4 pour la production d ’ un bien ou d ’ un service dans le but de pouvoir en vivre ; d ’ autres ont pour objet de produire un bien ou un service dans un objectif de croissance et d ’ enrichissement de leurs actionnaires . Dans ces deux cas , l ’ on peut observer en filigrane une grande différence dans l ’ intérêt porté à l ’ argent . Et encore , je ne m ’ attarde bien évidemment que sur l ’ aspect financier de l ’ entreprise , sans développer les nombreuses autres facettes qui la constituent .
Quelques standards de critères de gestion nous permettent de comparer deux entreprises , même si là encore il y a matière à discuter . L ’ un de ces critères est la croissance du chiffre d ’ affaires d ’ une entreprise , celui qui permet à nos amis financiers d ’ en évaluer sa bonne santé et de défendre cette croissance comme une absolue nécessité . Si l ’ on prend comme autre critère sa rentabilité , là aussi il y a matière à débattre , tant sur le taux de cette rentabilité que sur son utilité . Et pour nombre d ’ entreprises , gonfler sa valeur en euros reste un sujet , sinon le sujet de toutes les attentions . À travers cette gestion financière , nous chercherons à définir la solidité de l ’ entreprise , sa capacité à investir , à produire de la richesse et sa capacité à être rentable . Quelques indicateurs de mesure , comme sa trésorerie , son endettement et sa capacité à l ’ honorer et bien d ’ autres encore , permettent une gestion au plus juste .
Mon souhait n ’ est pas de vous livrer une liste exhaustive , mais de mettre en évidence que cette notion d ’ argent peut être perçue très différemment de là où on l ’ observe . Notre propre expérience en la matière et l ’ habitude que nous avons ou non à manipuler cet argent peuvent autant nous permettre de vivre une belle histoire que fausser notre jugement .
Venons-en enfin à la gestion financière d ’ une association et plus particulièrement la nôtre . Même si la structure financière et les méthodes de comptabilité d ’ une association sont proches de celles d ’ une entreprise , l ’ erreur fréquente est à mon avis de chercher à faire des parallèles constants entre ces deux mondes . L ’ objet de notre association , comme toute association à but non-lucratif , n ’ est pas de faire des bénéfices . Cela ne veut pas dire qu ’ elle ne doit pas en faire , mais bien que ces bénéfices ne peuvent pas servir à enrichir ses membres .
D ’ ailleurs , les membres d ’ une association constituent une particularité vis-à-vis de l ’ entreprise . Sur le volet monétaire , les membres s ’ acquittent d ’ une cotisation , servant pour notre cas au fonctionnement des corps de métiers . Mais la réelle valeur apportée à une association par ses membres réside dans le bénévolat . Nous incluons maintenant
© istockphoto . com dans notre rapport de gestion ce nombre d ’ heures afin d ’ en déterminer une valeur pour l ’ association . Cette action de bénévolat mériterait à elle seule que l ’ on s ’ y attarde , mais ce n ’ est pas le sujet du moment . Notre capacité à capter des dons , legs ou mécénats est une autre particularité du modèle associatif . Nous percevons des produits financiers servant l ’ intérêt général de l ’ association et pouvant être fléchés vers des actions , en faveur de la jeunesse notamment . Nous n ’ en sommes qu ’ aux balbutiements de ce que nous pouvons faire sur ce sujet , mais , là encore , c ’ est un sujet à traiter à part entière .
LE PROJET ASSOCIATIF , QUI EST BIEN DE FORMER DES JEUNES , D ’ INNOVER DANS LES MODES DE TRANSMISSION , DE DÉVELOPPER LES COMPÉTENCES CLEFS DES MÉTIERS ET , BIEN SÛR , DE PERMETTRE AU PLUS GRAND NOMBRE DE DEVENIR COMPAGNONS , DOIT ÊTRE LA GRILLE DE LECTURE DE NOS FINANCES .
Le sujet de la gestion financière de notre association nécessite que nous nous y arrêtions un moment tant il peut être le cœur de discordes , surtout quand l ’ argent vient à manquer ou tout simplement sur la façon de le dépenser . Rappelons ici , même si selon moi cela tombe sous le sens , que l ’ importance de notre mouvement se situe dans ses actions , les finances devant permettre leur réalisation et pas l ’ inverse . L ’ affirmer est une évidence , le mettre en pratique est un exercice nettement plus subtil . En effet , notre modèle économique étant construit autour de produits de formation , d ’ hébergement ou de restauration , il aurait vite fait de nous amener à raisonner comme une entreprise .
De même , la nécessité de réaliser un bénéfice pour certaines de nos activités afin d ’ en financer d ’ autres vont dans le sens de cette analogie avec l ’ entreprise . À mon sens , le projet associatif , qui est bien de former des jeunes , d ’ innover dans les modes de transmission , de développer les compétences clefs des métiers et , bien sûr , de permettre au plus grand nombre de devenir Compagnons , doit être la grille de lecture de nos finances . Ainsi , à chaque fois que nous aurons à nous projeter , comme lors de la mise en place d ’ un budget , prenons garde de renseigner notre matrice budgétaire à la lecture de notre projet et pas l ’ inverse .
Gérer l ’ argent fait partie de notre quotidien et est nécessaire pour accompagner nos actions . Prenons soin de le faire correctement pour assurer l ’ avenir , mais ne lui donnons pas plus de place qu ’ il ne faut .
Thibault Dubus Beauceron la Sérénité le Soutien du Compagnonnage
Conseiller à la Trésorerie
# 315 / Février 2022