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voyage compagnons 19
Coucher de soleil sur une dune de sable à Fortaleza au nord-est du Brésil .
lages . La forêt dense offrait un paysage stupéfiant . À Manaus , au nord-ouest du Brésil , j ’ ai pris un avion pour l ’ Uruguay . J ’ avais effectivement rencontré des Uruguayens à Cumbuco qui m ’ avaient invité à leur auberge de jeunesse pour le nouvel an .
En Uruguay , j ’ ai rencontré une Brésilienne avec qui j ’ ai visité le pays . Initialement , je n ’ avais pas prévu d ’ y aller ; quel dommage cela aurait été de rater une destination aussi magique ! Cette expérience a été majeure dans ma vie . Les paysages , mélange de montagnes suisses et de savanes africaines , sont d ’ une beauté exceptionnelle . Bien que l ’ espagnol soit la langue parlée , nous avons réussi à nous faire comprendre dans les villages de pêcheurs hospitaliers où nous nous sommes arrêtés .
Je tiens à préciser que mes premiers mois d ’ itinérance n ’ ont pas toujours été faciles . Ainsi , après 20 heures de bus pour rejoindre Atins , j ’ ai été abandonné par un chauffeur de taxi ! Perdu au milieu de nulle part , j ’ ai attendu des nouvelles de ma future patronne pendant plusieurs heures avec un téléphone presque déchargé . Finalement , un habitant du coin m ’ a embarqué pour un prix exorbitant , afin de rejoindre un autre village en bateau , où la propriétaire de la maison d ’ hôtes a fini par venir me récupérer . Au début de mon voyage , j ’ aurais paniqué , mais à ce stade j ’ avais appris à accepter les imprévus et à garder la tête froide , une attitude qui n ’ a fait que se renforcer . Parmi les autres péripéties , j ’ ai dû trouver un endroit pour dormir à Manaus à deux heures du matin …
MENUISIER À RIO DE JANEIRO De retour d ’ Uruguay , j ’ ai réussi à trouver un appartement à Rio de Janeiro début janvier 2024 . Je ressentais alors le besoin de travailler , j ’ avais l ’ impression de perdre mes réflexes de métier . J ’ ai repéré une entreprise sur Instagram et contacté le patron , qui s ’ est avéré être Français . Il m ’ a proposé de venir le voir à son atelier , situé dans une ancienne fabrique de chocolat accueillant trois entreprises de menuiserie , dont deux tenues par des Français . Mon salaire étant insuffisant , j ’ ai dû partager mon temps entre deux entreprises . Au Brésil , les artisans sont très mal payés . Il existe peu de formations à ces métiers et donc peu d ’ hommes de métier qualifiés . Le salaire minimum est très bas et le travail informel est courant . De nombreuses favelas et personnes sans-abri témoignent de cette réalité .
Je quitte l ’ atelier entre 18 h et 19 h , après une journée de travail qui commence à 8 h du matin . Ces longues journées , parfois même le samedi , sont plus intenses qu ’ en France . Nous sommes payés à la semaine et assistés par des manœuvres rémunérés à la journée , à qui l ’ on confie le ponçage ou le transport des meubles . Leur coût modique pour une utilité réelle , notamment en gain de temps , rend leur emploi rentable . Cependant , ils ne se présentent pas toujours le matin . C ’ est un reflet de la culture brésilienne .
Mes deux patrons français , tous deux en reconversion , ont moins d ’ expérience professionnelle que moi . Comme ils ont une bonne connaissance des us et coutumes brésiliennes , nous nous complétons bien . Je les aide autant que possible pour apporter des améliorations techniques à leur production , pour optimiser l ’ utilisation des machines et pour la réalisation de plans . Malgré mon arrivée récente , des changements ont déjà été apportés à leurs méthodes de travail . Jusqu ’ ici , j ’ ai réalisé un canapé et une armoire selon les mêmes standards de qualité qu ’ en France , malgré l ’ utilisation de machines petites et vieilles , qui nous impose d ’ être vigilants pour notre sécurité . Chez les Compagnons , nous apprenons à faire de la meilleure manière , mais j ’ ai découvert que je ne savais plus faire simple . Maintenant , je sais trouver une solution à un problème technique avec peu .
Le Brésil accuse une dizaine d ’ années de retard dans notre domaine . Le numérique commence à se développer , mais seulement dans les usines de fabrication . Beaucoup d ’ agencements sur mesure sont réalisés à Rio , mais avec moins de moyens que ce dont nous bénéficions en France . La finition peut donc être moins belle . Comme les ouvriers locaux travaillent plus longtemps que les Français , cela compense la perte de temps due à leur outillage rudimentaire .
Je me déplace dans Rio pour poser des agencements . Lors de ces occasions , je peux apercevoir la plage et le Christ rédempteur ! Cette ville est immense , c ’ est comme Paris multiplié par 15 ! Mon embauche actuelle me rend très heureux . J ’ envisage que mon poste puisse être repris par un autre itinérant à mon départ .
UN PAYS DE LIBERTÉ ET DE BEAUTÉ Actuellement , je suis tenté de rester quelques mois à Rio . Je prévois de profiter de mon dernier mois dans le pays pour continuer à le découvrir ou visiter un pays voisin . Il me reste encore à explorer des lieux exceptionnels comme Salvador de Bahia , célèbre pour la beauté de ses plages et sa culture locale , un mélange unique d ’ influences africaines , indigènes et portugaises . Je tiens aussi absolument à voir Pipa , un spot de surf très populaire au Brésil où l ’ on peut nager avec les dauphins . Mon intention est de partir début juillet , pour travailler un mois dans une menuiserie française afin de me réhabituer au fonctionnement local . Cependant , cette idée est susceptible de changer à tout moment . Il est parfois difficile de se projeter dans l ’ avenir lorsque toutes les options semblent possibles .
# 339 / Avril 2024