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Je ne connais qu ’ une portion assez réduite du monde du bâtiment ( je n ’ ai d ’ ailleurs pas eu l ’ occasion de discuter avec des itinérants maçons ) et je ne me suis jamais projetée dans ces métiers du fait d ’ être une femme ; je sais que cela peut paraître cliché de dire cela , mais c ’ est ainsi .
J ’ avais déjà eu la chance de venir à Montréal une après-midi avec ma famille , mais cette fois-ci il était question de trois jours pleins . Quelle chance ! Je faisais partie d ’ une délégation d ’ une vingtaine de personnes , comprenant les organisateurs des Trophées de l ’ innovation du WinLab ’ et des collaborateurs du CCCA-BTP , un apprenti plâtrier - également gagnant dans la catégorie « Vision d ’ avenir » - accompagné de la directrice de son centre de formation , les quatre gagnants de la catégorie « Le CFA de demain » ( pour la plupart des formateurs ou des professionnels du monde de la formation du BTP ) et enfin moi-même et mes accompagnateurs , les Compagnons Jocelyn Gac , Jocelyn le Breton , directeur Recherche & développement au Collège des métiers , et Yvick Robin , Breton le Bien Décidé , délégué à l ’ international de l ’ AOCDTF .
Initialement , ce qui suscitait le plus mon intérêt dans le programme qui nous avait été transmis était la découverte de l ’ École des métiers de la construction de Montréal : j ’ avais envie de comparer les modes de formation canadien et français . J ’ avais une idée claire de ce que j ’ allais visiter , ce qui n ’ était pas forcément le cas des autres visites annoncées . Peu attirée par la technologie , mes connaissances sont réduites dans ce domaine et , de ce fait , je ne comprenais pas grand-chose aux intitulés de certaines visites évoquant les hautes technologies . Mais je ne ressentais aucune pression , car je n ’ avais pas à produire de document technique à la fin du voyage !
Logés dans un hôtel du centre-ville , nous avons été accueillis à Montréal et guidés pendant trois jours par l ’ organisateur du voyage et une collaboratrice de la chambre de commerce et d ’ industrie , qui vivent tous les deux sur place .
DES LEÇONS POUR L ’ AVENIR Rétrospectivement , j ’ ai beaucoup aimé l ’ intervention de la dirigeante de l ’ entreprise Coffrage Synergy qui nous a fait découvrir le chantier de coffrage
Conférence animée par des ingénieurs chez Centech entreprenariat .
de deux tours . C ’ était la première fois que je rencontrais une femme de cette envergure dans le secteur du bâtiment . C ’ est un sacré personnage qui , bien qu ’ ayant débuté comme réceptionniste , est parvenue à la direction de son entreprise ! J ’ ai été surprise aussi par sa féminité qui bousculait mes préjugés sur les femmes dans ce milieu . Son approche très humaine du monde du bâtiment a fait écho en moi : elle a beaucoup plaidé pour la bienveillance et l ’ entraide , ce qui m ’ a rappelé les valeurs compagnonniques . Elle savait parler du BTP de manière à donner envie aux femmes d ’ y évoluer , y compris moi .
JE SUIS PRÊTE À TRAVAILLER AVEC DES PROFESSIONNELS DE TOUS LES MÉTIERS QUELS QU ’ ILS SOIENT , À PARTIR DU MOMENT OÙ ILS SONT PASSIONNÉS . CELA PEUT PARAÎTRE UN PEU EXCESSIF , VOIRE UTOPIQUE , MAIS JE PENSE QU ’ À MON ÂGE IL EST BÉNÉFIQUE D ’ AVOIR UNE TELLE VISION .
Comme prévu , j ’ ai aussi été très intéressée par la visite de l ’ École des métiers de la construction de Montréal , qui apparemment était la principale de la région . J ’ ai été contente de voir que notre association n ’ avait pas à rougir de ses ateliers : j ’ ai pu constater que notre parc machine était même plus récent ... Il faut savoir que le Canada connaît une pénurie de professionnels des métiers du BTP . On nous a présenté une campagne de communication qui a été lancée auprès des entreprises pour les inciter à recruter des filles et qui disait que « pour une fille recrutée , vous avez un garçon »… Ce message m ’ a vraiment choqué ! J ’ ai aussi appris que l ’ alternance n ’ existe pas , car trop difficile à mettre en œuvre . De fait , au bout d ’ une seule année de formation , l ’ on est considéré comme embauchable ; cette durée me semble pourtant un peu juste pour devenir un ouvrier compétent …
La visite que j ’ ai préférée était celle de l ’ incubateur technologique Centech qui accueille des ingénieurs entrepreneurs pour les aider à développer leurs projets destinés au BTP . Trois d ’ entre eux nous ont présenté les leurs , notamment un qui avait conçu un exosquelette pour les ouvriers du bâtiment . J ’ ai trouvé leurs explications passionnantes et inspirantes . Ils nous ont montré combien il était important de collaborer en intermétier , ce qui me semble crucial pour innover ! Je compte bien adopter cette démarche pour la suite de mon parcours professionnel et cela dès mon Tour de France . Je suis prête à travailler avec des professionnels de tous les métiers quels qu ’ ils soient , à partir du moment où ils sont passionnés . Cela peut paraître un peu excessif , voire utopique , mais je pense qu ’ à mon âge il est bénéfique d ’ avoir une telle vision . Ces interventions à Montréal m ’ ont fait comprendre qu ’ il existait bon nombre de manières différentes de pratiquer mon métier ( par exemple avec l ’ intelligence artificielle ) et que , selon mes envies et mes besoins , je pourrai ainsi évoluer . Cela m ’ a fait réfléchir à la manière dont je veux travailler sur le long terme .
La seule conférence qui ne m ’ ait pas trop plu a été animée par un entrepreneur dans l ’ immobilier qui voulait embaucher un maximum de stagiaires avec l ’ idée de ne pas les rémunérer . J ’ y ai vu une sorte de sous-exploitation ; bien sûr , ce point de vue n ’ engage que moi . Autrement , j ’ ai trouvé les Canadiens beaucoup plus détendus que les Français ; oserai-je même dire moins râleurs … Ils ont ce côté « tout est possible », à l ’ américaine . En France , nous avons beaucoup de confort , des
# 322 / Octobre 2022