24 compagnons communauté
J ’ ai voulu , pour contribuer à cela , réunir lors d ’ un moment convivial des jeunes qui pourraient s ’ exprimer librement sur le sujet . Je les ai conviés alors à un feel good café ( ce terme signifiant « se sentir bien » en anglais ) pour échanger sur la notion de bien-être ( j ’ ai évité d ’ utiliser le mot santé qui était moins attractif ). Pour les encourager , j ’ avais prévu des petits gâteaux et des boissons chaudes . La réunion , tout public et non-obligatoire , a eu lieu le 15 mars en soirée dans la salle de détente de la maison . Il fallait s ’ inscrire , car l ’ on ne pouvait pas être un grand groupe , d ’ une part , pour des raisons sanitaires et , d ’ autre part , parce que cela est plus propice à la prise de parole . L ’ idée était vraiment que les jeunes se détendent et profitent d ’ un moment pour eux …
Une dizaine d ’ entre eux sont venus : apprentis , Aspirants et même Compagnons itinérants . Ce qui était intéressant , c ’ est que le groupe comptait le plus jeune de la maison - 15 ans - et le plus âgé - sur le point de se sédentariser . J ’ avais prévu un fil rouge pour les amener sur le terrain souhaité . Je me suis inspirée du livre de psychologie positive de Florence Servan-Schreiber , Trois kifs par jour , pour lancer mon intervention ; je leur ai ainsi demandé s ’ ils pouvaient nous parler de leurs trois « kifs » les plus récents . Chacun a ainsi pris la parole pour évoquer les siens . Les participants ont eu tant de choses à dire sur leur représentation du bien-être , notamment dans le cadre de la maison , que l ’ on a discuté une heure et demie sur le sujet .
Les jeunes ont apprécié le fait d ’ être peu nombreux car cela a favorisé les échanges . J ’ ai utilisé un outil ludique sur la thématique de la santé conçu par l ’ IREPS ARA ( Instance régionale d ' éducation et de promotion santé ) : ils ont présenté des cartes pour partager leur perception du bien-être . Ils nous ont fait part de leur besoin de s ’ évader , d ’ être dans le partage , de se couper du temps et de la routine , de décompresser et trouver du temps pour eux . Les anciens manquent dans les maisons . Ces derniers sont habituellement de vrais repères pour les jeunes . Je pense que la période révèle encore plus ces besoins . Mais l ’ envie de prendre du temps pour
Cliché pris avant la pandémie .
soi par exemple est récurrente chez les Compagnons du Devoir , en raison du rythme de vie intense des jeunes .
SI EN GÉNÉRAL LES PLUS ÂGÉS SE DÉBROUILLENT , LES PLUS JEUNES NÉCESSITENT DAVANTAGE D ’ ATTENTION . MAIS , AU FINAL , IL FAUT ÊTRE ATTENTIF À TOUS .
UNE ATTENTE : SAVOIR GÉRER SES ÉMOTIONS Je les ai incités à faire des propositions d ’ activités pour améliorer leur bien-être , à être créatifs pour compenser la situation actuelle . J ’ ai été contente d ’ apprendre que la nature est identifiée comme ressource . Ils ont parlé de bivouac , de balade en forêt , du lien avec les animaux et ont évoqué la possibilité de faire davantage de sport .
J ’ ai apprécié de partager ce moment avec eux , de sentir qu ’ ils étaient détendus . Une telle réunion ne nécessitant pas une préparation démente , nous n ’ avons que de bonnes raisons de la refaire ! Vu les
retours très positifs des participants , j ’ ai prévu d ’ organiser un deuxième feel good café début mai avec un nouveau groupe pour identifier d ’ autres actions pouvant être mises en place à la maison . J ’ ai également fait un sondage sur leur groupe Facebook pour savoir quels thèmes ils souhaitent aborder , que ce soit à l ’ occasion de causeries ou lors de ce type d ’ intervention : ce qui en ressort en premier lieu , c ’ est le désir de savoir gérer son stress et ses émotions . Paradoxalement , alors qu ’ ils sont tirés vers le haut par les parcours qu ’ on leur propose , ils manquent encore de confiance en eux et ont besoin de reconnaissance . Si en général les plus âgés se débrouillent , les plus jeunes nécessitent davantage d ’ attention . Mais , au final , il faut être attentif à tous .
Participer à faire émerger la meilleure version d ’ eux-mêmes fait partie de ce qui me plaît le plus dans mon poste . Si mes actions n ’ ont parfois des répercussions que sur le long terme , il me paraît prioritaire d ’ induire une prise de recul dans leur réflexion et de leur faire intégrer qu ’ il y a toujours moyen de trouver des « kifs » dans son présent et pour son avenir !
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 308 / Juin 2021