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L ’ équipe de cuisine de Kilshane House en pleine mise en place du dressage des entrées . En plein jardinage . Éclaircissement des jonquilles .
un travail manuel . Je me suis retrouvée à Lismacue House , un grand domaine de 200 hectares , ayant des chambres d ’ hôtes , en pleine campagne entre Galway et Dublin . J ’ avais trente-cinq heures de jardinage à effectuer pour mes hôtes , un couple de personnes âgées vraiment charmant qui m ’ a beaucoup aidée quand j ’ ai eu des difficultés . J ’ avais une maison pour moi toute seule , résidant dans une dépendance rattachée à la maison principale , avec pour seule compagnie , Rufus , un chat roux . Tous les soirs , mes hôtes et moi passions du temps ensemble échangeant des recettes et discutant de lectures , et faisant des dictées pour m ' exercer à la compréhension de leur phonétique .
C ’ est paradoxal de dire cela , mais j ’ ai très bien vécu toutes les restrictions liées au Covid-19 durant mon séjour en Irlande . Déjà en France , le confinement m ’ avait permis de souffler à un moment où je ne me plaisais pas dans l ’ entreprise qui m ’ employait . J ’ avais aussi pu faire une pause avec les cours du soir et la vie en communauté : je m ’ y investissais pleinement , ayant envie de participer à tout , si bien qu ’ il ne me restait plus de concentration pour mon travail .
C ’ est fou d ’ écrire cela , mais être confinée en Irlande avec seulement deux autres personnes ( nous prenions les repas ensemble ) m ’ a fait du bien . Je n ’ ai d ’ ailleurs pas rencontré grand monde à part mes collègues et mes hôtes . Mais grâce à ce point d ’ étape bienvenu , j ’ ai eu du temps pour réfléchir et me ressourcer . J ’ ai vu cela comme l ’ opportunité de faire une pause avec le compagnonnage et de me poser de bonnes questions sur mon avenir . Cette époque m ’ a permis aussi de reprendre contact avec des amis , des membres de ma famille et des Compagnons .
PÂTISSIÈRE ET JARDINIÈRE En décembre 2020 , des amis de mes hôtes sont devenus mes nouveaux employeurs . J ’ ai été engagée en tant que pâtissière dans un grand domaine qui accueillait des fêtes de mariage ; celles-ci étaient autorisées avec une jauge de 50 personnes . Quand elles ont été interdites , nous avons basculé dans un système de take away ( vente à emporter ). Je me suis aussi retrouvée à faire du jardinage dans ce domaine quand les restrictions étaient maximales . À cela s ’ ajoutaient les autres heures de jardinage qui étaient la contrepartie de mon woofing . J ’ avais choisi de cumuler les deux activités car je ne pouvais pas laisser tomber mes hôtes . Mes journées étaient denses mais telles que je les voulais : très enrichissantes !
J ’ ai intégré une équipe de cuisine constituée du chef , de son second , du chargé des entrées , sans oublier le plongeur . L ’ ambiance était extrêmement bonne : il régnait un bon esprit d ’ équipe , de tolérance et de bienveillance . Si quelqu ’ un était en difficulté , tous les membres de l ’ équipe lâchaient tout pour lui venir en aide . J ’ ai trouvé qu ’ il y avait un réel équilibre entre l ’ humain et le professionnel . On m ’ a donné l ’ opportunité de proposer des recettes , de faire des essais sans garantie de résultat . Le chef m ’ a fait confiance , ce qui m ’ a touchée . Même dans mon travail de jardinage , j ’ ai fait preuve d ’ une vraie conscience professionnelle . Dans les deux types de travail , j ’ ai pu avancer à mon propre rythme . J ’ ai aussi appris à m ’ affirmer et à communiquer en toute diplomatie , j ’ ai gagné en confiance dans mes capacités et j ’ ai consolidé mes facultés d ’ organisation . Et je sais aussi maintenant faire des carrot cakes , des sticky toffee puddings et du Guinness bread !
Concernant la vie courante , il existe en Irlande quelques différences avec la France : après un petit déjeuner particulièrement copieux , les locaux mangent du snacking tous les midis . Il faut dire que dans nos supermarchés nous avons un choix alimentaire dément par rapport à ce qu ’ ils ont . On ne trouve pas là-bas de charcuteries , et le vin et le fromage sont peu goûteux . On y mange de la pomme de terre , des plats très gras ( avec beaucoup de crème ) et très sucrés ( sauf chez mes hôtes , où l ’ on mangeait de bons produits locaux ). Les matières premières utilisées par les professionnels sont aussi différentes des nôtres : ils n ’ ont pas de glucose , par exemple , et les sucres sont très condensés .
LE PAYS IDÉAL Chaleureux , accueillants et tolérants , les Irlandais sont aussi expansifs et théâtraux , avec un accent gaélique très marqué ! Ils prennent le temps de faire les choses , sans repousser pour autant ce qui doit être fait . Tout me plaît en Irlande , même son temps pluvieux . N ’ étant pas fan des grandes agglomérations , je me suis concentrée sur la découverte des très beaux espaces naturels locaux . Les falaises de Moher resteront un magnifique souvenir ainsi qu ’ une nuit à dormir à la belle étoile dans une prairie , entourée de moutons .
J ’ ai adoré la polyvalence que j ’ ai expérimentée en Irlande . Je reconnais que j ’ aurais pu sortir encore davantage de ma zone de confort , mais j ’ y ai trouvé ce dont j ’ avais le plus besoin : du repos mental dans un dépaysement total . Très naturellement , beaucoup d ’ objectifs que je m ’ étais fixés à l ’ occasion de ce voyage ont été atteints . Alors que j ’ étais sur le point de me démotiver , ce séjour m ’ a permis de rebondir . Sans cela , je ne sais pas du tout si j ’ aurais trouvé les ressources en moi pour poursuivre mon parcours .
Le retour en maison à Reims m ’ a fait tout drôle : j ’ ai bien mis deux mois à me réhabituer à la vie en communauté . Il m ’ a fallu aussi du temps pour me décider à me lancer dans la Réception , je vais postuler sous peu et je compte bien me battre pour devenir Compagnon !
Harmonie Gendras dite Montauban
Aspirante pâtissière
# 316 / Mars 2022