dépassement compagnons 11
Je n ’ avais jamais fait de chaperon en béton et j ’ ai dû m ’ y reprendre quatre fois pour le réaliser dans les règles de l ’ art . Je me suis lancé tout seul et comme on ne découvre le rendu des finitions qu ’ après avoir décoffré , cela n ’ a pas été une mince affaire . Il n ’ y avait que quelques bulles dans le chaperon , ce qui m ’ a permis d ’ atteindre le niveau national de la compétition . Poussé par mon entourage , j ’ ai donc décidé de le refaire afin qu ’ il soit parfait pour la dernière étape du concours . Je suis content que mes collègues m ’ aient incité à le recommencer , parce que je suis encore plus fier du résultat final , qui a nécessité une vingtaine d ’ heures supplémentaires . Je n ’ ai pas vu le temps passer lorsque je travaillais sur ma pièce : pour moi , cela n ’ a représenté que des moments de plaisir . Je pense que ces mois de travail m ’ ont enseigné à savoir gérer mon temps . Je n ’ ai pas beaucoup parlé de ma médaille d ’ or autour de moi et mes amis m ’ ont dit que je devrais davantage capitaliser dessus , notamment sur mon CV . Ma maquette MAF m ’ a également permis d ’ être adopté , j ’ ai donc fait coup double ! Cette expérience m ’ a un peu préparé au travail de Réception qui est lui aussi individuel , puisque , a priori , on y met beaucoup de soi-même . »
Marius Mouchot , Bordelais , Aspirant carrossier « Depuis que j ’ ai rejoint les Compagnons du Devoir à 14 ans , j ’ ai toujours eu envie de me surpasser et d ’ apprendre un maximum . À la fin de ma 1 re année d ’ apprentissage , j ’ ai effectué ma maquette d ’ Adoption - une structure tubulaire correspondant à une table pour une voiture - qui m ’ a demandé 60 heures de travail : la conception des plans m ’ a notamment donné du fil à retordre . Le sujet de mon travail d ’ Adoption étant loin d ’ être simple , j ’ étais préparé à celui du concours MAF .
Quand Robin Landi , mon formateur , m ’ a proposé ainsi qu ’ à tous les apprentis de ma section de participer au concours , j ’ ai accepté avec enthousiasme parce que c ’ était la suite logique de mon apprentissage . En parallèle , les anciens m ’ ont aussi présenté cette compétition comme le projet de l ’ année ; j ’ aimerais effectivement que chaque année soit la plus formatrice possible et le passage du CAP ne me challengeait pas suffisamment : je suis jeune et c ’ est maintenant que je peux relever un maximum de défis ! Quand
Pièce de Bordelais .
j ’ ai découvert le sujet de la catégorie Construction des carrosseries , au début cela a été un peu la douche froide : avec une seule année de métier , je m ’ attaquais à une pièce assez conséquente ! Mais je n ’ ai jamais eu l ’ intention d ’ abandonner … Je désirais voir si j ’ avais les capacités d ’ aller loin dans mon métier .
Étant mineur à l ’ époque , j ’ ai fait ma pièce au CFA de Toulouse . Le sujet était un châssis de camion avec une barre anti-encastrement ( BAE ) : 0,5 mm de tolérance était exigé , sachant qu ’ il y avait d ’ importantes contraintes , de la soudure notamment , avec une épaisseur de tôle assez fine ! Il a fallu que j ’ y aille graduellement pour que la pièce ne vrille pas . Sans parler du pliage à effectuer qui m ’ a obligé à calculer toutes les cotes en faisant des développés de tôles ! J ’ ai dû passer trois jours en salle de cours pour analyser le sujet . Si j ’ ai eu la chance d ’ avoir de bons outils de précision comme des pieds à coulisse , j ’ ai mis plus de temps que la semaine initialement prévue , mais cela m ’ a permis de soigner tout particulièrement les finitions . Je crois que ce sont elles qui ont fait la différence auprès des examinateurs . J ’ ai demandé des conseils et de l ’ aide à mon maître de stage , par exemple lors de ma première utilisation d ’ une presse hydraulique de 80 tonnes . J ’ ai acquis ainsi des compétences qui ne sont pas enseignées lors de la formation de CAP . Ce que j ’ ai préféré faire , c ’ était la patine : j ’ ai passé des heures à l ’ appliquer ! Être médaillé m ’ a rendu très heureux . Mais le plus formidable , c ’ est que mon meilleur ami , Gianni Bellotti , qui a été adopté avec moi , ait obtenu aussi une médaille d ’ or en national , mais dans la catégorie Réparation des carrosseries automobiles ! Nous étions tous les deux les seuls carrossiers à être distingués au niveau national . Franchement , travailler sur une pièce sans pression et être le maître de son travail , c ’ est génial parce qu ’ on ne voit pas le temps passer . J ’ espère un jour me présenter au concours MOF . Cette année , j ’ ai fait mon passage d ’ Aspirant à partir du sujet MAF 2021 , une béquille de stand de moto avec des moulures . J ’ étais le premier à m ’ y essayer . La correction s ’ est bien passée , mais « j ’ en ai bavé » par rapport au sujet de l ’ année 2020 ! De plus , je suis le seul carrossier à la maison de Nantes et puiser de l ’ énergie et de la motivation n ’ a pas toujours été évident . Maintenant , la suite pour moi , c ’ est une étape à Marseille , puis une autre à l ’ étranger , la Réception , une gâche de maître de stage et la création de mon entreprise … mon itinéraire est tout tracé dans ma tête ! »
Helios Chartrain , dit Angevin , Aspirant métallier . « J ' ai voulu participer au concours MAF , car en découvrant la pièce à réaliser - une malle en acier - , j ’ ai pensé que cela pouvait être un bon exercice . Ce qui a été le plus difficile à effectuer a été le cintrage de cornière . Quand j ' ai su que j ’ avais obtenu une médaille d ’ or , j ’ ai été content : mon maître de stage m ’ a bien formé ! »
# 307 / Mai 2021