Compagnons_334_web | Page 23

voyage compagnons 23
Extension de balcon à Treffen . Rénovation de terrasse à Achensee .
Extension ossature bois et charpente mono pente à Götzen . m ’ ont paru moins cohérentes que les nôtres - j ’ ai travaillé en France dans des entreprises très calées dans ces domaines .
Au niveau professionnel , j ’ ai en tous cas appris beaucoup sur leurs savoir-faire techniques typiquement germaniques . J ’ ai apprécié d ’ être déstabilisée par toutes ces nouveautés . En termes de savoir-être , cette expérience m ’ a enseignée à être plus indulgente avec mon entourage . Je me suis retrouvée parfois toute seule dans des situations déroutantes , sans maîtrise de la langue locale . Je me suis aperçue alors de ce que l ’ on pouvait ressentir dans ces moments-là . Je serai à l ’ avenir plus patiente avec les personnes qui ne comprennent rien à ce que je leur explique .
DES PANORAMAS ADMIRABLES Bien qu ’ un peu loin de mon entreprise , je me suis installée dans une maison d ’ altitude , en colocation avec sept étudiants allemands , autrichiens et italiens , qui se connaissaient déjà avant mon arrivée . Ils étudiaient tous des domaines très différents : pharmacie , biologie , psychologie et sport . Je détonnais un peu quand je rentrais le soir en vêtements de travail ! Il ne nous était pas évident de discuter en raison de notre maîtrise variable de l ’ allemand . J ’ ai cependant appris à leur contact comment marche le système universitaire local ; je me suis intéressée à ce qu ’ ils apprenaient en cours , tandis qu ’ eux m ’ interrogeait sur mes chantiers dont je leur montrais des photos .
Si j ’ ai été en immersion linguistique totalement , je n ’ ai pas le sentiment de maîtriser l ’ allemand : les habitants du Tyrol parlent un dialecte avec un accent très fort qui le rend dur à comprendre . Mes collègues faisaient l ’ effort de parler lentement pour m ’ aider à les comprendre . On parlait avec les mains le reste du temps !
Comme je n ’ avais pas beaucoup de temps devant moi , j ’ ai visité de petits bourgs et villages et randonné le plus loin possible dans les environs très touristiques . À part quelques sorties avec des itinérants , j ’ ai randonné seule la plupart du temps ; mes colocataires révisaient et étaient de toute façon peu amateurs d ’ excursions en montagne . J ’ ai rencontré à cette occasion beaucoup de gens avec qui les échanges ont été très agréables . J ’ ai été époustouflée par la couleur des lacs en altitude et la verdoyance des montagnes ; j ’ en ai profité pendant mon temps libre et sur les chantiers , où il me suffisait de lever le nez pour admirer ces paysages si beaux .
AU NIVEAU PROFESSIONNEL , J ’ AI EN TOUS CAS APPRIS BEAUCOUP SUR LEURS SAVOIR-FAIRE TECHNIQUES TYPIQUEMENT GERMANIQUES . J ’ AI APPRÉCIÉ D ’ ÊTRE DÉSTABILISÉE PAR TOUTES CES NOUVEAUTÉS .
UNE IDENTITÉ LOCALE TRÈS FORTE Le centre urbain le plus proche de chez moi était Innsbruck , la capitale du Tyrol . J ’ y suis passée de temps en temps , mais les villes n ’ étaient pas ce qui m ’ intéressaient sur place . J ’ habitais dans un petit village au-dessus d ’ Innsbruck entouré de montagnes . Ses habitants avaient le caractère des montagnards : comme en France , ils sont selon moi peut-être plus rudes , mais surtout plus francs et naturels . Leurs traditions sont très vivantes pour toutes les générations . Je ne compte plus les festivités villageoises où tout le monde a revêtu le costume traditionnel . Dans cet environnement très agricole , quand il y a une fête religieuse , le pays est à l ’ arrêt … Comme autre spécificité locale , je citerais les circuits courts qui sont une évidence là-bas . Mon entreprise n ’ utilisait que du bois coupé à 15 km de là , dans les forêts tyroliennes . La population mange principalement les fruits et les légumes du coin : sur tous les produits , est indiqué « Aus Tyrol ». Cette authenticité m ’ a vraiment séduite .
D ’ autres aspects de la vie locale m ’ ont demandé de faire preuve d ’ adaptation . Le rythme de travail y est par exemple un peu trop lent pour moi . Je pense qu ’ ils vendent bien leurs prestations et n ’ ont donc pas besoin de se presser . Au début , j ’ avais tendance à courir et , devant les regards surpris de mes collègues , j ’ ai dû ralentir . On va à l ’ étranger pour s ’ adapter à des us et coutumes différentes des nôtres , j ’ ai donc fait ainsi . Quand je suis revenue en France , il ne m ’ a pas été facile de réadopter une cadence plus intense . Je n ’ ai pas vraiment apprécié leur nourriture locale , assez grasse . Le bœuf et le poisson étaient très chers , j ’ ai donc renoncé à en manger . Le logement aussi coûte affreusement cher et les locations meublées n ’ existent pas . J ’ ai été très chanceuse , car ma colocation était vraiment abordable . Mais ce ne sont que des points de détail : la vie là-bas reste très agréable !
J ’ ai eu un vrai coup de cœur pour l ’ Autriche : j ’ y retournerai , c ’ est sûr ! Mes anciens collègues ( taiseux mais attachants !) m ’ ont dit qu ’ ils m ’ accueilleraient . Mais pour l ’ instant , mon principal objectif est d ’ obtenir mon BP l ’ été prochain !
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 334 / Novembre 2023