3 perspectives
FAIRE SOCIÉTÉ
« aire société », voilà bien une expression -
F avec sa petite sœur « le vivre ensemble »
- que les médias utilisent régulièrement et que l ’ on entend sans cesse dans la bouche des commentateurs ou dans celles de nos élus locaux ou nationaux . De quoi parlons-nous ? L ’ une de ses définitions correspondrait à « la capacité des femmes et des hommes à s ’ entendre , se comprendre , à respecter leurs différences indépendamment de leur origines géographiques ou sociales , allant au-delà de leur individualité en considérant la communauté dans laquelle ils évoluent ».
Rappelons le contexte pour le moins inédit dans lequel nous vivons . Sur le plan de la santé , nous venons de traverser une épidémie sans précédent , remettant en question notre système de soins , notre rapport aux autres , notre résilience . Sur le plan politique , le taux de participation aux élections présidentielles est au plus bas de ces 50 dernières années - les deux derniers scrutins législatifs dépassent les 50 % d ’ abstention - avec , pour finir , un visage de l ’ Assemblée nationale inhabituel … Sur le plan climatique , nous sommes bousculés par les dérèglements nous apportant sécheresses , tempêtes et autres phénomènes météorologiques exceptionnels . Plus récemment , des événements divers et variés nous imposent une vigilance particulière sur notre consommation d ’ énergie et nous incitent à reconsidérer nos achats du quotidien .
Ce contexte est à observer quand nous réfléchissons à l ’ accueil et à l ’ accompagnement qu ’ il est souhaitable de proposer à la jeunesse venant à la rencontre des Compagnons du Devoir . Nous avons la responsabilité de la préparer au mieux pour sa vie future .
L ’ ENTRE-SOI NOUS GUETTE , PRENONS GARDE À CE QUE LA RENCONTRE , CE MOMENT SI IMPORTANT POUR SE CULTIVER , NE DEVIENNE PAS UNE RENCONTRE « ENTRE NOUS ».
Le Tour de France que nous lui proposons doit lui permettre d ’ acquérir , au-delà des compétences métier , un grand nombre de qualités pour mieux vivre au quotidien . Et c ’ est bien ce que nous tentons de faire au travers des différents aspects de la vie en communauté proposée sur le Tour de France . Citons-en quelques-uns . Une gâche par exemple impose à celui qui la prend de rendre des comptes ; c ’ est l ’ occasion de lui faire confiance , mais aussi de l ’ accompagner et de lui tendre la main lors d ’ une difficulté passagère . La réunion communautaire doit permettre à chacun de s ’ exprimer , d ’ être attentif aux autres ainsi qu ’ à leurs différences et de respecter la décision prise par la majorité , même si elle est en opposition avec sa propre opinion . Le voyage permet une remise en question de nos vérités et de nos acquis en confrontant nos points de vue avec nombre de personnes croisées sur notre route . Lorsqu ’ il est international , et qui plus est dans une langue étrangère , ce voyage force l ’ esprit à s ’ ouvrir à l ’ autre , à sa culture et à accepter nos dissemblances ou , au moins , à les comprendre .
Ces partis pris , bien qu ’ appropriés , ne sont sûrement pas suffisants vis-à-vis des besoins de la jeunesse . Par cette organisation , lui apportonsnous toutes les clefs lui permettant de vivre demain avec « l ’ autre », d ’ accepter ses particularités et de prendre part à la vie citoyenne ? Comment l ’ aidons-nous à comprendre les évolutions que nous vivons , à en interpréter les conséquences ? Faisons-nous le nécessaire pour lui permettre de s ’ exprimer pleinement , pour lui enseigner à débattre et à se positionner auprès des autres , tout en respectant les divergences de point de vue pour s ’ en enrichir ? Les portes de nos maisons sont-elles suffisamment ouvertes pour favoriser les échanges des jeunes avec ceux qui les entourent pendant leur voyage ? L ’ entre-soi nous guette , prenons garde à ce que la rencontre , ce moment si important pour se cultiver , ne devienne pas une rencontre « entre nous ». Je reprendrais , pour illustrer mon propos , la phrase du philosophe Émile-Auguste Chartier , dit « Alain » :
# 323 / Novembre 2022