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métier compagnons 25 plus d ’ autonomie , nous montrant là sa confiance en nous . Quand nous commettions des erreurs , il prenait le temps de nous les expliquer et de nous montrer comment ne pas les reproduire . Notre collègue ciseleur m ’ a appris la manière d ’ enlever les morceaux de métal restant sur la pièce . Quant à notre autre collègue , issue du milieu de la bijouterie , elle nous a enseigné la façon de couler la cire proprement . Nous avons toujours été tirés vers le haut pendant ces mois à la fonderie Le Floch ! J ’ ai beaucoup aimé les rapports humains que j ’ avais avec mes collègues ainsi qu ’ avec les clients .
Les artistes sont capables de produire des œuvres qui ne ressemblent parfois absolument à rien d ’ existant . Chacun voit alors ce qu ’ il veut dans les formes qu ’ ils ont imaginées . Quelques-uns souhaitent nous expliquer leur démarche artistique , les émotions qu ’ ils veulent susciter . Bien sûr nous avons nos goûts , mais nous n ’ avons pas à porter de jugement sur les œuvres et devons servir au mieux chacune . Il nous fallait être vigilants lors de la coulée pour ne pas faire d ’ erreur qui compromettrait la vision des artistes . Nous devons reproduire à l ’ identique le fruit de leurs pensées . Il est inenvisageable de leur dire : « Non , ce n ’ est pas faisable . » Nous nous devons de trouver des solutions techniques aux contraintes imposées par leurs œuvres . Cela n ’ exclut pas non plus la discussion . Si un bras fait une équerre et passe sur le corps d ’ une statue par exemple , nous sommes obligés de le couper pour le mouler . Les artistes sont donc avertis quand nous devons découper leurs pièces . Il arrive que certains le refusent , ce qui nous complique le travail . Bref , chaque pièce unique est un défi nécessitant de se remettre en question ! On est obligé d ’ aller au-delà de ce que l ’ on sait , ce qui nous permettait d ’ apprendre sans arrêt de nouvelles choses à l ’ atelier , y compris mon patron . À mon arrivée à l ’ atelier , chaque matin j ’ étais heureux d ’ être là !
FONDERIE D ’ ART ET FONDERIE INDUSTRIELLE : DEUX MONDES DISTINCTS Pourtant , certains aspects du travail , en particulier la soudure , étaient difficiles pour moi en raison de ma dyspraxie .
Pour la compenser , je devais me concentrer énormément , ce qui m ’ épuisait rapidement . Moi qui aime travailler vite , j ’ étais obligé de ralentir mon rythme pour améliorer ma précision . Si la soudure me posait un problème , cela ne diminuait pas mon envie de m ’ y former . J ’ ai fourni beaucoup d ’ efforts pour pallier ce handicap . Mon patron était bien sûr au courant de ma dyspraxie dès le début , il me mobilisait sur d ’ autres tâches dès qu ’ il sentait que j ’ avais besoin de relâcher mon attention . En fin d ’ année , j ’ ai pu constater que je parvenais à effectuer des pièces que j ’ aurais été incapable de faire à mon arrivée .
L ’ une des pièces pour laquelle je me suis investi a été un vrai coup de cœur ! Il s ’ agissait de la restauration de la statue d ’ un soldat de la guerre de 14 , l ’ originale en fonte datant de 1920 . Ses bras avaient été resoudés avec du béton précédemment et un essaim de 1,40 mètre de haut s ’ était même installé dedans : cela sentait le miel quand on travaillait dessus , un vrai plaisir ! Nous avons donc dû la reproduire intégralement . Nous étions très heureux d ’ effectuer ce travail car cette œuvre allait être placée , au terme des réparations , en pleine ville à la vue de tous sur un monument aux morts . J ’ ai même pu laisser une petite signature sur la version neuve de la statue . Vu sa complexité , elle a mobilisé l ’ intégralité de l ’ équipe : nous en sommes très fiers , Savoyarde et moi .
Mon travail d ’ Adoption
Je suis employé actuellement dans une fonderie industrielle à Albi , dont le rythme de travail est très soutenu . J ’ ai pu constater combien son activité différait de celle d ’ une fonderie d ’ art ; je suis donc de nouveau un total débutant , mes connaissances dans le second domaine ne m ’ étant pas utiles dans ce cadre ! Chez mon ancien employeur , nous passions deux semaines sur chaque pièce , alors qu ’ ici nous la préparons , puis la coulons la même journée ! Nous procédons effectivement avec du moulage à sable , technique qui permet d ’ aller plus vite . Il y a plusieurs coulées tous les jours , alors que nous n ’ en faisions qu ’ une par semaine chez Le Floch .
Il est compliqué de comparer les deux activités . Pour moi , elles comportent toutes les deux des défis qui leur sont propres : en fonderie d ’ art , le moule est plus facile à réaliser que la pièce , alors que c ’ est l ’ inverse en fonderie industrielle ; en fonderie d ’ art , on peut corriger des erreurs sur une pièce grâce à la soudure , alors qu ’ en fonderie industrielle , le moindre raté conduit à refaire la pièce . Ce métier demande ainsi du courage et de la persévérance : face aux ratés , il faut reprendre le travail avec ardeur , sans jamais baisser les bras .
Timothée Mary dit Poitevin
Aspirant fondeur
À la demande de la Mère de Montoir-de-Bretagne , campagne où je résidais l ’ an dernier , j ’ ai fait un blason alliant bois et bronze , tout en associant les symboles des Compagnons du Devoir et de la ville : les oiseaux , le compas et l ’ équerre des premiers placés à côté du nom de la ville . Le blason a été posé à l ’ entrée de la maison des Compagnons de Montoir-de-Bretagne pour accueillir les visiteurs . J ’ ai pris beaucoup de plaisir à le réaliser : je suis parti d ’ une modélisation et d ’ une impression 3D pour arriver à une reproduction en bronze . Les pièces étaient taraudées pour être mises dans le bois ; cela a été compliqué car elles mesuraient entre 4 et 5 mm , sachant qu ’ elles étaient taraudées à 3 mm d ’ épaisseur : il n ’ y a donc qu ’ un millimètre entre la vis et ce que l ’ on voit , ce qui est très fin ! Un challenge que j ’ ai su relever grâce à Breton Lecours , un Compagnon serrurier-métallier sédentaire .
# 333 / Octobre 2023