réflexion compagnons 19
Réponse à la question posée avec l ' application Wooclap : « Pensez à un moment fort vécu auprès de votre parrain . Qu ’ est-ce qui vous a touché à cette occasion ? »
nuit , j ’ ai appelé le Compagnon Jean Mopin . Je n ’ ai pas appelé mon parrain qui était un Compagnon itinérant , j ’ ai appelé l ’ ancien .
Est-ce que la situation post-Covid nécessite de se poser encore ces questions ? Oui et non . Dans la plupart des prévôtés , le retour à la normale est de mise : ce sont principalement les sédentaires qui parrainent les postulants , mais dans certaines autres , ce sont les Compagnons itinérants qui assurent cette mission . Le Conseil a souhaité aborder ce sujet avec les élus lors du dernier Conseil d ’ orientation d ’ octobre , s ’ assurer qu ’ il se fait bien du compagnonnage partout , autrement dit , avec des jeunes ET des anciens . Avant de répondre aux deux principales questions soulevées par ce point ( voir plus loin ), les élus se sont mis d ’ accord sur la finalité de l ’ enseignement compagnonnique et du parrainage , en se prêtant à une réflexion commune .
À l ’ aide d ’ une application gratuite - Wooclap pour ne pas la citer - , une question était posée à laquelle chacun dans l ’ assemblée devait répondre depuis son portable . Les réponses apparaissent instantanément sous forme de nuage de mots ou de liste , les mots les plus proposés par l ’ assemblée s ’ affichant en plus gros . Ce genre d ’ atelier permet de se mettre d ’ accord sans les longs palabres dont les Compagnons savent se montrer friands .
À travers la gâche de responsable de l ’ Institut de la transmission , j ’ ai pu demander à plusieurs centaines d ’ Aspirants et Compagnons de définir en un seul mot ce que représentait à leurs yeux le compagnonnage . Voici les mots qui ressortent le plus : partage , rencontre , ouverture , humain , transmission , épanouissement , fraternité , aventure et amour . Le mot métier ne ressort jamais ou presque ( cela n ’ est arrivé qu ’ une seule fois ). Le compagnonnage est une histoire d ’ humains et non une histoire de métier ou de je ne sais quelle élite ouvrière ; simplement une histoire de cœur , dont l ’ enseignement compagnonnique est la clé . Je ne résiste pas au plaisir de citer le Compagnon Devraine qui a affirmé , lors de ce Conseil d ’ orientation , que « le compagnonnage est avant tout une histoire d ’ amour ».
VERS UNE SENSIBILISATION ACCRUE DES APPRENTIS C ’ est dans cet esprit fraternel que le postulant à l ’ Adoption choisit son parrain : il doit se sentir bien avec lui , en confiance . Trouver un ancien comme parrain relève parfois pour les jeunes d ’ un subtil mélange entre défi et hasard . Alors , pour les aider , naissent quelques initiatives dans les prévôtés en mal de candidats : des Compagnons désignés d ’ office , une liste de noms dans laquelle le postulant doit choisir son garant , etc . Cela compense , mais ce n ’ est pas l ’ attendu . Pour ouvrir le débat , l ’ une des deux questions était posée de manière orientée : « Le conseil de prévôté peut-il jouer un rôle dans le rapprochement des jeunes et des parrains ? » Est-ce au métier de porter la responsabilité du parrainage à l ’ Adoption ? Le métier reçoit , mais c ’ est la communauté qui adopte ; que ce soit quelqu ’ un du même métier qui accompagne le postulant n ’ est pas du tout une obligation . Le bon déroulement du parrainage ne pourrait-il pas être un projet de prévôté ? Ne devrait-il pas l ’ être ?
L ’ autre question du débat portait sur le peu de présence des apprentis durant la partie partagée de l ’ Adoption : « Invitons-nous suffisamment les apprentis à la partie partagée de l ’ Adoption ? »
La majorité des élus estiment que l ’ enseignement compagnonnique doit commencer dès le premier jour chez nous et que le temps partagé de l ’ Adoption fait partie de l ’ enseignement compagnonnique . Forts de ce constat , pourquoi voyons-nous si peu nos « lapins » lors de ce moment ? Bien sûr , il est essentiellement prévu pour les proches des postulants , mais aussi pour les apprentis qui le souhaitent . Beaucoup de jeunes préfèrent découvrir l ’ intégralité de la cérémonie le jour de leur propre Adoption pour en garder toute la saveur . Cela se respecte , si tant est que le jeune le décide sans être influencé . Beaucoup pensent que ce n ’ est pas leur place , car cela pourrait effectivement altérer leur passage le moment venu . Un Compagnon a soumis une réflexion sur le sujet : « Pensez-vous que cela gâche son propre mariage d ’ avoir été invité à d ’ autres avant ? »
Le débat s ’ est ouvert et reste ouvert , cet article n ’ est pas un compte-rendu , mais une proposition de réflexion commune . Réfléchissons clairement , en évitant les « usines à gaz ». J ’ ai envie de conclure sur l ’ exemple des formateurs de Tours qui ont eu une idée aussi saugrenue que géniale de simplicité . Ils sont partis du constat que les anciens venaient toujours à la maison pour faire quelque chose , alors il faudrait les inviter pour ne rien faire ou plutôt pour s ’ amuser . Ils organisent ainsi à leur intention un concours de belote compagnonnique ! Je l ’ avoue , la première seconde j ’ ai trouvé l ’ idée complètement stupide , et puis , la seconde d ’ après , je me suis dit que j ’ irais bien moi au concours de belote … Simple , saugrenu , génial !
Patrick Doffémont Picard Cœur Sincère Compagnon maréchal-ferrant
Responsable de l ’ Institut de la transmission
# 325 / Janvier 2023