voyage compagnons 21
© Alexander Lamont .
© Alexander Lamont .
Ponçage du chant d ' un couvercle de boîte . Picarde avec Earn , un collègue de son équipe , en train de calepiner le placage .
du matin . Premier ressenti : j ’ ai chaud ! Bien sûr , comme n ’ importe qui partant à 10 000 km de chez lui , je suis folle d ’ excitation et terrifiée en même temps , mais j ’ ai chaud , très chaud .
Aujourd ’ hui , j ’ entame mon quatrième mois à Bangkok et mon entreprise d ’ accueil me plaît beaucoup . C ’ est une structure assez conséquente , puisqu ’ elle compte une centaine d ’ employés . Nous sommes tous répartis dans nos ateliers respectifs : atelier bois , ponçage , galuchat , marqueterie de paille , assemblage et j ’ en passe …
Dans mon atelier , nous sommes dix ; les plus âgés ont la soixantaine et moi je suis la plus jeune . Mes collègues sont tous Thaïs et parlent très peu , voire pas du tout , anglais : notre seul langage commun est notre métier . Travailler avec des Thaïlandais est très agréable , car ils sont patients , respectueux et très généreux . Malgré la barrière de la langue , nous avons une très bonne cohésion d ’ équipe et nous nous entendons très bien .
DES OUVRAGES VARIÉS Nous fabriquons du mobilier design , principalement en panneaux contreplaqués replaqués par différentes essences de bois ( noyer américain , sycomore , érable , palmier , acajou …) et quelques modèles d ’ accessoires ( comme des boîtes ) dessinés par Alexander Lamont . La Thaïlande est un pays trop humide pour travailler le bois massif . Nos ouvrages partent dans le monde entier et , assez ironiquement , la première table que j ’ ai fabriquée a été
envoyée en France . Je ne note pas de différence flagrante entre le fonctionnement de cette entreprise et une entreprise française . Comme dans toutes , l ’ atelier a ses spécificités ; si dans celle-ci l ’ on trouve des machines de marques différentes de celles dont on a l ’ habitude en France , il demeure tant de similitudes avec ce que j ’ ai connu jusqu ’ ici qu ’ il m ’ a été assez facile de m ’ adapter . J ’ y ai tout de même découvert la scie à l ’ américaine qui n ’ est pas utilisée en France ( sans doute parce qu ’ elle est très dangereuse !).
TRAVAILLER AVEC DES THAÏLANDAIS EST TRÈS AGRÉABLE , CAR ILS SONT PATIENTS , RESPECTUEUX ET TRÈS GÉNÉREUX . MALGRÉ LA BARRIÈRE DE LA LANGUE , NOUS AVONS UNE TRÈS BONNE COHÉSION D ’ ÉQUIPE ET NOUS NOUS ENTENDONS TRÈS BIEN .
À mon arrivée , j ’ ai fabriqué des tables basses : une première recouverte de parchemin , puis deux autres recouvertes de galuchat et une table ronde recouverte de marqueterie de paille . Ensuite , un lit de salon et quatre cabinets de conception identique , mais de dimensions et de finitions différentes . Je fabrique actuellement un cabinet cintré sur les deux côtés et dont les tiroirs seront recouverts de galuchat par la suite . Malheureusement , je n ’ ai pas encore eu l ’ occasion de découvrir et pratiquer les techniques de finition ( coquilles d ’ œuf , marqueterie de paille , galuchat …), mais j ’ espère pouvoir passer par cette étape avant mon retour en France . Moi qui n ’ apprécie pas beaucoup l ’ agencement , je suis aux anges de fabriquer ce mobilier : le design d ’ Alexander Lamont me plaît beaucoup . Je suis encore étonnée qu ’ il y ait une telle ébénisterie en Thaïlande !
Dans ce pays , il n ’ existe pas de formation dans mon métier : les locaux doivent l ’ apprendre sur le tas . Les anciens enseignent leur savoir-faire aux nouveaux venus . Mes collègues les plus expérimentés m ’ ont ainsi appris leurs façons de faire . Même si parfois je les connaissais déjà , j ’ ai toujours accepté avec gratitude leur partage d ’ expérience . Ils ont cette culture de « l ’ ancien », très respecté , y compris dans le cadre professionnel . Dans mon entreprise , des familles entières sont employées .
C ’ est vraiment la chaleur que j ’ ai du mal à supporter ici . Travailler sous 40 ° C tous les jours représente des conditions peu adaptées à la pratique de mon métier . La pire épreuve ? Faire un collage . Cela nécessite d ’ éteindre les ventilateurs pour freiner le séchage de la colle , on transpire alors à flots , au risque de tacher notre ouvrage de transpiration . La colle sèche en 5 minutes au lieu de 30 , alors qu ’ on ne réussit même pas à serrer les serre-joints à cause de nos mains qui glissent : une vraie mission ! Ici , on travaille 48 h par semaine , mais , contrairement à la France
# 325 / Janvier 2023