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MÉMOIRE d ' anciens

Aujourd ’ hui , au xxi e siècle , la mission du compagnonnage du Devoir est toujours aussi cruciale : transmettre nos savoirs et savoir-faire à la jeunesse que nous accueillons . Michel Huppenoire , La Fermeté de Fontaine-les-Coteaux , Compagnon maçon , revient sur la force de l ’ esprit compagnonnique et sur notre journal qui promeut ses valeurs .

A près avoir connu un temps trouble de notre histoire française , la guerre de 1939-1945 , nos anciens , dont je fais partie , ont vécu une période faste dans la seconde partie du xx e siècle avec le développement de notre association au plan national , la construction et la rénovation de nos maisons provinciales et de nos prévôtés , pour y accueillir les jeunes dans les meilleures conditions possibles . En parallèle , comme il fallait reconstruire la France , nos corps de métiers du bâtiment , sollicités un maximum , ont assisté à l ’ essor de nouveaux moyens techniques visant à faciliter les tâches les plus physiques . Les Compagnons du Devoir ont bel et bien participé à cet effort national de reconstruction .

Pour ma part , j ’ en garde de très bons souvenirs : nous avons fait notre devoir envers notre pays . Notre association ouvrière , par son expansion nationale , a pu au fur et à mesure accueillir de plus en plus de jeunes ouvriers à qui nous avons transmis notre savoir-faire et notre « esprit compagnonnique » qui est le souffle de notre mouvement .
GARDER LA FLAMME Je suis sûr que le compagnonnage du Devoir a des racines profondes : c ’ est grâce aux enseignements de son passé que cette flamme porteuse de notre esprit a pu être gardée pour insuffler aux jeunes toutes nos valeurs humaines .
Aujourd ’ hui , en ce début de xxi e siècle , nous devons être vigilants pour conserver cet « esprit » compagnonnique qui nous apporte le sens des réalités et un certain épanouissement dans toutes nos démarches . Il est une force vive qui nous permet de vivre et de réfléchir au quotidien en maintenant notre cap : ainsi , chacun de nous tâche de respecter son engagement de Compagnon du Devoir qui est de transmettre nos valeurs à la jeunesse que nous formons à nos métiers dits « manuels ».
Je comprends très bien que nous devons sans cesse nous adapter aux évolutions technologiques - comme le numérique - , aux réglementations et aux normes qui sont parfois peu réalistes , aux désirs des maîtres d ’ ouvrage et maîtres d ’ œuvre . Mais il en a été toujours ainsi dans chacun de nos métiers et je pense que le compagnonnage du Devoir a toujours su s ’ ajuster à ces changements avec plus ou moins de difficultés .
Le compagnonnage du Devoir est le socle qui confère aux Compagnons une dignité , une valeur particulière . Notre mouvement est fier de soutenir , de transmettre au fil des générations , une identité et des valeurs humaines propres à perpétuer la conscience ouvrière de l ’ homme . Actuellement , quand je rencontre de jeunes itinérants à Cagnes-sur-Mer ou à Marseille , je me permets d ’ évoquer avec eux cette période de rénovation du compagnonnage du Devoir . Évoquer le passé , c ’ est transmettre nos racines , notre mémoire , à la jeunesse . Winston Churchill disait : « Plus vous saurez regarder loin dans le passé , plus vous verrez loin dans le futur . »
TROIS MISSIONS POUR UN JOURNAL Notre journal Compagnon du Devoir , dont je me suis occupé de 1993 à 2000 , est au service des jeunes itinérants et Compagnons sédentaires . Il a trois buts : transmettre l ’ information aux Compagnons , maintenir le lien entre eux et permettre le rayonnement de l ’ Association ouvrière , et cela au bénéfice de l ’ ensemble de ses membres , mais également de personnes extérieures , fidèles lecteurs et lectrices .
Régulièrement , je le reçois dans ma retraite provençale et j ’ ai toujours plaisir à lire les textes des jeunes itinérants parcourant les cinq continents , sans oublier ceux des sédentaires en activité . Au fil des mois et des années , j ’ ai cependant constaté que nous avions de moins en moins de textes écrits par nos Compagnons en retraite , quel que soit leur corps de métier . Pourquoi ? Je l ’ ignore et je le regrette .
Par son biais notamment , nous devons continuer à défendre notre idéal , faire passer notre message sur la valeur du travail : à ce sujet , légitimés par leur expérience , nos anciens doivent écrire en faveur de la jeunesse et lui transmettre ce devoir de mémoire .
En cette période difficile que nous avons vécue en 2020 , je forme le vœu que le compagnonnage du Devoir , du fait de son esprit et de sa vocation , surmonte cette épreuve afin de poursuivre sa mission auprès de la jeunesse .
Michel Huppenoire La Fermeté de Fontaine-les-Coteaux
Compagnon maçon
# 303 / Janvier 2021