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16 compagnons découverte
Chantier de charpente et couverture pour une maison individuelle neuve située dans la ville de Ballinasloe .
En septembre 2022 , j ’ ai retrouvé sur place Champagne ainsi que deux itinérants charpentiers sur le point de partir et que j ’ ai remplacés chez leur ancien employeur de septembre à Noël . Malheureusement , je ne m ’ y suis pas plu du tout : je ne m ’ entendais ni avec mon patron ni avec mes collègues , sans parler de leurs méthodes de travail qui ne me convenaient pas non plus . J ’ ai alors évoqué le problème avec Champagne qui , très à l ’ écoute des jeunes , m ’ a alors parlé d ’ un professionnel réputé dans le coin . Dès notre premier échange , lui et moi avons été sur la même longueur d ’ onde .
CAPITALISER SUR LE BON COMME LE MOINS BON C ’ est ainsi que j ’ ai posé mes valises à Kilchreest , à 30 minutes de Galway , deuxième ville étudiante irlandaise , située sur la côte ouest , à l ’ opposé de Dublin . Très vivante , elle est remplie de touristes tous les week-ends . Ce cadre m ’ a changé de mon étape précédente à Villefontaine , où il n ’ y avait guère de possibilités de sortie . J ’ ai logé à trois endroits différents , dans des studios chez l ’ habitant , chaque fois afin de me rapprocher de mes lieux de travail , jusqu ’ à m ’ en trouver un à cinq minutes en voiture . J ’ ai vécu au fil des mois en colocation avec un itinérant maçon et trois itinérants peintres . On peut dire que j ’ étais tout sauf isolé puisque 18 itinérants résidaient en Irlande , dont pas moins de 7 dans ma région ! Cela ne m ’ aurait pas dérangé d ’ être seul , mais pouvoir côtoyer régulièrement d ’ autres itinérants se révèle finalement bien plus épanouissant . Seul petit bémol , cela nous a amenés à rester entre nous et à ne parler que français . Heureusement qu ’ en entreprise je ne travaillais avec aucun compatriote , uniquement avec mon patron .
Celui-ci est fermier , en parallèle de son activité dans la construction . Cette double casquette des professionnels du bâtiment paraît courante en Irlande , puisqu ’ un itinérant tailleur de pierre avait lui aussi un patron qui possédait une exploitation agricole . Ce ne sont pas les revenus de la ferme qui sont un complément de salaire , mais bien leurs chantiers ! Mon patron s ’ est ainsi formé sur le tas . Il m ’ a enseigné ses manières de faire et j ’ ai essayé de lui transmettre les miennes . Je n ’ ai pas toujours réussi à le dissuader de revoir ses méthodes fondées sur l ’ habitude , ce qui m ’ a un peu frustré .
Mon patron ayant totalement confiance en moi , j ’ étais régulièrement seul sur les chantiers , ce qui ne m ’ inquiétait pas parce qu ’ il m ’ était déjà arrivé de travailler en autonomie par le passé . Je suis intervenu principalement sur des maisons dites « collectives », de grandes maisons découpées en plusieurs appartements très appréciées des Irlandais . Il s ’ agissait de constructions neuves dont mon patron avait effectué le gros œuvre . Je
me suis occupé des finitions intérieures - j ’ ai « fait le menuisier » ! - ce qui ne m ’ a pas mis en difficulté , étant donné que j ’ avais effectué mon apprentissage chez mon oncle qui exerce ce métier . Je dois reconnaître que je n ’ aime pas tellement la menuiserie et en faire pendant 2 mois et demi à temps complet ne m ’ a pas emballé . Cependant , j ’ estime que j ’ ai développé de nouvelles compétences qui me seront peut-être utiles à l ’ avenir .
Heureusement , j ’ ai aussi eu l ’ occasion de me frotter à quelques petits chantiers sympathiques de charpente quand le temps nous l ’ a permis ! Mon préféré a été une extension avec un raccord à faire pour un travail de rénovation chez un particulier . J ’ ai eu plaisir à être complètement autonome : cela m ’ a conforté dans mon idée de me mettre à mon compte plus tard en reprenant l ’ entreprise de mon oncle , à l ’ image de mon patron irlandais . Lors de ma première embauche , j ’ ai été confronté à la désorganisation la plus totale sur le chantier d ’ un lotissement de 200 maisons identiques : nous devions commencer tout à la fois , sans jamais rien finir … Nous manquions d ’ outillage et de matériaux et nous étions soumis à de la pression dès qu ’ un autre corps d ’ état devait prendre notre suite . Je n ’ avais jamais vu cela en France ! Cette expérience malheureuse m ’ a montré combien je suis attaché à travailler dans les règles de l ’ art . Je ne la re-
# 333 / Octobre 2023