14 compagnons excellence
LA MARQUETERIE DE MARBRE mise en lumière
Marine Gaillard , dite Lyonnaise , Aspirante tailleuse de pierre , a eu la belle opportunité d ’ effectuer ses deux années d ’ apprentissage dans l ’ une des rares entreprises françaises maîtrisant la technique de la marqueterie de marbre à la main . Désireuse de valoriser ce savoir-faire , elle a choisi de l ’ employer pour son travail d ’ Adoption : un logo de l ’ AOCDTF en marbre translucide . Lyonnaise a su relever le défi , non sans avoir dû solutionner divers problèmes . Retour sur expérience .
J ' ai découvert par hasard la taille de pierre lorsque j ' étais encore à la faculté des sciences de Lyon . Ce métier , mêlant l ' architecture , le travail direct de la matière et la recherche du beau dans l ' ouvrage , a été un réel coup de cœur . Pour me former , j ’ ai pensé tout de suite aux Compagnons du Devoir et , dès mon arrivée chez eux , le Tour de France m ' a attirée . J ' ai découvert assez vite que , au-delà d ’ un chemin de perfectionnement au métier , il s ’ agit surtout d ’ un moyen d ’ apprendre à vivre en harmonie avec les autres malgré nos différences . J ’ aime cette perspective de découvrir des personnes aux profils variés . J ’ ai ainsi postulé à l ’ Adoption à la fin de mes deux ans d ’ apprentissage chez Brocatelle .
UN SAVOIR-FAIRE DE NICHE Pour mon travail d ’ Adoption , j ' ai souhaité travailler en marqueterie des marbres translucides , spécialité de Brocatelle ( mais dont ce n ’ est pas l ’ activité principale ). Peu de tailleurs de pierre ont l ' occasion de se frotter à la marqueterie de pierre dans leur carrière et être formée par une entreprise aussi reconnue dans ce domaine était une chance . Le sujet de mon travail d ’ Adoption était pour mon patron , Marc Morel , Compagnon tailleur de pierre , l ' occasion de me transmettre son savoir-faire .
Ayant entendu dire que la maison de Villefontaine où je résidais manquait d ' âme , j ’ ai souhaité lui donner un certain cachet . L ’ idée d ’ une enseigne m ' est venue en échangeant avec ma responsable , la Compagnon itinérante Elsa Berthelot .
Calibrage au polissoir ( non-automatisé ).
J ' ai fait beaucoup de recherches en amont de ma mise en chantier pour montrer mon sérieux aux anciens . Je craignais - à tort ! - qu ’ ils refusent ce sujet , somme toute assez éloigné de la taille de pierre courante .
J ' avais déjà travaillé de l ' onyx ( qui a servi pour le fond de la marqueterie ) et du marbre jaune de Sienne ( pour les trois oiseaux du logo ). Trouver un matériau bleu pour les lettres qui forment les mots « Compagnons du Devoir » s ’ est avéré compliqué : il existe très peu de pierres bleues et encore moins translucides et en assez grande quantité pour la surface concernée de mon ouvrage . Trois solutions se présentaient à moi : trouver des pierres naturelles , donner la bonne teinte à des marbres grâce à des traitements physico-chimiques ( similaires à ceux de la formation des roches grâce à la chaleur , la pression ou le pH ...) ou encore trouver une façon de teindre des pierres .
J ’ ai cherché des techniques pour teinter du marbre en bleu dans des livres de marbrerie du xix e siècle , prêtés par un collègue . Mais après avoir fait traduire le nom des plantes indiquées , j ' ai abandonné cette piste puisque je ne savais pas où ramasser ce dont j ' avais besoin . Je n ' ai pas pu non plus traiter mes pierres par le biais d ’ une modification physico-chimique , car je n ' ai trouvé personne pour m ’ indiquer la marche à suivre .
Je me suis finalement orientée vers la sodalite , une pierre bleue utilisée parfois en joaillerie , un peu opaque , mais qui ,
# 321 / Septembre 2022