Jean-Pierre Denefve:
Le cercueil américain ne s’ ouvre que dans sa partie supérieure. Comme les antiques cercueils en plomb dans tout l’ axe entre la région de Munich en allant vers Passau, le long de la Vallée de l’ Inn. Dans toutes les cryptes, des grands hommes – parce qu’ on va travailler sur la notion de grandeur qui n’ est pas toujours celle de la taille – vous avez des cercueils qui sont en deux places, en deux parties. Il y a la partie en plomb puis il y a la partie supérieure qui s’ ouvre sur la momie naturelle de la personne. Le corps est dissimulé par le fait qu’ il est dans une crypte. Quand vous avez le courage – parce qu’ il faut en avoir le courage-, d’ y descendre, il y a une minuterie, dont on ne vous dit pas le temps. Les cercueils sont toujours posés de telle certaine manière que … le visage est au bout, loin de l’ escalier. Il faut se faufiler parce qu’ il n’ y a pas de place entre les cercueils en plomb, très ouvragés. Et vous arrivez à voir le visage momifié de la personne qui s’ y trouve. À ce moment-là, la minuterie cesse et hop vous vous retrouvez dans le noir. Il y a rarement une personne qui va dans ces cryptes, pour voir ces corps momifiés. On en avait parlé parce qu’ il y a des interventions d’ artistes qui voudraient masquer la boîte. Pas la masquer définitivement, mais en revenir au théâtre de la mort de Julius Koch par ce à quoi il n’ a pas eu droit, comme le grand tissu noir, avec des initiales, comme l’ idée de la civière( c’ est l’ origine du mot « bière »: bière, en allemand civière ça se dit bière). Le cercueil, c’ est beaucoup plus tardif. Jusque 1800, il y avait un cercueil pour tout le monde, qui ne s’ ouvrait pas par le dessus, mais par le dessous comme dans l’ enterrement de Mozart, ou Amadeus). Avec cette idée de monstration-dissimulation. Le théâtre de la mort est intéressant parce qu’ on peut, avec Bertrand, par des interventions artistiques, voir comment on peut montrer Julius. Traiter la boîte, la vitrine si on parle de musée. Comment on peut la fermer, l’ ouvrir, la dissimuler, sur ce qui est « le principe du magicien »: On montre pour cacher, et on cache pour montrer. Plus on cache et plus on a envie de voir. Les enfants par exemple, à l’ école, quand je mettais un objet sous un voile noir, il suffisait que j’ aie fait ça pour que tous les gosses viennent pour voir ce qu’ il y avait en-dessous. J’ aurais essayé d’ attirer leur attention sur cet objet, je n’ y serais pas parvenu … I Ce « principe du magicien », qui est très lié à la mort- dissimulation-monstration- j’ aimerais bien, avec vous, puisque c’ est le but du colloque l’ éclairer.
Stéphane Hendrick:
Sur le thème de la dévoration, et on ne l’ a peut-être pas évoqué parce que c’ est un des grands tabous: le cannibalisme. Dans certaines peuplades, on mange les cerveaux, on mange le corps de l’ autre pour s’ approprier sa force et son intelligence. Il est fort probable que, au moins de façon inconsciente, il y a aussi ce fantasme-là, cette crainte-là, qui rend nécessaire d’ enfermer des corps, du moins de les enfouir. Sarcophage signifie: « manger le corps ». Ceci protège aussi les vivants. Je crois que ce qui pose beaucoup de problèmes, c’ est peut-être moins la mort que la putréfaction. Aujourd’ hui on la court-circuite, d’ ailleurs c’ est une hantise. Puisque de plus en plus de gens se font incinérer.
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