partage compagnons 7
Témoignages
Une bénévole confectionne des masques depuis son domicile .
44 BÉNÉVOLES - ITINÉRANTS , FORMATEURS ET COMPAGNONS SÉDENTAIRES , ACCOMPAGNÉS DE LEURS PROCHES ( FAMILLE ET AMIS ) - TRAVAILLENT , CONFINÉS DEPUIS LEUR DOMICILE PARTOUT EN FRANCE ET SUR LEUR TEMPS PERSONNEL , À CONFECTIONNER DES MASQUES EN UN TEMPS RECORD .
créativité et votre esprit d ’ unité qui ont permis la réussite de cette initiative . Autant de qualités que nous partageons et que nous transmettons en compagnonnage . Notre association a la chance de vous avoir , vous pouvez être très fiers de vous . Un grand bravo et un énorme merci de la part de tous les Compagnons du Devoir !
Marc Jarousseau Nantais l ’ Ami du Progrès
Délégué régional d ’ Île-de-France
Rémi Goffinet Franc-Comtois le Fidèle Courageux
Délégué des métiers des matériaux souples
Vidéo du projet : https :// cutt . ly / 1yRAD7J
Renaud Marin , Île-de-France l ’ Ami des Arts , Compagnon tapissier à Reims et formateur à Pantin « Des jeunes et des anciens partout en France ont réalisé des masques , la production des jeunes de Pantin ne pouvant combler à elle seule tous les besoins . Pour cela , notre corps de métier avait sollicité par courriel tous les sédentaires et itinérants confinés équipés de machines à coudre . Les instigateurs du projet - notre délégué de métier , Rémi Goffinet , épaulé par Marc Jarousseau , Compagnon tapissier et délégué régional d ’ Île-de-France , et Didier Martinez , Compagnon cordonnier-bottier - ont créé une première mouture du masque tel qu ’ il est préconisé par l ’ AFNOR et ont effectué des vérifications sur sa lavabilité et ses conditions de fabrication . Ils ont également sollicité d ’ un côté des fabricants de tissu pour obtenir des dons de tissus et de fil à coudre et d ’ un autre côté une entreprise de découpe laser pour tailler les pièces des masques . L ’ AFNOR a ensuite validé le prototype qu ’ ils avaient réalisé . Les normes d ’ hygiène pour les locaux hébergeant des jeunes travailleurs sont assez drastiques , il fallait donc être très rigoureux . Je me suis engagé dans ce projet pour pallier le manque de masques et aussi parce que ma mobilisation bénéficierait à l ’ association à laquelle j ’ adhère : je sais où va le résultat de mon travail . J ’ étais heureux de le faire pour les jeunes , sachant que les apprentis seront eux aussi équipés et sans doute par la suite le personnel des maisons et les maîtres de stage . Nous devions envoyer les 4 et 12 mai deux colis de masques , l ’ objectif étant que les jeunes les aient dès leur retour dans les maisons . Nous avions d ’ abord reçu les pièces de tissu , puis les élastiques . Nous nous sommes mis à plusieurs pour les fabriquer : moi-même , ma salariée qui est Compagnon , mon épouse et ma belle-mère ! Un masque devait être confectionné en 3 minutes , mais dans les faits , cela a pris davantage de temps : 5 à 6 minutes . Même si l ’ ouvrage en luimême reste très simple , il a fallu faire des modifications au niveau de son process de fabrication . Il faut être bien organisé pour produire en masse , or l ’ élastique est arrivé en sac sous la forme d ’ un énorme nœud , ce type d ’ impondérable fait perdre du temps ! À nous quatre , nous y avons passé l ’ équivalent de douze journées de 7 à 8 heures . Nous avons eu la chance de pouvoir travailler dans l ’ atelier de mon entreprise autour de la table de coupe , ce qui nous a permis de respecter la distanciation sociale actuellement en cours . Financièrement , bien sûr , le bilan est nul puisqu ’ il s ’ agit de bénévolat ! Humainement , par contre , cela a été une expérience très chouette ! Le groupe WhatsApp a été une très bonne initiative : j ’ espère que tous ses membres se retrouveront « en vrai » par la suite . Pour beaucoup de jeunes et pour moi-même , une véritable dynamique familiale a pu naître avec ce projet en commun , permettant à chacun d ’ être utile et actif … Cela a aussi été l ’ opportunité pour certains jeunes de faire connaître davantage leur métier à leur entourage . Moi-même j ’ ai passé de beaux moments de travail en famille , même si au bout de 8 heures par jour de fonctionnement , nos machines à coudre étaient au bord de la rupture ! Il reste encore du pain sur la planche , mais je vais laisser ma place et me consacrer à mon entreprise , maintenant que les 1 200 masques que je devais réaliser sont terminés ... »
Mathilde Maugey , Bourguignonne l ’ Alliance des Cœurs , Compagnon maroquinier itinérante à Tours « Ce sont des anciens avec qui j ’ étais en relation pour un projet d ’ unification entre itinérants et sédentaires du Tour qui m ’ ont parlé de cette initiative solidaire . J ’ ai eu envie d ’ accompagner cet élan de solidarité en adéquation avec mes valeurs : je voulais apporter ma pierre à l ’ édifice et comme j ’ avais une machine à coudre neuve à mon domicile et du temps disponible , je me suis proposée . Je pensais me mobiliser deux heures par jour , mais les quantités attendues se sont avérées bien supérieures à ce que j ’ imaginais ... Mes parents sont venus m ’ épauler et à nous trois nous avons réussi à confectionner 600 masques en deux semaines ! Il nous a fallu cinq à six heures de travail journalier pour parvenir au but fixé dans le temps imparti … Mes débuts n ’ ont pas été simples . D ’ une part , je ne suis pas aussi habile avec le tissu qu ’ avec le cuir . D ’ autre part , je ne connaissais pas encore bien ma nouvelle machine . Mes premiers masques n ’ étaient pas une réussite et la première semaine , j ’ étais loin d ’ atteindre les temps de fabrication demandés ! Heureusement , ma mère avait déjà réalisé des masques pour des écoles et m ’ a aidée à atteindre un rythme de croisière , la gamme opératoire ayant été simplifiée entretemps . Nous avons avancé en tandem dans leur confection . Quel bonheur d ’ arriver au bout de nos quantités : mes parents et moi avons fêté cela avec une bonne bière ! Avoir mené ce projet ensemble a été chouette , même si j ’ ai été apparemment une patronne assez exigeante … Cela nous a permis de faire autre chose ensemble que nos activités habituelles ; toute la palette d ’ émotions par laquelle nous sommes passés nous a rapprochés : énervement , fous rires , ras-lebol , sentiment de gratification intense … Le groupe WhatsApp rassemblant les bénévoles nous a permis de partager nos victoires , nos interrogations , nos découragements . Nous avons ainsi réussi faire vivre ce lien social que nous avions perdu avec le confinement . J ’ ai même pu faire connaissance avec des Compagnons d ’ autres villes . Dans les métiers des matériaux souples , nous ne sommes qu ’ une quarantaine d ’ itinérants sur le Tour de France : nous qui ne sommes pas considérés comme un métier « fort » de l ’ association , nous aurons pu rendre ce service à tous les jeunes ! Je serai fière de les voir avec « nos » masques . Je tiens aussi à dire que travailler tout simplement m ’ a fait du bien moralement . J ’ ai même tenté de fabriquer quelques pièces en tissu ! Cela m ’ a donné envie de retourner vite pratiquer de nouveau mon métier . »
# 296 / Mai 2020