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3 perspectives

COUPS DE BALANCIER

L a période que nous vivons actuellement restera certainement comme une sorte de charnière entre deux mondes , celui d ’ avant la pandémie et celui d ’ après . Restons tout de même lucides et ne souscrivons pas trop béatement au discours de tous ceux qui nous annoncent avec aplomb que rien ne sera plus comme avant . Si , beaucoup de choses de notre quotidien vont reprendre leurs droits tant elles sont ancrées dans notre ADN , notre culture ou tout simplement nos habitudes . Mais d ’ autres , activées par obligation , vont effectivement changer nos manières de faire . Parmi elles , la relation à distance .

Certes , elle était déjà à l ’ œuvre avant ce fichu virus . Dans le nouveau dispositif d ’ apprentissage en expérimentation ( APPIE ), le chantier de la formation ouverte à distance ( FOAD ) avançait au rythme dicté par l ’ acquisition des nouveaux codes pédagogiques qu ’ elle impose et par la recherche de son financement . De même , pour répondre à notre volonté exprimée avec force lors des dernières Assises d ’ enfin réussir à mettre en place une politique de responsabilité environnementale et sociétale , nous avions commencé à réduire nos déplacements en alternant réunions physiques et à distance , en région comme au siège social . Bref , une autre forme de relation se construisait peu à peu .
Et d ’ un coup , il a fallu tout basculer vers une relation exclusivement à distance . Comme beaucoup , nous n ’ avons pas eu d ’ autres choix que d ’ apprendre rapidement à nous servir de ces outils de visioconférence et de nous y adapter ( notons au passage que les concepteurs et fournisseurs de ces logiciels ont su répondre à cette explosion soudaine du besoin de communication à distance ). C ’ est donc contraints et forcés que nous avons dû accélérer le processus déjà enclenché , et l ’ on peut saluer la réactivité et la compétence de nos équipes qui , elles aussi , ont su faire face pour permettre à notre association de continuer à fonctionner .
AUTREMENT DIT , EN SEULEMENT TROIS MOIS , LA RELATION À DISTANCE DONT TOUT LE MONDE SE MÉFIAIT PLUS OU MOINS EST MAINTENANT PARÉE DE TANT DE VERTUS QU ’ UN NOUVEAU MONDE PLEIN DE PROMESSES SEMBLE EFFECTIVEMENT POINTER LE BOUT DE SON NEZ .
Trois mois plus tard , tout le monde ne jurait plus que par la visioconférence ! Et l ’ on imaginait déjà tout faire à distance : et la formation , et les réunions , et les groupes de travail , et tout et tout … sans bouger de chez soi , sans devoir se lever bien avant le soleil pour être à l ’ heure à la réunion parisienne ni même enfiler veste et cravate . Même ce que nous aurions sans doute unanimement considéré comme impossible à faire - ici un Conseil d ’ orientation ou des Assises à distance - est aujourd ’ hui chose faite . Comme quoi , bien souvent nous n ’ osons faire autrement que lorsque nous y sommes obligés …
Sur le plan de la formation aussi l ’ on s ’ est mis à imaginer un déploiement important du dispositif mis en place pour tous nos apprentis pendant cette période de confinement . Formateurs et apprenants ont dû s ’ adapter rapidement et nous pouvons les féliciter d ’ y avoir réussi . Germe alors l ’ idée de repenser complètement l ’ organisation de nos regroupements d ’ apprentis ou d ’ itinérants en privilégiant les cours à distance . Certains y voient l ’ opportunité d ’ en accroître la qualité , d ’ autres celle de se libérer des contraintes liées à l ’ accueil et à l ’ hébergement , d ’ autres encore celle de faire des économies substantielles .
Autrement dit , en seulement trois mois , la relation à distance dont tout le monde se méfiait plus ou moins est maintenant parée de tant de vertus qu ’ un nouveau monde plein de promesses semble effectivement pointer le bout de son nez . Loin de moi l ’ idée de fuir toute idée de progrès , bien au contraire , mais gardons-nous bien des coups de balancier que l ’ enthousiasme nous pousse souvent à donner . Non , toutes les relations qu ’ impose la mise en œuvre de notre mission associative ne pourront pas se faire à distance . À l ’ évidence , un certain nombre de compétences métier ne peuvent pas se transmettre à distance par le biais de tutoriels . Il y manquera tout ce domaine intuitif et sensoriel par lequel un de nos métiers fait peu à peu corps avec celui ou celle qui le pratique , autrement dit tout ce que captent nos sens , souvent à notre insu , dans ce contact quotidien avec la matière , l ’ environnement de travail et les collègues . Tous ces ingrédients qu ’ aucune méthode pédagogique ne prend en compte se transmettent par la rencontre .
# 307 / Mai 2021