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3 perspectives

L ’ ENGAGEMENT

L ' époque est loin où tenir un engagement était une question d ’ honneur , où qui ne respectait pas un contrat signé ou , pire encore , une parole donnée , se retrouvait couvert de honte et mis au ban .

Aujourd ’ hui , alors que donner sa parole n ’ a plus aucune valeur et que l ’ on signe de plus en plus de contrats de plus en plus épais , tenir un engagement semble être devenu une option parmi d ’ autres . Bien sûr , dès que des gros sous entrent en jeu , pénalités et clauses juridiques dissuadent qui serait tenté de manquer à ses devoirs . Mais sur le plan de la conscience , s ’ engager demande beaucoup plus d ’ efforts et de temps qu ’ il n ’ en faut pour se désengager . Il ne semble pas nécessaire de rappeler ici les chiffres des divorces et autres ruptures de toute nature .
Si la notion d ’ engagement semble s ’ être réduite au seul périmètre du droit , qui plus est renforcée par une effrayante complexification des écrits toujours plus précis et dans un langage toujours plus obscur pour le commun des mortels , on peut s ’ étonner de nous voir , nous Compagnons , continuer à en défendre le principe , parfois avec insistance . Est-ce encore le résultat d ’ une transmission de routine ou est-ce l ’ expression plus ou moins consciente d ’ une profonde conviction ? Et comment résonne-t-elle dans la tête d ’ un jeune né avec ce siècle ?
Autant le reconnaître de suite : le principe du Tour de France apporte à qui est allé au bout la preuve que garder le cap finit par payer , qu ’ une fois la route choisie il ne faut pas la quitter .
Ne nous étonnons donc pas que les Compagnons , une fois leurs valises posées quelque part , avertissent les jeunes que partir sur le Tour de France doit être compris et vécu comme un engagement . Et de leur demander mille fois s ’ ils en ont bien pris conscience , s ’ ils vont être capables de le tenir , s ’ ils sont dignes de notre confiance , s ’ ils peuvent devenir Aspirants ou Compagnons . Ce n ’ est pas un peu lourd , non ?
LE PRINCIPE DU TOUR DE FRANCE APPORTE À QUI EST ALLÉ AU BOUT LA PREUVE QUE GARDER LE CAP FINIT PAR PAYER , QU ’ UNE FOIS LA ROUTE CHOISIE IL NE FAUT PAS LA QUITTER .
Sommes-nous encore dans le ton en présentant l ’ état de Compagnon comme un engagement à vie , comme si l ’ on entrait dans un ordre – d ’ ailleurs , une idée défendue aux premières heures de l ’ association ? Le concept d ’ une vie toute tracée , linéaire , est dépassé depuis longtemps , en tout cas à l ’ opposé de celle , opportuniste voire versatile , à laquelle la société 2.0 a habitué les jeunes . Et puis , sommes-nous vraiment bien placés pour en témoigner ? Ne sommes-nous pas plutôt dans une espèce d ’ idéal que l ’ on se transmet depuis des générations par mimétisme , sans s ’ inquiéter de savoir s ’ il fait encore sens ?
Sans doute , nombre de jeunes prennent peur et préfèrent justement ne pas s ’ engager . Ils n ’ osent pas pousser la porte du Tour de France ou préfèrent , tant qu ’ il est encore temps , fuir par une porte dérobée juste avant la Réception . Et parmi ceux qui osent quand même les franchir , combien sont encore présents ensuite , notamment après ces années dites – à tort – « de devoir », au terme desquelles beaucoup estiment avoir payé leur dette et disparaissent dans la nature , sous couvert de mille et un arguments piochés dans la banalité des occupations quotidiennes .
Cette pression mise sur les jeunes , pourtant toujours motivée par de bonnes intentions , s ’ avère finalement d ’ autant plus contre-productive qu ’ ils ont sous les yeux , chaque jour , des preuves de désengagement , y compris de Compagnons . Il y a parfois loin entre le discours et la réalité . Les conduites à tenir pas toujours respectées , nos obligations pas toujours honorées , des anciens que l ’ on ne voit jamais , les horaires ou les délais pas souvent tenus … Bref , toutes ces choses , même les plus petites , que l ’ on s ’ est engagé à faire et que l ’ on ne fait pas .
Et dans le même temps , faut-il arrêter de parler d ’ engagement au seul prétexte de toutes ces défaillances ? Certes non , puisque rien de bon ne se fait sans persévérance , sans courage ni discipline , autrement dit sans effort dans le temps , et donc sans engagement . Mais peut-être pourrions-nous l ’ aborder différemment , car le présenter comme une charge , une obligation ou un devoir ne fait rêver personne . Il n ’ est d ’ ailleurs
# 317 / Avril 2022