ?
Il semblerait bien qu’Instagram souffre aussi de
grossophobie… Quelques jours plus tard, la publication a
été remise en ligne. « Supprimé par erreur » se justifiera
le réseau social. Auparavant, les interdictions du #curvy
(« avec des formes ») et plus récemment du #grosse ont
définitivement placé les formes des femmes comme
objectif de censure d’instagram. Ces interdictions étant
justifiées par la plateforme pour éviter le partage de photos
de nudité ou pour lutter contre le surpoids.
Y-a-t-il un avantage à cette censure ?
Oui ! Cette expression de la toute puissance d’Instagram
a permis la création d’une vraie solidarité entre tous les
comptes censurés mais aussi avec les abonné·e·s des
différents comptes, qui soutiennent le mouvement. Lorsque
Jouissance Club a été touché, avec six autres comptes, nous
avons créé en quelques heures des visuels, un discours et
le #sexualityisnotdirty. Quelques jours plus tard, le compte
« de secours » que la dessinatrice avait mis en ligne avait
récupéré ses 100 000 abonné.es. Quelques semaines plus
tard, elle pointe à 165 000. Mais ce n’est malheureusement
pas toujours le cas. Le compte La Prédiction qui comptait 50
000 followers avant sa censure n’en possède aujourd’hui
qu’un peu plus de 7000 alors que l’autrice s’apprête à sortir
son premier recueil de nouvelles érotiques….
Au fait, c’est pas un peu futile cette lutte ?
Il est vrai qu’Instagram peut avoir une image un peu légère,
entre les fitgirl, les stars de la télé réalité et les placements
de produits en rafale. Mais Instagram est aussi un superbe
outil de communication et d’échange avec une communauté
très importante (14 millions de personnes) dont la majeure
partie a entre 15 et 24 ans. C’est à cet âge que l’on se crée ses
connaissances sexuelles, sa personnalité, la représentation
que l’on se fait de son corps. C’est à cet âge que 84% des filles
ne savent pas représenter leur sexe. Et la censure est un mot
chargé de trop d’histoire pour être ignoré.
Le réseau social, dépendant de Facebook et dont les
actionnaires sont des entreprises américaines, est dans son
bon droit de censurer ce qui est contraire à ses conditions
d’utilisation. Mais, même si l’on arrive à passer sur le fait qu’il
y ait une censure quasi exclusivement focalisée sur ce qui est
lié au corps et notamment celui de la femme, et qu’instagram
confond éducation sexuelle et pornographie, le réseau, en
exerçant cette censure, bafoue la Déclaration Universelle
des Droits de l’Humain. La plateforme empêche en effet ce
droit fondamental qu’est l’accès à l’information pour tous les
humains. Et que font tous ces comptes, mis à part informer sur
le corps, les menstruations, le plaisir, les plaisirs ?