métier compagnons 17 par tous les temps , afin de ne pas avoir à bâcher et débâcher tous les jours - , nous ne pouvons pas voir le plat paysage picard qui me change des panoramas suisses de ma précédente étape !
Les 3 600 m 2 de toiture ont été réparties entre plusieurs entreprises de couverture : celle qui m ’ emploie intervient depuis avril 2021 sur la partie donnant sur la cour intérieure avec trois autres entreprises . Une cinquantaine de couvreurs évoluent sur le chantier , mais sans que les différentes équipes se mélangent . Je n ’ avais jamais travaillé avec autant de couvreurs sur un même chantier ! L ’ équipe de mon employeur en compte une quinzaine , dont mon chef d ’ équipe , Compagnon sédentaire issu de la Fédération compagnonnique . Un autre Compagnon sédentaire de la Fédération compagnonnique était venu nous prêter main forte pendant deux semaines . Je me suis entendu aussi bien avec l ’ un qu ’ avec l ’ autre : on se charrie , mais on travaille bien tous ensemble dans un même but !
AVANCER COÛTE QUE COÛTE En plus des Compagnons de la Fédération , je travaille aussi avec un apprenti très motivé , formé lui aussi à la Fédération , et des intérimaires ayant des bases en couverture . La pénurie de couvreurs a en effet obligé mon employeur à recruter des personnes débutant dans le métier . De plus , les toits picards étant assez simples , les couvreurs locaux ne sont pas habitués à intervenir sur de telles toitures . Mon chef d ’ équipe et moi-même chapeautons les ouvriers divisés en deux groupes . J ’ avais déjà été chef d ’ équipe deux fois sur mon Tour , mais c ’ est la première fois que je suis confronté à autant de collaborateurs inexpérimentés dans une même équipe . Il faut à chaque fois leur montrer la technique à mettre en œuvre , puis contrôler ensuite le résultat . Forcément , on avance moins vite qu ’ avec des professionnels chevronnés ; cela met ma patience à rude épreuve et m ’ oblige à travailler ma diplomatie . En tant que responsable de corporation , j ’ ai pourtant l ’ habitude et je prends du plaisir à transmettre mes connaissances aux jeunes , mais les contextes n ’ ont rien à voir .
Du coup , je m ’ occupe de tous les raccords complexes et il y en a beaucoup , comme sur tout château , en raison des cheminées et des lucarnes ; en clair , il n ’ y a pas de surface plate ! Je suis content aussi de pouvoir réaliser des noues en ardoise , car ce n ’ est pas une opportunité courante . Certains départs de noue n ’ étaient pas simples et j ’ en étais ravi car ce sont des défis comme je les aime ! Le chef de chantier m ’ expliquait la façon de faire , puis je me lançais en m ’ adaptant aux rangs et en me fiant à mon ressenti d ’ homme de métier .
Le plomb étant dangereux , nous devons faire attention aux poussières . Ainsi , lors des soudures de plomb neuf , nous devons mettre un masque , des gants et une combinaison de protection . Nous faisons régulièrement des plombémies ( des prises de sang réalisées par la médecine du travail ), mais Villers-Cotterêts n ’ est pas considéré comme un chantier « plomb » majeur en termes de risque . Cela ne m ’ inquiète pas , car mon taux d ’ exposition reste faible . Sur le chantier , j ’ avais à réaliser une pièce en plomb qu ’ on appelle une « fesse en plomb » : il s ’ agit du raccord de deux noues sur une lucarne . Ayant suivi le stage « Plomb » en mars dernier , j ’ ai demandé des conseils à l ’ ancien qui l ’ encadrait . Puis , je lui ai montré – ainsi qu ’ aux jeunes que j ’ encadre à la maison - le résultat obtenu qui me paraissait satisfaisant ! Outre le plomb et l ’ ardoise , on trouve aussi du cuivre sur ce chantier , pour les chéneaux neufs servant à récolter les eaux pluviales . Mais ce n ’ est pas moi qui m ’ en suis occupé , car cela ne présente pas de complexité particulière .
En ce moment , nous travaillons dans l ’ urgence - nous avons la chance de n ’ avoir pas du tout été impactés par les problèmes d ’ approvisionnement en matériaux - , car l ’ échafaudage doit être démonté pour avancer sur d ’ autres parties du chantier . Il faut réfléchir au mieux à l ’ organisation de la réalisation des raccords pour que les ouvriers puissent avancer de manière optimale . Cette contrainte de temps m ’ empêche de fignoler mon ouvrage autant que je le souhaiterais , mais le chantier avance vite sous nos yeux , ce qui est tout de même gratifiant . La couverture ne sera terminée qu ’ en décembre 2022 , mais une fois le versant nord terminé à la mi-juillet , je passerai la main pour la suite . Je me souviendrai de la beauté de cette couverture et de tous les raccords que j ’ y ai effectués : j ’ ai acquis lors de cette expérience une certaine maîtrise du plomb et je me suis perfectionné dans les noues en ardoise ainsi que dans le management , ce qui va m ’ être utile à très court terme . Effectivement , l ’ an prochain , pendant ma dernière année de DEUST , je serai conducteur de travaux à Paris . J ’ ai hâte de débuter dans ce poste qui me permettra d ’ œuvrer sur de beaux bâtiments dans la capitale . Par la suite , je me vois bien salarié dans une grosse PME à l ’ ambiance familiale , à gérer des chantiers tous plus variés les uns que les autres !
Réalisation d ' un pied de noue en ardoise à deux tranchis à faux rangs .
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
1 - Classe proposant des cours d ’ enseignement général ( comme en collège ), auxquels s ’ ajoute une ouverture sur la vie professionnelle au travers de trois stages . # 321 / Septembre 2022