Gang de Biches Numéro 1 - Septembre/Octobre 2018 | Page 17

ÉCRAN TOTAL - 17 Place aux femmes ! Eric Macé, sociologue français, disait : « Ce qui commande la programmation de la télévision, c’est ce qui apparaît aux programmateurs comme étant commun, légitime et recevable pour la plupart à un moment donné. » À l’image de notre société patriarcale, la télé a longtemps été surpeuplée d’hommes pour trop peu de femmes. Leur présence sur les écrans témoigne d’un combat aujourd’hui toujours d’actualité. Dans Écran Total aujourd’hui : quid de la représentation des femmes à la télévision (et va-t-on enfin remplacer Michel Drucker) ?        En 1976, Hélène Vida fut la première présentatrice du Journal du Soir, plus de 25 ans après la création du programme. À ce moment- là, elle remplace uniquement les présentateurs titulaires pendant leurs congés. D’autres femmes emblématiques lui emboîteront le pas comme Christine Ockrent ou Béatrice Schönberg dans l’exercice du JT. Ce créneau, très privilégié dans l’étude d’une chaîne, définit l’identité qu’elle veut se donner face au grand public. L’accès à ces postes a été trop souvent limité aux femmes non pas par manque d’expertes ou de journalistes qualifiées, mais pour des motivations purement éditoriales et économiques. L’injustice, c’est pas beau – ouais, je dénonce – mais le combat pour la parité entre les femmes et les hommes s’est accéléré avec l’arrivée d’icônes dans les salons des Français. Aujourd’hui, les JT sont présentés à 70,8%* par des femmes avec des journalistes comme Anne-Sophie Lapix qui prit la suite de Pujadas en 2017. On a aussi vu se constituer des équipes mixtes, des femmes entrer sans sommation sur les plateaux de sport et interviewer les plus grand(e)s de ce monde. Les jeux et divertissements restent les émissions où elles ne se sont pas encore faites leur place (seulement 25%* de présentatrices). Pas seulement quantitative, la représentation des femmes est aussi plus qualitative. Les expertes sur les plateaux à des heures cruciales d’Audimat prouvent une réelle possibilité pour les téléspectatrices : « Si Léa Salamé peut tenir les rênes d’une émission politique, alors pourquoi pas moi  ?  ». C’est ainsi que la télé se révèle comme le miroir d’une société en mouvement et sur la représentation qu’elle a d’elle-même. D’où la nécessité d’y diversifier les visages et les discours avec une vision plus récente et plus émancipée. Soumises aux décisions du CSA et de son groupe de travail «  Droits de femmes  » (2013), les grandes chaînes sont aujourd’hui obligées de s’aligner sur des normes paritaires depuis la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » (oui parce qu’avant on faisait de l’égalité fausse, c’était plus facile ma p’tite dame). Selon Delphine Ernotte, PDG de France Télévisions, cela permettrait de « […] mettre les femmes en situation de modèle pour influencer l’inconscient collectif, notamment auprès des plus jeunes ». Cette loi vise aussi à réduire les inégalités salariales entre les femmes et les hommes. Ces textes sont à l’initiative d’un projet social plus vaste : utiliser l’influence d’un grand média pour véhiculer et transformer les stéréotypes de la société. Et il y a encore du boulot... Si la tendance première de la télévision était de véhiculer des messages stéréotypés et misogynes, elle s’efforce aujourd’hui de renverser la vapeur et offre des visages inspirants à notre génération comme Daphné Burki, Valentine Oberti, Léa Salamé ou Anne- Elisabeth Lemoine. Cela dit, vivement qu’on ne tombe plus en premier sur « le top des présentatrices les plus jolies » quand on tape « femmes journalistes télé » sur Google… On mérite mieux, non ? *chiffres publiés par Télé 2 semaines en mars 2018  Jérémy Duval