transmission compagnons 13
Comment sensibiliser les jeunes au répertoire compagnonnique sur le long terme ? Il serait intéressant de mettre en place des cours de chants dans les sièges et d ’ étudier les thèmes abordés . Le chant fait partie de l ’ ADN des Compagnons , il n ’ y a pas une cérémonie rituelle ou un repas sans chants compagnonniques . Ils font partie du patrimoine culturel des Compagnons que nous devons transmettre au même titre qu ’ un geste de métier . Chaque jeune qui chante le jour de son Adoption ne choisit pas la chanson qu ’ il va chanter par hasard , autant l ’ aider à faire son choix en lui faisant connaître le plus de chansons possible .
Les Compagnons du Devoir doivent-ils offrir aux jeunes une ouverture sur l ’ art et la culture ? C ’ est primordial . La culture n ’ enrichit pas seulement les connaissances , elle forge la sensibilité , elle construit le raisonnement , la conscience au fil du temps et , pour certains , elle guide vers la spiritualité . Pour beaucoup de nos métiers , cela commence par l ’ apprentissage de l ’ histoire de l ’ art , pour d ’ autres ce sera le design . Cela passe aussi bien par des expositions , la sculpture , la peinture , le dessin , le théâtre , le cinéma , la littérature , la poésie , la musique , les spectacles vivants ( danse , cirque , etc .) et les visites de sites . Il est très important de visiter les villes où l ’ on travaille , de connaître leur histoire , les raisons et moyens de leur développement . Au xix e siècle déjà , lorsque les Compagnons changeaient de ville , ils devaient être capables de répondre aux anciens qui les accueillaient dans la ville suivante sur ce qu ’ ils avaient vu dans la précédente , certaines curiosités - comme la chouette de l ’ église Notre-Dame à Dijon - servaient de reconnaissances .
Quels sont vos projets en ce sens pour la province ? Grâce à Cyril Robert , coordinateur des ateliers culturels en Île-de-France , beaucoup d ’ activités évoquées plus haut sont déjà mises en place pour les jeunes et moins jeunes de la province . Actuellement , nous sommes dans les prémices d ’ un spectacle commun de théâtre et de chants compagnonniques , en collaboration avec Charlotte Borius .
CORINNE WAWSZCZYK , COACH VOCAL BÉNÉVOLE « Coacher les jeunes vocalement pour un spectacle a été l ’ aboutissement d ’ un cheminement de réflexions menées sur les chants compagnonniques et d ’ une circonstance toute particulière . Tout d ’ abord , mon époux et moi avions remarqué depuis quelques années que , lors des fêtes compagnonniques , l ’ interprétation des chants s ’ éloignait de plus en plus des partitions écrites dans le chansonnier , tant au niveau du rythme que de la mélodie . Si la transmission orale a le pouvoir de faire voyager les chansons au fil des années , elle amène inéluctablement des transformations dans leur transmission . Nous nous demandions souvent comment faire pour réapprendre les chansons aux jeunes . L ’ enrichissement du chansonnier par de nouvelles chansons nous posait également question : comment les faire connaître ? Comment les jeunes peuvent-ils se les approprier s ’ ils ne les entendent pas ? Ancienne enseignante , j ’ ai toujours fait chanter mes élèves . Je me sentais donc prête à faire chanter les jeunes , restait à trouver le temps dans un emploi du temps déjà bien chargé pour ceux-ci .
Témoignages
Léandre Roth , apprenti maroquinier « Mes motivations à participer au spectacle de la province sont multiples . Avant de rejoindre les Compagnons , j ’ ai fait beaucoup de théâtre et cela me manquait . De plus , j ’ ai toujours voulu prendre des cours de chant , donc l ’ idée d ’ associer cette envie à l ’ apprentissage des chants compagnonniques m ’ a beaucoup plu . Les répétitions ont été très intenses . Cependant , Briard et Corinne sont extrêmement encourageants et nous ont toujours très bien accueillis lors de nos répétitions chez eux . Je ne faisais pas le fier avant de monter sur scène et encore moins lorsque je me suis retrouvé seul face au micro . Mais , devant 400 personnes , il est difficile de tout abandonner ! J ’ ai un peu hésité au début de ma chanson , mais une fois que j ’ ai trouvé le rythme , tout s ’ est déroulé très rapidement ! Je pense que je vais chérir le souvenir de cette soirée pendant très longtemps ! Le soutien , à la fois de la communauté et des autres personnes sur scène , était tout simplement transcendant . Au-delà du spectacle , nous avons beaucoup ri pendant la journée ! Je pense que ce genre de soirée est très important . Les chants compagnonniques sont une part majeure de notre culture et le fait de les entendre uniquement lors des repas rôlés les déforme petit à petit . Les entendre en musique , avec la partition d ’ origine , c ’ est l ’ occasion pour tous de les redécouvrir . Et pour nous qui avons participé aux répétitions , cela nous a permis de tisser de véritables liens fraternels et de nous encourager mutuellement . »
Tyah Aïkah-Petïs , apprentie maroquinière « J ’ étais à 200 % engagée dans ce spectacle de chants . Parfois , je me sentais un peu fatiguée , mais se lever tôt le dimanche pour me perfectionner en valait vraiment la peine . Au début , j ’ étais vraiment en difficulté , je n ’ arrivais même pas à chanter dans les aigus . Nous avons tous effectué des exercices de chant . C ’ était incroyable , je ne m ’ étais jamais autant amusée ! Cette expérience m ’ a enseigné qu ’ il ne faut jamais laisser nos craintes nous faire douter . En les faisant taire , j ’ ai réussi ! Ce serait sympa d ’ organiser une prochaine fois un concours de talents ! »
L ’ année dernière , Marc Jarousseau avait sollicité le Devoir ’ s Band pour jouer lors d ’ un spectacle . En l ’ absence de notre chanteur , alors en convalescence , nous avons eu l ’ idée de demander aux jeunes de chanter . Dès septembre , nous avons commencé à chercher des jeunes motivés . Une dizaine se sont engagés , sans avoir vraiment mesuré l ’ ampleur de notre projet à ce moment-là . Après quatre mois de préparation , le spectacle a été un grand succès . Le plaisir que nous avons eu à le préparer et le résultat obtenu nous ont incités à renouveler l ’ expérience .
Dès la rentrée , nous avons visité les trois sièges de la province pour présenter notre initiative aux communautés . 14 jeunes nous ont rejoints pour cette aventure ainsi que Dominique Bardière , la Mère des Compagnons de Paris , à qui le spectacle de l ’ an passé avait donné envie de chanter avec nous . Nous avons accueilli tous les volontaires , quelles que soient leurs capacités vocales . Certains découvraient complètement les techniques du chant . À nous de les aider à progresser . Notre première rencontre a eu lieu chez nous lors d ’ un repas convivial pour mettre les jeunes à l ’ aise et en confiance ; après avoir écouté les chants , nous les avons chantés tous ensemble .
# 339 / Avril 2024