Compagnons_322_web | Page 8

8 compagnons dépassement
pour choisir les jeunes qui constitueront l ’ équipe de quatre charpentiers représentant la France lors du Concours européen . Chacun en sélectionne quatre parmi ses apprenants , puis ces douze jeunes doivent ensuite réaliser chacun une maquette en 19 h à la fin d ’ une semaine d ’ évaluation . Les trois concurrents dont les ouvrages ont obtenu les meilleures notes sont retenus pour intégrer l ’ équipe de France . S ’ ajoute à eux un jeune « espoir », celui qui a obtenu la meilleure note hors podium et qui a l ’ âge de se réinscrire à la prochaine édition de la compétition . J ’ ai souvenir que le niveau du sujet imposé était très élevé lors de cette première sélection nationale en février 2020 , car il ne restait initialement que trois semaines pour se perfectionner en vue de la finale . Karl Evin , Picard , a été classé premier , moi deuxième , Laurent Bolot - issu de la Fédération - troisième ; Charles Navelot , Lorrain , Aspirant charpentier , a été choisi comme jeune espoir .
ENSUITE L ’ ENTRAÎNEMENT … À partir de 2020 , nous avons débuté notre préparation dans les ateliers de la Fédération compagnonnique , qui est chargée de l ’ entraînement de l ’ équipe de France . Ils nous ont ainsi reçus deux semaines dans leurs ateliers de Lyon , puis par la suite dans ceux d ’ Échirolles . Leur accueil a été vraiment génial : lorsque nous étions présents , nous étions à chaque fois conviés à tout ce qui était organisé par leur communauté ! Nous étions encadrés par d ’ anciens candidats au Concours européen : Alexis Damiens , Beauceron la Rigueur , à Échirolles ,
Témoignage et Île-de-France Bel à Lyon ; Manceau Néret et Provençal Menestrello ont eux aussi contribué à notre préparation .
L ’ équipe créée à l ’ issue de la sélection nationale de février 2020 était complétement différente début 2022 , car certains jeunes avaient dû abandonner . Finalement , ce sont deux coteries de la Fédération - Guillaume Fourtier , Franc-Comtois Cœur Vaillant , et Adrien Chenu , Savoyard l ’ Amour du Trait , tous deux Compagnons - et deux de l ’ AOCDTF - Lorrain Navelot et moi-même - qui ont été retenus pour représenter la France . J ’ ai accepté avec philosophie ces changements et cela d ’ autant plus que nous nous sommes tous très bien entendus . Nous étions en phase pour tout donner afin d ’ aller le plus loin possible dans le concours .
Celui-ci avait beaucoup évolué après l ’ édition de 2018 . Auparavant , il y avait 10 à 12 h d ’ épure ( traçage au sol ) à effectuer , cinq heures de rembarrement ( méthode pour déterminer les coupes ), cinq heures de taille , puis le levage ; c ’ était très éprouvant physiquement pour les candidats . De plus , lors des premières étapes , il n ’ y avait rien à montrer au public . Maintenant , la pièce à réaliser est divisée en deux modules , ce qui répond aux attentes de tous . Dès le premier soir du championnat , le premier module doit être monté . Les anciens sujets ne correspondant donc plus aux règles actuelles , les coaches des équipes concurrentes ont dû en créer d ’ autres selon les nouveaux critères imposés par les experts de la compétition , qui forment ensemble le jury .
Pierre-Alain Vacheret , Franc-Comtois la Franchise , délégué de métier des charpentiers Les quatre compétiteurs représentant la France se sont entraînés en alternance dans les ateliers de l ’ une de nos maisons et dans ceux de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment ( FCMB ), supervisés par des sédentaires bénévoles . Nous en sommes venus à cette organisation , car très souvent l ’ équipe de notre pays comporte des jeunes de nos deux structures ( AOCDTF et FCMB ). En relation avec des Compagnons de la fédération très ouverts , nous nous sommes mis d ’ accord pour aller dans le même sens ensemble , au lieu de travailler chacun de notre côté . Je souhaite que nous continuions à travailler ainsi , d ’ autant plus que nous sommes le seul métier à avoir cette opportunité , ce qui est une vraie chance ! Je suis content des résultats des jeunes lors de cette édition vu le niveau global de la compétition ! Ils se sont bien débrouillés , alors même qu ’ ils étaient tous dans des villes différentes et n ’ ont donc eu que très peu d ’ entraînements en commun . Les Allemands , les Suisses et les Autrichiens sont de sérieux adversaires , car ils ont historiquement de grandes compétences en construction bois . J ’ espère un carton plein pour nos jeunes à la prochaine édition , qui aura lieu en France en 2024 ! Et bien sûr l ’ or aux WorldSkills à Lyon la même année ! Si certaines nations permettent à leurs équipes de s ’ entraîner non-stop , j ’ estime que pour nos jeunes le défi est davantage de combiner leur implication dans les concours et leur travail en entreprise .
Juste avant la compétition , lors d ’ une semaine d ’ entraînement à Échirolles , nous avions tous construit des maquettes plutôt réussies . Nous étions assez confiants en rejoignant à Cologne les équipes de nombreux pays et avons pu voir la somme énorme de matériel de certaines , puisque chaque compétiteur apporte son équipement professionnel ( excepté les scies financées par la délégation française contribuant à l ’ organisation du concours ). Nous , Français , sommes les seuls à utiliser encore des scies égoïnes : beaucoup d ’ équipes étrangères taillent à la scie japonaise dont la denture n ’ est pas la même . L ’ aspect de la coupe semble identique après réalisation , mais une fois assemblées , leurs maquettes ont des coupes plus nettes . Toutes les deux maquettes , nous changeons de scie . Notre jeu de scies en comporte cinq , sachant qu ’ une seule scie japonaise vaut le prix du jeu complet ! Bien que le règlement du concours interdise l ’ utilisation de machines , les autres équipes en amènent à chaque fois , sans doute afin d ’ impressionner les autres ! Mais cela n ’ a pas marché sur moi : je me sentais serein , car bien préparé et habitué aux concours .
ENFIN L ’ ÉPREUVE ! Le tirage au sort des établis , la lecture du règlement et la mise en place ont eu lieu le lundi 5 juillet . Le lendemain matin , nous avons réalisé chacun de notre côté l ’ étude du sujet que nous venions de découvrir - un raccord assez complexe , peu en rapport avec la réalité du métier ( mais plus représentatif que les sujets de charpente des WorldSkills …). Toute l ’ équipe était plutôt confiante face à ce sujet . Les Français en général aiment beaucoup le trait de charpente , car ils y sont très bien formés : nous avons même trouvé que celui-ci manquait un peu de difficulté de ce côté-là . En revanche , le positionnement des pièces de bois était très exigeant !
L ’ heure d ’ étude s ’ est conclue par une quinzaine de questions aux experts , qui pouvaient ainsi répondre à nos interrogations . Chacun devait faire la pièce individuellement , avec pour objectif de la finir le soir même . Le mercredi et le jeudi , nous nous sommes concentrés sur la fabrication du second module et son assemblage , sachant que le vendredi soir était consacré à la remise des prix et aux échanges de cadeaux entre candidats et experts . Pendant l ’ épreuve d ’ une durée de 21 h ( soit 3 jours ), nous n ’ avions le droit d ’ échanger avec aucun membre
# 322 / Octobre 2022