12 compagnons dépassement
Vue d ’ ensemble du mur droit .
J ’ ai ainsi inséré ces nombreux symboles dans mon travail de Réception :
• La pivoine , présente ici et là au cœur de Maulévrier , symbolise le courage , l ’ une des sept valeurs des Compagnons , ainsi que l ’ idéal féminin . Contrairement à la plupart des fleurs qui se courbent face aux intempéries , la pivoine sait garder la tête haute .
• La porte rouge à l ’ entrée du parc , nommée torii , symbolise la séparation entre la vie réelle et la vie spirituelle . Son alter ego à la maison mène à la bibliothèque , un endroit calme , hors du temps .
• Le bonsaï , présent dans tout le parc , incarne la sagesse , l ’ harmonie et l ’ équilibre . Transmis de génération en génération , il est signe de longévité et de transmission ;
• Le soleil ou Hi no Maru (« le disque solaire ») éclaire l ’ obscurité du monde au Japon , le pays du soleil levant : il a été placé dans l ’ axe de l ’ œil-de-bœuf , lui-même dans l ’ axe d ’ une fenêtre existante , et ainsi de la lumière naturelle .
• La grue est symbole de longévité et de fidélité , car elle choisit un partenaire pour toute sa vie . Elle symbolise également le voyage , fil conducteur du Tour de France chez les Compagnons du Devoir .
● • Les lignes peuvent être interprétées par chacun autrement . Selon moi , leur mouvement représente : – la vie , de la naissance à la mort : celles de mon travail débutent au niveau du sol et montent jusqu ’ au plafond ( comme une élévation vers le ciel ) ; – le Tour de France : le voyage , la vie dans plusieurs villes , l ’ ouverture d ’ esprit , le lien qui nous unit fraternellement ; – les aléas rythmant notre existence , auxquels nous devons nous adapter . Les lignes ne représentent cependant pas la linéarité , elles avancent seules , se joignent , se séparent , s ’ unissent , toujours en mouvement .
• Les montagnes et leur cours d ’ eau , qui accentuent la profondeur du lieu , rappellent le cours d ’ eau traversant le parc de Maulévrier , qui symbolise entre autres la vie d ’ un homme , de la naissance à la mort .
Si j ’ appréhendais sérieusement le premier jour du chantier , me demandant si j ’ allais y arriver , la conception de mon projet a été rétrospectivement plutôt simple car je maîtrisais les diverses étapes préparatoires . Cette phase , partie intégrante du travail de Réception , a été tout aussi importante que le chantier en lui-même . Ainsi , du 24 octobre 2020 jusqu ’ au 4 janvier 2021 , je me suis occupée des dessins , des devis , des deux fenêtres réalisées par les menuisiers , de mon mode opératoire et de mon planning , des fiches techniques des produits , de mon dossier de Réception et j ’ ai fait des tests . En parallèle , j ’ ai également avancé dans l ’ écriture de mon dossier de brevet professionnel pour ne pas être prise de court au moment des examens .
Ayant choisi d ’ appliquer de la laque en peinture de finition , je me devais d ’ avoir des murs sans aucun défaut . La laque a un rendu plus lisse et donc plus élégant qu ’ une peinture acrylique velours basique , qui donne un aspect poché . De plus , mon projet se trouve sur un lieu de passage , or la laque est une peinture lessivable , avec un film riche en résines , lui conférant une forte résistance aux chocs et aux frottements , et ainsi une durée de vie plus importante .
Dans un premier temps , je me suis occupée de la dépose des tableaux du couloir et de la pose des bâches de protection . Je me suis ensuite attaquée à la préparation des murs avec le ratissage en plusieurs passes afin de corriger tous les défauts , dont ceux de planéité avec des enduits de rebouchage et de finition , puis au ponçage et à l ’ impression des murs . J ’ ai appliqué de l ’ enduit décoratif à la chaux sur certains pans de mur et une première couche de finition avec une laque blanc crème . J ’ ai vidéoprojeté mes motifs , puis je les ai calqués afin de les décalquer ensuite sur les murs . Il m ’ a fallu ensuite appliquer la seconde couche de peinture , les premières couches de remplissage de tous les motifs ( cours d ’ eau et montagnes , bonsaïs , torii , grues ), puis continuer les remplissages en ajoutant des effets d ’ ombre et de lumière . J ’ ai terminé mon chantier par la réalisation des lignes en mouvement et des pivoines au Posca 2 et par quelques retouches .
LA SATISFACTION D ’ AVOIR RELEVÉ LE DÉFI Je pense que ce travail de Réception a été complet en termes de métier et comparable aux chantiers que l ’ on peut faire en entreprise . Il m ’ a permis d ’ utiliser des techniques de base de mon métier que je maîtrisais ( enduits des murs , ponçage , application d ’ une peinture de finition laquée , utilisation de calques ), mais aussi de me confronter à des techniques que je connaissais peu , notamment l ’ utilisation d ’ un Posca et les jeux de nuances pour créer des ombres et des lumières . Bien qu ’ ayant été initiée à cette technique l ’ an dernier par ma responsable à Nantes , je n ’ étais pas très à l ’ aise dans ce domaine . Et pourtant , c ’ est cette technique d ’ exécution que j ’ ai choisie pour apporter à mes motifs de la profondeur , des effets de volume , afin de casser l ’ aspect long et étroit de ce couloir . Tracer les lignes , les mettre en « mouvement » sur la totalité de l ’ un des murs a été un vrai défi . Malgré les tests effectués auparavant , j ’ ai dû essayer plusieurs techniques et postures avant de trouver celles qui assureraient à ma main un mouvement sûr et fluide .
Sur le plan personnel , il m ’ a fallu gérer ma fatigue , mes émotions et savoir prendre du recul sur le travail réalisé . Durant cette période , je n ’ ai pas hésité à demander ou accepter l ’ aide qui m ’ était proposée . Plusieurs pays et coteries , de la maison ou non , m ’ ont aidée et soutenue ainsi moralement , un soir , une après-midi ou un week-end . Le travail de Réception est un combat avec soi-même , une remise en question constante : jusqu ’ où puis-je aller , à quel moment dois-je valider certains éléments en sachant que l ’ on peut toujours faire plus et mieux ?
# 316 / Mars 2022