Gang de Biches Numéro 2 - Novembre/Décembre 2018 | Page 32

45 Pour etre brillante, saine et ecolo : fais peter les bonnes paillettes ! Atout charme pour certaines, élément toxique pour la santé et l’environnement pour d’autres, on la cuisine à toutes les sauces au rayon cosmétique. Entre esthétique, chimie, biologie et écologie, on a décidé de faire un point scientifique sur l’une des stars de la fin d’année : la paillette. Quoi de plus joli, d’élégant et de poétique qu’une paire de fesses ? Une belle paire de fesses étincelante et pleine de paillettes me direz-vous ! Rassurez-vous, vous n’êtes pas la première à y avoir pensé. Instagram regorge de popotins plus éblouissants les uns que les autres grâce au #Glitterbooty. Vous trouvez cette idée saugrenue ? Ce n’est qu’un début. Au pays de Mélania Trump, la paillette était le must pour sublimer l’entre-jambe féminin, transformant l’Origine du Monde en une attraction flashy et colorée digne de Space Mountain. Cette même paillette a pourtant été accusée d’être responsable de 85% de la pollution océanique aux microplastiques… Il était donc grand temps de faire un point. Non pas pour savoir s’il est de bon goût de s’en tartiner l’arrière-train, toute croyance cosmétologique étant bien évidemment respectable. Mais en athés du maquillage, nous avons décidé de mener une enquête objective et scientifique sur ces confettis scintillants. Pour cela, on a papoté de popotins mais surtout de composition chimique avec Céline COUTEAU, enseignante-chercheuse en cosmétologie à l’université de Nantes et co-créatrice du blog regard-sur-les-cosmetiques.fr. ÉTINCELANTE COMME UNE CRO-MIGNONNE________ Dès la Préhistoire, nos ancêtres mettaient à profit les bienfaits des paillettes pour sublimer leur peau. À l’époque, elles provenaient du Mica (la roche, pas le chanteur ou le chocolat). Des dizaines de milliers d’années plus tard, les dédales des mines ont laissé place à ceux des rayons de boutique pour conjuguer les paillettes à tous les goûts : fond de teint, highlighter, vernis et autres gloss ou rouge à lèvres, sans oublier les paillettes seules à appliquer avec de la colle ou du fixateur. «  La majorité des paillettes contenues dans le maquillage sont naturelles et proviennent de différentes roches ou du sable » tient à nous rassurer la chercheuse. À la différence de ce qu’on peut lire sur le web, seule une minorité provient de plastique. Mais celle-ci peut avoir un impact significatif… QUAND NÉMO ET ARIEL SE PLAIGNENT___________ Vous l’avez peut-être suivi l’an dernier, une chercheuse néo-zélandaise a créé un buzz monstre en affirmant que les paillettes polluent nos océans déjà bien mal en point après 100 ans d’industrialisation massive. Malgré l’absence de publication scientifique sérieuse pour soutenir son hypothèse, la plupart des médias ont repris l’information. Il a même été suggéré d’interdire totalement l’utilisation des paillettes dans le maquillage ou la décoration. Pour Céline, on se trompe de combat, car la plupart des paillettes sont naturelles et donc non polluantes, d’autant plus que leur utilisation reste marginale : « À côté, on laisse des produits contenir des dérivés toxiques du plastique comme le polyéthylène par exemple ». BRILLER SANS SE RUINER LA SANTÉ_______________ Les paillettes qui posent le plus de problèmes, ce sont les paillettes bon marché en plastique, souvent vendues en kit discount « On a eu le cas d’une réaction allergique avec des produits bas de gamme, l’œil de la patiente a gonflé et ne pouvait plus se fermer ». Si les paillettes présentent peu de danger pour votre postérieur, elles sont à proscrire au niveau des muqueuses, on évitera donc de se pailleter le creux de nos reins. Pour esquiver allergies et autres désagréments, mieux vaut se diriger vers des cosmétiques finis contenant des paillettes. Dans ce cas, la seule solution reste de regarder attentivement la composition des produits, pour favoriser ceux contenant des ingrédients bio ou naturels. Mais la chercheuse comprend notre incompréhension face à l’étiquette, affublée de termes dignes d’un cours de Chimie  : «  Il faudrait faire confiance aux industries cosmétiques malgré un manque de transparence de leur part  ». D’autant plus qu’il faut aussi s’intéresser au colorant qui enveloppe la paillette pour lui donner sa couleur car il peut-être allergène… de quoi passer l’envie de briller de mille feux ? BICHER AVEC DES PAILLETTES 2.0__________________ Heureusement, une solution a émergé ces derniers mois pour les inconditionnelles de la brillance : les paillettes biodégradables. Produites à partir de cellulose ou de silice, celles-ci sont facilement trouvables sur internet. À l’aide d’un gel à base d’Aloe vera par exemple, vous êtes sûre d’être éblouissante de luminosité tout en protégeant votre corps et notre planète. Céline abonde dans ce sens mais précise : « L’accumulation de produits naturels peut aussi poser des problèmes environnementaux, d’où l’importance d’un bon traitement des eaux usées ». Et de conclure, philosophiquement «  C’est dans la nuance qu’on s’approche de la vérité ». Et on ne saurait que l’appuyer : avec les paillettes, c’est dans la nuance qu’on s’approche de la beauté. Votre popotin ne dira pas le contraire.  Chandrou Koumar