18 compagnons défi
© Thierry Caron / Divergence images .
Breton et son travail de Réception presque achevé .
Samedi 14 mars , il est 01 h 11 . Il semblerait que la situation devienne vraiment critique . Le pays s ' arrête de tourner et le monde avec . Il est normal que l ' on prenne les mesures nécessaires pour enrayer la propagation du virus . Pas de mélange de foule , donc moins de risques de diffusion de la maladie . Tout le monde est affecté et nous avec : plus d ' Assises , plus de fêtes compagnonniques , pas de congrès ni de changement de ville et pas de formation . Dire que je devais passer mes examens dans une semaine … Tout s ' annule , tout se ferme . Ce n ' est pas tant la maladie en elle-même qui m ' inquiète mais bien les situations que cela entraîne .
Lundi 16 mars , il est 22 h 18 . Je n ' ai pas écrit les jours précédents , j ' ai cherché à en profiter avant que l ’ on n ' en arrive à ce que l ' on connaît aujourd ' hui : le confinement . La maison s ' est vidée aujourd ' hui et continuera de l ’ être demain . Près des ¾ sont déjà partis . Une voix me dit que je serais bien mieux chez moi , entouré de mes parents , mais j ' en entends une autre qui m ' empêche de partir . […] Cette situation risque de me mettre un coup au moral , mais il faut que j ' évite d ' y penser !
Samedi , j ' ai donc repris mes dessins en salle de cours . […] Mes jeunes sont auprès des leurs . Je suis allé retrouver une amie sur les coups de 19 h 30 . Nous sommes allés boire un verre en centre-ville , et c ' est là que nous avons appris le décret national fermant tous les bars , restaurants et boîtes de nuit ce samedi 14 , à minuit . Nous sommes allés danser mais nous n ' avons pu profiter qu ' un quart d ' heure car à 23 h 50 , le café fermait . Nous nous sommes retrouvés à la rue , comme tout le monde . Je pensais qu ' on ne pouvait pas arrêter un peuple qui danse , apparemment si … C ' était cependant une excellente soirée , j ' en avais bien besoin .
La nuit a été plutôt courte , car nous devions prendre la route tôt le matin pour aller sur Bourbourg faire notre repas de spécialités . Quel dimanche ! Nous avons beaucoup beaucoup beaucoup mangé ! Et surtout beaucoup beaucoup beaucoup ri ! Nous sommes bien soudés maintenant !
Vendredi 1 er mai , il est 19 h 34 . Voilà plus d ’ un mois et demi que je n ’ ai pas écrit . Je relis mes dernières phrases et j ’ avais vu juste . Mon moral a été très troublé par ce confinement . Je suis resté à la maison de Villeneuve-d ’ Ascq pendant ces 7 semaines , avec le prévôt de la maison , le prévôt de la formation , des formateurs et d ’ autres Aspirants . Cela nous a tous paru bizarre de devoir modifier nos comportements d ’ un coup ! Les premières semaines , j ’ ai laissé parler mon corps qui me demandait du repos . Je n ’ ai jamais dormi autant ! Plus de rythme , plus vraiment d ’ obligation , le travail de Réception mis en pause , pas d ’ entreprise … il était donc difficile de trouver de la motivation pour quoi que ce soit . Mais voulant garder une forme de cohésion , car la fraternité était le maître mot pendant cette période , j ’ ai préféré mettre la main à la pâte pour préparer les repas , m ’ occuper des maîtres de stage en quarantaine ( certains présentant des symptômes du Covid ont été isolés dans leur chambre et pris en charge par les itinérants sur place ), nettoyer la maison , la garder en bon état , tout cela tous ensemble . Il y a eu des bons moments , où nous avons beaucoup ri , où nous avons appris ensemble , tant en cuisine qu ’ en jardinage , et d ’ autres avec un peu de tensions , ce qui est normal .
Nous n ’ avons manqué de rien , nous sommes restés en bonne santé et nous avons bien mangé ( tellement que je ne rentrais plus dans mon largeot au moment de reprendre les chantiers , il y a 2 semaines !). J ’ ai perdu la motivation pendant ce confinement , je me suis beaucoup questionné , voyant le temps défiler et celui qui me resterait pour réaliser mon travail de Réception . Alors que je venais vraiment de me lancer , j ’ ai été freiné . Mais de toute façon je n ’ avais pas d ’ autre choix que de l ’ accepter ! C ’ est une fois de plus une remise en question sur moi-même , sur mon engagement auprès des Compagnons . Mais avec la reprise du travail , j ’ ai retrouvé un rythme . Je me penche à nouveau sur mon projet et attends avec impatience la réouverture des maisons , qui , j ’ espère , me permettra d ’ aller à l ’ atelier et finir mon projet .
Mercredi 24 juin , il est 21 h 49 . Le temps file à une vitesse … J ’ ai pu retrouver mon atelier pour attaquer mon travail de Réception . J ’ ai fait face à des complications , des échecs , mais j ’ ai su garder le cap et avancer . Cela n ’ a pas toujours été facile jusque-là et je n ’ ai pas encore fini .
La totalité de mes alvéoles a été fabriquée , j ’ ai fini par m ’ en sortir .
Je suis allé chercher l ’ échafaudage commandé chez un loueur et nous l ’ avons monté dans la foulée . J ’ ai pu poursuivre sur la dépose du plafond existant , retirer l ’ isolation en mauvais état pour la remplacer et enchaîner sur la structure porteuse de mon travail .
J ’ avance petit à petit , j ’ ai commencé la pose dimanche dernier ! Je suis vraiment content , mais à la fois encore en panique , car j ’ espère que tout va bien se passer .
Je reçois de l ’ aide de mes jeunes , des itinérants de la maison et de mes anciens , j ’ ai aussi tout le soutien de mes proches … et il n ’ y a rien de mieux pour garder le moral , pour reprendre confiance en soi .
Je devrais avoir fini dans 2 semaines , mais il me reste encore du travail " à tomber " ! Les nuits prochaines risquent d ’ être courtes ! »
Clément Philippe Breton
Aspirant plâtrier
# 299 / Septembre 2020