Compagnons_301_web | Page 18

18 compagnons défi
Étape 1 , maquette 3D en CAO .
mais j ’ ai été alors sélectionné pour les finales internationales des WorldSkills à Kazan . En accord avec les anciens , j ’ ai décidé à l ’ époque de me consacrer entièrement à la préparation de la compétition . Je n ’ avais pas envie de faire les deux à moitié en même temps . Comme je n ’ avais pas fait étape à l ’ étranger , les anciens de Nancy m ’ ont proposé par la suite de partir hors métropole à La Réunion , là où des Compagnons pourraient m ’ accompagner sur le chemin de la Réception .
Une équipe de sédentaires m ’ a accueilli là-bas : mon parrain de Réception , le pays Mathian , Éric le Lyonnais , Rodolphe Michel , Rodolphe l ’ Île-de-France , David Vion , David le Bourguignon , Maxime Colombel , Maxime le Breton , Maxime Germani , Maxime le Tourangeau , et Mickael Richardot , dit Malgache . J ’ ai embauché dans l ’ entreprise d ’ Éric le Lyonnais dénommée AIA ( Atelier d ’ Ici et d ’ Ailleurs ). Celle-ci fait beaucoup d ’ aménagement de devantures de magasins ( des façades acier ), aussi bien des marchés publics que privés . Ces derniers mois , nous sommes aussi beaucoup intervenus pour des parois et des portes blindées dans les agences bancaires . Sur le Tour de France , les itinérants travaillent énormément en atelier , or cette année je me suis surtout déplacé avec mon binôme , le pays Deboeuf , dit Lyonnais , Aspirant en 2 e année de Tour de France , pour faire de la pose sur chantier . Cela a été une vraie nouveauté dans mon parcours et une grande chance . En outre , pour découvrir l ’ île , cela s ’ est avéré idéal !
Quand j ’ ai débarqué à La Réunion , je n ’ avais aucune idée de ce que j ’ allais réaliser comme pièce de Réception . À l ’ atelier d ’ Éric le Lyonnais , j ’ ai repéré un prototype d ’ horloge en bois qui prenait la poussière dans un coin . Cette armature en bois de palettes avec des sortes de pignons au-dedans m ’ a interpellé . Éric le Lyonnais m ’ a expliqué que c ’ était l ’ œuvre d ’ un artiste local , Alain Padeau , qui avait pour projet de la construire en acier . Éric m ’ a même suggéré que cela pourrait être le sujet de mon travail de Réception en me précisant que le prototype avait servi de modèle à un travail d ’ Adoption par le passé qui était constitué du piètement de l ’ œuvre , soit les six pattes et les ailes . Effectivement l ’ œuvre est composée d ’ un socle figurant les pattes et les ailes de la mouche Calliphora ( d ’ où son nom : « Calliphora gold ») portant une horloge . La Calliphora est une mouche se nourrissant principalement de charogne , qui a inspiré à Alain Padeau cette association entre le temps qui passe et la mort .
J ’ ai tout de suite accepté la proposition d ’ Éric le Lyonnais car elle me « parlait » : venant de Franche-Comté , le berceau de l ’ horlogerie en France , ce serait la première fois que je pourrais faire une horloge ! J ’ allais donc effectuer ce travail de Réception pour achever l ’ œuvre imaginée par Alain Padeau ! Celui-ci était aux anges quand je lui ai expliqué mon projet . Il n ’ avait pas eu la possibilité d ’ avancer sur la pièce et c ’ était donc pour lui une chance inespérée … Il ne savait pas comment nous remercier , l ’ ancien et moi !
LA TECHNIQUE AU SERVICE DE L ’ ART Une grande partie de mon travail de Réception en amont a été la conception en 3D sur ordinateur à partir des croquis à main levée faits avec Alain Padeau . Nous avons échangé régulièrement tous les deux sur les choix d ’ esthétique et de formes qu ’ il a approuvés par la suite au fur et à mesure . Par contre , tout ce qui était mécanisme et solidité relevait de moi . Lorsque les plans ont été validés par les anciens , l ’ artiste a passé la main , même s ’ il était là tous les jours pour suivre l ’ avancement de son « bébé », selon son expression , dont il espérait la concrétisation depuis au moins dix ans ... Nous avons dû faire des compromis tous les deux . Je lui donnais mon point de vue d ’ homme de métier et lui celui de l ’ artiste ; dans tous les cas il s ’ est toujours montré confiant à mon égard . C ’ est la première fois que j ’ ai pu collaborer étroitement avec un artiste , même si auparavant sur le Tour j ’ avais travaillé sur des œuvres d ’ artistes , mais sans les rencontrer .
La conception a représenté environ 250 heures sur ordinateur suivies de 250 heures en atelier dans les locaux de l ’ entreprise AIA . Le confinement a été une formidable opportunité pour moi à cet égard : j ’ ai bénéficié de l ’ atelier vide pour fabriquer l ’ horloge que j ’ ai commencée au début du confinement et terminé à sa fin ! Les ouvriers ne venaient plus ( à part mon binôme ), j ’ habitais juste à côté et j ’ avais une dérogation me permettant de m ’ y rendre . J ’ avais donc toute la journée pour me consacrer à Calliphora gold .
Le premier défi à relever a été de dessiner en 3D la pièce , car je n ’ avais jamais fait cela par le passé . Au départ , apprendre à maîtriser le logiciel SolidWorks a été très laborieux . En termes de fabrication , j ’ ai choisi de faire une pièce qui resterait brute . Comme il est assez difficile d ’ obtenir un joli rendu sans traitement de surface , l ’ acier a été poncé , puis un vernis a été appliqué . C ’ est un artiste peintre spécialisé dans les fresques sur façade qui m ’ a apporté son expertise pour le choix des peintures . Au début , je pensais mettre des couleurs dans mon vernis , mais cela se serait avéré très compliqué : nous avons donc opté pour un vernis mat plus classique .
# 301 / Novembre 2020