16 compagnons matériaux souples
CORDONNIER
DES DÉFIS À RELEVER dans l ’ industrie
L ’ industrie de la chaussure en France est à un tournant . Nicolas Jault , Briard Va de Bon Cœur , et Adèle Robert , Toulousaine Va Sans Crainte , tous deux Compagnons cordonniersbottiers , sont acteurs de ce secteur en mutation . Briard nous fait part de son implication dans la revitalisation de l ’ industrie , soulignant les défis auxquels elle est confrontée et ses opportunités , tandis que Toulousaine nous dévoile l ’ univers de la conception industrielle .
NICOLAS JAULT , BRIARD VA DE BON CŒUR , COMPAGNON CORDONNIER-BOTTIER Au cours de son Tour de France , Briard a pu explorer diverses facettes de son métier . Après avoir débuté par un apprentissage au sein d ’ une entreprise traditionnelle , il a fait sa première étape de Tour de France au sein d ’ une entreprise industrielle , Paraboot . Cette année-là , il a pu bénéficier d ' une formation dispensée par le Centre technique du cuir ( CTC ) qui lui a ouvert les yeux sur de nombreux aspects de ce secteur : les métiers liés à la normalisation , à la production sur machines de montage-semellage , le développement en bureau d ’ études , le patronnage informatique ... Au fil des sept années suivantes , il a jonglé entre les domaines de l ' orthopédie , du travail traditionnel et de l ' industrie . L ' obtention de son bac professionnel Métiers de la mode - Chaussure et maroquinerie lui a fait réaliser que l ’ industrie est un univers pour lequel les jeunes cordonniersbottiers de l ’ Association ouvrière sont peu formés . Désireux de poursuivre dans ce secteur , il s ' est efforcé de trouver un CFA et une entreprise qui lui permettraient de se former davantage . Actuellement en deuxième année de BTS , il se forme en alternance chez Arche où il travaille au sein d ' un bureau d ' études . Cette opportunité est précieuse , mais rare , surtout pour ceux qui souhaitent se former en dehors de l ' entreprise .
La formation , clé de flexibilité Son travail consiste à développer des modèles , anticiper d ' éventuels problèmes -
Chaussures fabriquées chez Paraboot .
chaussant inconfortable , usure précoce de certains matériaux , design incompatible avec une production en série , etc . - , créer des prototypes et enfin superviser la production . Il apprend également à rédiger des gammes opératoires 1 , à compléter des nomenclatures 2 et des fiches de coût de revient . Le choix de persévérer dans ce secteur plus qu ’ un autre vient du fait que Nicolas s ’ interroge en permanence sur les raisons du déclin de l ' industrie de la chaussure malgré les efforts des acteurs de ce secteur ( marques , fédérations , etc .) et des décideurs économiques pour promouvoir le Made in France . Sa situation est particulièrement inquiétante à une époque où les consom- mateurs réfléchissent davantage à leur mode de consommation et où l ' ambition des entreprises de la mode , tout comme du gouvernement , de rétablir la production locale est de plus en plus présente . L ' industrie de la chaussure risque de nécessiter une main-d ' œuvre qualifiée dans les années à venir pour perdurer et Nicolas préfère faire partie de la solution en s ' engageant pour sauver ce mode de production .
Lorsqu ' il s ' est retrouvé pour la première fois face à des machines et qu ' on lui a confié la responsabilité du montage , il était curieux mais non-dénué d ' appréhension . Les enseignements de son par-
# 337 / Février 2024