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partage compagnons 25 mier jour . À partir de là , on peut dire que l ’ on subit l ’ évolution de la compétition et on constate par exemple quelles sont les forces et faiblesses des différents compétiteurs . Eux , en revanche , doivent être tellement plongés dedans qu ’ ils ne doivent pas en avoir conscience . Toutes les erreurs du candidat nous sont visibles , mais on ne peut pas lui en faire part . S ’ il commet des grosses erreurs dès le début de la compétition , il faut prier pour que ses concurrents fassent de même ! Les experts doivent faire preuve d ’ un minimum de psychologie : il faut essayer de le comprendre pour l ’ aider au mieux . Certains compétiteurs s ’ écroulent si on évoque leurs ratés !
Pendant les deux jours suivants du concours , on affine notre manière de noter ; si l ’ on sent que notre candidat est faible en finition , on a intérêt à minimiser son importance auprès des autres experts . À ce stade , il faut faire preuve de diplomatie et de bienveillance , car les discussions vont bon train entre nous . Certains font preuve de très mauvaise foi . Il faut alors créer des alliances , c ’ est un vrai jeu de stratège … Au niveau Europe , on constate que les langues suscitent des rapprochements : par exemple les pays germanophones s ’ allient la plupart du temps . Certaines alliances se font aussi selon la manière d ’ envisager le métier . Des experts ont des profils de commerciaux et non pas d ’ hommes ou de femmes de métier , alors que normalement on doit connaître et savoir reproduire ce que l ’ on doit noter . Dans certains métiers , les futurs experts sont testés . Quand nous sommes du métier , nous comprenons comment les défauts d ’ un ouvrage sont nés , alors que sans compétences métier , un expert a tendance à effectuer des raccourcis .
Lors de la PPM ( préparation physique et mentale ) aux Carroz d ' Arâches de l ' équipe de France EuroSkills Gdansk 2023 , moment de cohésion lors d ' une randonnée entre l ' expert et son candidat , Alexis Bourget .
L ’ expert doit défendre son candidat face aux autres experts . Il faut même les surveiller pour vérifier qu ’ il n ’ y ait pas de triche et que notre candidat ait les mêmes chances que les autres . Le nationalisme se révèle très fort lors de la compétition : des pays sont systématiquement opposés et d ’ autres systématiquement alliés . Face à un manque de probité flagrant , il faut rester philosophe . En France nous sommes bénévoles , mais dans certains pays se voir remettre une médaille permet à un candidat et son expert d ’ obtenir une prime . Cependant , un jeune dont les gestes sont précis et mesurés dès le départ ne pourra jamais être mis sur la touche par un expert même malintentionné , car un consensus se crée forcément entre les autres . C ’ est le premier jour que les experts essaient de débusquer les faiblesses des jeunes . Les deux jours suivants , il leur faut faire preuve de résistance physique . Le matin , nous avons le droit de leur parler un quart d ’ heure avant le début de l ’ épreuve : c ’ est le moment de les rassurer sur ce qu ’ ils ont déjà produit et sur leurs capacités .
Pendant la compétition , nous ne partageons pas nos techniques de métier entre experts . C ’ est à nous de repérer ce qui se fait ailleurs : on découvre alors de nouveaux outils et techniques ! Finalement , la compétition ressemble à un immense salon professionnel .
UNE REMISE EN QUESTION FRUCTUEUSE Être expert , c ’ est faire de belles rencontres autour de son métier et même au-delà de ce cercle , en intermétier . Cela nous oblige à une vraie remise en question de notre approche du métier . En effet , les jeunes ont désormais leur propre manière d ’ appréhender et d ’ exercer leur métier .
Il y a certains gestes que je ne fais plus comme avant , grâce aux enseignements de la compétition . En outre , nous bénéficions de nombreuses formations organisées par WorldSkills , ce qui est un véritable avantage tant au niveau humain que professionnel . Je dois dire que même dans ma vie de famille j ’ utilise certaines techniques de communication qui m ’ ont été inculquées ( par exemple les cartes mentales ) par des coaches et des préparateurs sportifs de haut niveau .
On nous apprend à peser nos paroles , à prendre du recul sur nos actes et à trouver de nouvelles ressources en nous-mêmes ( lors d ’ une improvisation théâtrale , pour ne prendre que cet exemple , nous avons dû sortir de notre zone de confort !). Cette démarche est en phase avec les valeurs compagnonniques , d ’ où le grand nombre de Compagnons chez les experts , qu ’ ils soient issus de l ’ Association ouvrière , de la Fédération compagnonnique ou de l ’ Union compagnonnique . Cette expérience nécessite du temps , mais le jeu en vaut la chandelle !
L ’ objectif pour Gdansk ? C ’ est le podium bien sûr ! Je suis déjà dans la compétition et Alexis aussi ! Tout est en place pour aborder la compétition avec plaisir ; nous partirons sereins . À tous les jeunes qui hésitent à se lancer : foncez ! Car cela n ’ est possible que jusqu ’ à vos 21 ans . Vous n ’ avez rien à perdre , mais tout à gagner : expériences et rencontres . Pour l ’ avoir vécu aussi bien comme expert que comme candidat , ce concours procure un festival émotionnel sur un temps très court !
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 331 / Juillet - août 2023