10 compagnons découverte
Togolais et son père John Kangni-Akpo en avril 2016 à l ' atelier .
Depuis 2009 , dans le cadre d ’ une association humanitaire , j ' avais eu la chance de participer à de multiples chantiers ( rénovation , soutien scolaire , construction d ’ écoles , plantation d ’ arbres , etc .) avec des bénévoles étrangers ( beaucoup de Français , de Belges , de Suisses et tout un panel d ' autres nationalités ). Cela m ’ avait permis de faire de nouvelles rencontres et de découvrir diverses cultures et mentalités …
LE DESTIN EN MARCHE … En janvier 2012 , j ' ai rencontré Caroline , une bénévole française originaire d ’ Alsace , venue pour une mission humanitaire de 3 mois au Togo . À ce moment-là , travaillant à plein temps avec mon père , je n ' avais plus beaucoup de temps à consacrer à l ' association . Un soir à la débauche , j ' ai décidé d ' aller saluer les bénévoles arrivés durant cette période : c ’ est là que tout a basculé . Tout de suite j ' ai eu un échange assez facile avec Caroline , qui m ' a beaucoup parlé de la France et de sa vie là-bas . Puis j ’ ai parlé de moi , de ce que je faisais et de ce que j ’ envisageais pour l ' avenir ; comme par hasard , les mots voyage et découverte sont ressortis de nos discussions à plusieurs reprises .
« Tu sais Adama , en France il y a des écoles qui forment à la menuiserie ; si tu veux , je peux essayer de te trouver une école quand je rentre en mars .» Voici la phrase qui a tout déclenché : sans prendre le temps de réfléchir , j ’ ai répondu que ce serait un grand plaisir pour moi . Avant son départ je lui ai remis une lettre de
En 2011 , Togolais dans l ' atelier de son grand-père durant sa première année d ' apprentissage au Togo .
motivation et mon CV en me disant que « qui ne risque rien n ' a rien », mais je n ' ai pas du tout cru en ce que je faisais . À son retour en France , Caroline a mis un mois et demi pour me trouver un centre de formation , celui des Compagnons du Devoir . Début mai 2012 j ' ai été contacté par l ’ un de leurs services pour débuter les démarches d ’ inscription . Par la suite , j ’ ai reçu par courriel le dossier d ’ inscription que je devais renvoyer rempli et scanné .
MÊME SI J ’ AVAIS COMMENCÉ À TRAVAILLER À PLEIN TEMPS AVEC MON PÈRE EN AOÛT 2011 , J ' AVAIS ENVIE DE VOYAGER , DE TENTER DES CHOSES , BREF DE PARTIR VERS UNE TERRE INCONNUE .
Avoir un scanner en France peut paraître basique , mais je me rappelle avoir fait des kilomètres à pied pour trouver un cybercafé où je pourrais scanner mon dossier . À la même époque , j ’ ai accueilli une autre bénévole française , Carole , venue pour une mission humanitaire d ’ un mois . Durant son séjour , elle m ’ a parlé de la culture française parce que j ' étais curieux d ' en savoir plus . Le jour de son départ , elle m ' a dit une phrase déjà entendue à plusieurs reprises : « N ' hésite pas à m ’ appeler si tu viens en France ». En juillet 2012 , les Compagnons du Devoir m ' informaient qu ' ils avaient trouvé une entreprise pour mon apprentissage , je suis donc allé me renseigner à l ' ambassade de France pour faire une demande de visa . Suite à cette visite , j ' étais persuadé que mon projet échouerait , parce que même si je remplissais quasiment toutes les conditions , l ’ une d ’ elles allait probablement me bloquer : le montant de la caution qui s ’ élevait à 6 000 euros ; sachant que le Smic togolais est à 50 euros , cela donne un ordre d ' idée du coût de la caution !
J ’ en ai parlé aux Compagnons qui m ' ont alors transmis une attestation d ’ hébergement et de prise en charge . Pendant trois semaines , j ' ai attendu une réponse de l ' ambassade . Le 30 août 2012 , j ’ ai reçu dans la matinée un coup de fil qui demeure comme un rêve pour moi : l ' ambassade de France m ' annonçait que j ' avais obtenu mon visa et que je pouvais aller réserver mon billet d ' avion ! Après cette première bouffée de joie , j ’ ai pris conscience que la France n ’ était pas juste à côté du Togo . Cela a été un moment particulier car s ’ y mêlaient une grande joie et une grande tristesse , même si la joie a quand même pris le dessus . Dans la soirée , j ' en ai informé les Compagnons qui m ’ ont renvoyé un courriel m ' indiquant comment me rendre à leur siège social . Suite à cela , j ’ ai écrit à tous les bénévoles que j ' avais connus au Togo et qui m ' avaient dit : « N ' hésite pas à nous contacter si un jour tu viens en France ».
Mais , à ma grande surprise , mon message - bien que lu - restait sans réponse . Au bout de deux jours , Caroline qui habitait Strasbourg m ' a dit qu ' elle n ' était pas sur place , mais que si je ne trouvais personne , elle viendrait me chercher à l ' aéroport . Au bout de deux jours également , Carole m ’ a répondu qu ' elle était super contente pour moi et qu ' elle essayerait de me recontacter au plus vite . Dans l ' attente , je me suis aperçu d ' une chose : tous ceux qui m ’ avaient dit de ne pas hésiter à les appeler si je venais en France l ’ avaient fait juste pour me faire plaisir et non parce qu ' ils le pensaient vraiment ! Cela m ' a un peu choqué , probablement en raison de ma culture africaine .
Dans la soirée , Carole m ’ a appelé : « Salut Adama ! Je ne pourrai pas venir te chercher à l ' aéroport parce que j ' ai un examen le jour de ton arrivée , mais mes parents viendront . » Ouf ! J ' étais très
# 300 / Octobre 2020