expérience compagnons 21 une équipe projet : celle-ci comprend un chef de produit à l ’ origine de la demande de création du produit , un designer et un ingénieur produit qui travaillent en duo sur le cahier des charges du futur sac - le second devant déterminer une échelle de prix et les fonctionnalités retenues - et moi-même . Une fois le cahier des charges validé , le travail de conception à mon niveau commence , en collaboration avec le designer et l ’ ingénieur produit .
En tant que prototypiste , je conçois et fabrique le prototype des sacs , du départ de l ’ idée jusqu ’ à sa mise en production . À partir des croquis du designer qui donne sa forme et son esthétique globale au produit , je crée un premier modèle en 3D , puis je réalise un patronage que je monte en 3D au plus proche de la réalité physique . À ce stade , la plupart des erreurs de conception sont décelées . Je monte et remonte ensuite le modèle physique grâce à mes compétences manuelles ( piqûre , montage , assemblage …) jusqu ’ à ce que l ’ on se mette d ’ accord sur le modèle final envoyé en production . J ’ utilise quotidiennement des tissus techniques ( polyester , polyamide …) et de la mousse . Les matériaux sont différents de ce à quoi j ’ étais habituée , mais globalement ils sont plus faciles à travailler que le cuir : un tissu peut être monté et remonté plusieurs fois , contrairement au cuir qui une fois piqué est bon à jeter .
De nombreuses réunions sont organisées pour présenter au chef de produit nos avancées . Chacune suscite beaucoup d ’ échanges et de questionnements sur le service apporté par le sac à ses utilisateurs lors de leur pratique .
LA RECHERCHE DU PRODUIT IDÉAL Les sacs doivent être ergonomiques , confortables , beaux , de bonne qualité et accessibles à tous en termes de prix . Il nous faut trouver un équilibre entre toutes ces caractéristiques . Certains produits sont validés en très peu de temps , mais certains , plus novateurs , peuvent nécessiter plusieurs années de développement . Je travaille par exemple sur un projet qui en est à sa troisième année de gestation . Il arrive même que certains soient totalement abandonnés , quand le prix ou la technicité notamment sont excessifs par rapport aux besoins de la cible . Il y a plusieurs étapes de tests , dont celui de perception en premier lieu , lors duquel on fait évaluer le produit par des personnes lambda . Suite à cela , l ’ équipe produit essaie le modèle en situation réelle . Je suis ainsi allée en mars à Fréjus sur la Côte d ’ Azur pour tester un sac avec mes collègues et je me suis rendue fin avril au Vietnam avec l ’ ingénieur produit et le designer sur le site de production du modèle .
Actuellement , je suis mobilisée sur un projet qui correspond totalement à mes aspirations : il s ’ agit d ’ une poubelle de randonnée écoconçue ( c ’ est-à-dire sans chutes ) en tissus et composants écoconçus et recyclés . Les équipes doivent maintenant penser systématiquement à des procédés « low impact ». Le « zero waste » (« zéro déchet » en français ) permettra , outre limiter la perte de matière , d ’ obtenir des produits très accessibles .
Je suis maîtresse de mon emploi du temps : c ’ est à moi de jongler intelligemment entre les divers projets pour la collection de 2023 qui me sont confiés . J ’ en ai toujours cinq ou six à réaliser en parallèle . Nous sommes quatre prototypistes rien que pour les sacs de montagne . Mes collègues sont très expérimentés et j ’ apprends beaucoup d ’ eux . Chez Decathlon , le temps d ’ échange en équipe sur l ’ aménagement des projets ou bien des ateliers est primordial … Nous fonctionnons comme une équipe sportive : on avance tous ensemble et au même rythme .
Je m ’ étais formée à la CAO / DAO pendant mon BTS et chez les Compagnons du Devoir lors de stages annuels . Quand je suis arrivée chez Decathlon , j ’ ai en plus bénéficié d ’ une semaine de formation sur cette compétence cruciale , car tout se fait par ordinateur . Il est devenu improbable pour un maroquinier de faire ses gabarits à la main ! L ’ informatique fait gagner en temps et en efficience . De plus , dans nos métiers où nous utilisons des matériaux comme le cuir impactant pour l ’ environnement , réaliser les modèles virtuellement permet d ’ économiser de la matière : plus besoin de jeter à la poubelle des prototypes : on a droit à l ’ erreur sans conséquence matérielle .
UN ENVIRONNEMENT EXCEPTIONNEL Le souci porté au bien-être des salariés est connu et très apprécié chez Decathlon ! Il n ’ y existe aucune pression , bien au contraire … Avant je travaillais dans l ’ industrie du luxe , maintenant je travaille « dans le luxe » ! Si l ’ on a toujours des objectifs à atteindre , l ’ encadrement est très bienveillant .
Le plus gros défi pour moi dans ce poste a été d ’ atteindre une véritable autonomie , car chez mes employeurs précédents on m ’ indiquait toutes les tâches à réaliser et dans quel ordre . Je pense que cette expérience a changé durablement ma façon de travailler : je me sens plus efficiente ( et moins stressée !) en m ’ organisant tel que je le souhaite . Il m ’ a fallu aussi prendre suffisamment confiance en moi pour m ’ affirmer face à des collaborateurs confirmés .
Maintenant , je maîtrise totalement les logiciels de DAO et de CAO , ce qui me sera extrêmement utile pour la suite de ma carrière . Au niveau manuel , j ’ ai affiné certains montages privilégiant l ’ ergonomie - dans le luxe , c ’ est hors sujet : seule l ’ esthétique prime - et appris à manipuler certains tissus . Chez Decathlon , j ’ ai développé une manière d ’ envisager l ’ accessoire totalement inédite !
Je suis consciente d ’ être dans un contexte de travail exceptionnel : tous les matins , je vois le mont Blanc en me rendant dans les très beaux locaux de l ’ entreprise . Le midi , des sessions de sport nous sont offertes ! Tous les collaborateurs partagent cette idée de sport passion , ce qui crée une dynamique exceptionnelle .
Dans un an se posera peut-être la question de la Réception … Pour le moment , je vis dans l ’ instant présent . Forte de cette expérience , j ’ ai demandé à rester en bureau d ’ études l ’ an prochain - je ne me vois plus faire de la production - mais plutôt dans une entreprise de maroquinerie pure . Dans dix ans , je me vois bien tenir un bar en Sicile ou une épicerie au Canada ! Plus sérieusement , je ne me ferme aucune porte , à partir du moment où je me lève le matin avec enthousiasme ... »
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 318 / Mai 2022