Compagnons_334_web | Page 15

dépassement compagnons 15 que l ’ on peut obtenir ainsi une épaisseur très fine et avoir des détails précis . J ’ ai utilisé ma propre main pour le second moulage nécessaire .
Pour réaliser l ’ armature métallique de mon enseigne , j ’ ai été aidé par le patron d ’ une entreprise travaillant dans un bureau d ’ études et qui m ’ a conseillé le type d ’ armature suite aux différents efforts que l ’ enseigne allait exercer . J ’ ai fait une étude de coffrage , celui-ci étant à plat avec un système d ’ arc surbaissé utilisé pour faire des arrondis comme des cintres de porte . J ’ avais numéroté l ’ intégralité des planches que j ’ avais débitées avec des machines de l ’ atelier pour obtenir des cintres bien arrondis , conseillé par le formateur menuisier . J ’ ai assemblé les grands panneaux à plat , j ’ ai mis mes joues sur les côtés , les parties cintrées faisant office de coffrage . Les lettres étant incorporées dans le coffrage , j ’ ai eu recours à une grosse imprimante 3D qui les a gravées en miroir à partir des plans réalisés sur ordinateur . J ’ ai soudé ensuite toute mon armature en ferraille . Habituellement , le ferraillage est attaché par des liens de serrage métalliques , mais j ’ ai choisi la soudure pour renforcer la solidité de mon ouvrage ( j ’ ai appris cela dans l ’ entreprise de génie civil ), puis j ’ ai inséré mon armature dans le coffrage .
J ’ ai enchaîné ensuite avec le coulage du béton et son vibrage . Il faut toujours vibrer un béton pour améliorer sa résistance en éliminant les bulles d ’ air . Lors de cette étape , j ’ avais demandé un coup de main à mon corps de métier : des itinérants et apprentis maçons , un sédentaire et le formateur sont venus me prêter main forte . J ’ étais content de partager cette étape de mon travail avec des jeunes lors d ’ un moment convivial ! Une fois la pièce décoffrée ( dans laquelle j ’ avais incorporé des douilles de levage ), j ’ ai pu constater que les arêtes , avec leurs courbes et leurs angles , étaient réussies .
Puis , est venue l ’ étape délicate du levage du socle . C ’ est Albigeois , le formateur , qui s ’ en est chargé avec un chariot élévateur , j ’ ai ensuite coffré le socle avec son aide . Vu que l ’ ouvrage est cintré - ce sont des panneaux assez rigides - , il fallait une personne pour les tenir pendant que l ’ autre vissait . J ’ ai ensuite repositionné mes joues . J ’ ai également dû prévoir des moyens de levage pour la partie horizontale de mon socle . Quelques jeunes sont de nouveau venus m ’ aider au coulage .
Est arrivée ensuite la fabrication du mur de briques . Utiliser ce matériau m ’ a fait très plaisir , car c ’ est celui que j ’ ai utilisé lors du concours WorldSkills : le fait d ’ en mettre sur mon travail de Réception m ’ a rappelé cette aventure . J ’ ai donc réutilisé les techniques que j ’ avais apprises lors du concours : j ’ ai réalisé mon plan au sol en taille réelle , sur lequel j ’ ai positionné mes briques ; avec un crayon , j ’ ai rembarré ensuite les tracés sur celles-ci pour savoir où les couper , puis je les ai numérotées . Et , enfin , j ’ ai maçonné dans l ’ ordre sur le mur en suivant mon plan .
JE ME SOUVIENDRAI LONGTEMPS DE L ’ AIDE QUE J ’ AI OBTENUE DE LA PART DES MAÇONS ET ÉGALEMENT DES VISITES DES JEUNES D ’ AUTRES MÉTIERS MONTRANT DE L ’ INTÉRÊT POUR MON TRAVAIL .
UN TRAVAIL ÉGALEMENT D ’ ORDRE ARTISTIQUE Afin de bâtir la sculpture , j ’ avais pris des conseils auprès d ’ un Compagnon maçon qui avait construit des arbres pour un chantier à Nantes . Mais sa technique ( mettre une tige de métal et remplir autour ) aurait rendu la statue trop lourde . Il faut savoir qu ’ avec du mortier , on ne peut charger que des couches de 10 cm , pas plus , autrement cela tombe . J ’ ai cherché sur Internet différentes techniques , en regardant des photos des réalisations d ’ une entreprise spécialisée en enduits décoratifs : soit ils taillent les formes dans du polystyrène puis appliquent l ’ enduit dessus , soit ils réalisent une forme en métal et appliquent après l ’ enduit dessus . J ’ ai opté pour cette seconde technique pour ma sculpture . J ’ ai soudé les divers éléments en acier de son squelette en métal . J ’ ai ensuite enroulé autour de cette structure un lattis nervuré , sorte de grillage servant de support pour un enduit traditionnel . J ’ ai fait une première couche en dégrossi en me rapprochant le plus possible de ma forme finale . Puis ,
Réalisation de l ’ armature de la sculpture .
j ’ ai fixé le visage et la main que j ’ avais réalisés au préalable . J ’ ai enfin réalisé l ’ enduit de la statue avec une couche de mortier , en lui donnant la forme à main levée des vêtements , des cheveux , les chaussures avec tous les détails … que j ’ ai ensuite badigeonnés avec des pigments pour assombrir des zones et donner du relief . J ’ ai vernis le personnage pour qu ’ il ne s ’ abîme pas . En attendant l ’ installation définitive de l ’ ouvrage au sein du nouveau site des Compagnons de Rennes , nous l ’ avons exposé à l ’ atelier actuel .
Lors de la correction de ma pièce , j ’ ai présenté sa fabrication via un diaporama . Il est agréable de voir son travail fini . Je me souviendrai longtemps de l ’ aide que j ’ ai obtenue de la part des maçons et également des visites des jeunes d ’ autres métiers montrant de l ’ intérêt pour mon travail . Pouvoir leur apprendre des techniques à cette occasion a été un vrai plaisir . Je me suis régalé à tous les stades de réalisation de ce travail de Réception . Il m ' a fallu 40 heures de conception , 152 h 30 à la réalisation et 43 heures d ' aide pour mon projet , que j ' ai effectué à l ' atelier de Saint-Jacquesde-la-Lande . L ' ensemble fait un poids de 2,85 tonnes . Il sera installé dans l ' atelier du nouveau CFA et j ' espère qu ’ il donnera envie aux plus jeunes de s ’ intéresser à notre métier de maçon . Aux itinérants désireux de se lancer à leur tour dans leur travail de Réception , je dirais avant toute chose : " Prenez plaisir à le faire !" »
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 334 / Novembre 2023