Colloque Julius Koma COLLOQUE corrigé le 4 juin 2017 | Page 113
Elle a réussi à lui faire dire, sans qu’elle ne fasse aucun commentaire : « bientôt on mettra le
cerveau humain dans des banques de données, on pourra faire des espèces de cerveaux
électroniques, les implanter dans des plastinats, utiliser les cerveaux moteurs et faire revivre
alors le sujet qui est mort ».
Je pense que ça conclut toute enquête à son sujet.
Jean-Pierre Denefve :
Dans les théâtres d’anatomie du XVII jusqu’au XIXème siècle, on voit sur des gravures tout
autour du théâtre d’anatomie des jeunes dames bourgeoises probablement, qui viennent
monnayer des morceaux de corps, les peaux des corps qui ont été disséqués, et qui
repartent avec ces corps sous le bras.
Ceci dénote déjà, dès le XVIIIème siècle, d’une extrême perversité du regard autour de ce
qu’on voit, ce qu’on ne voit pas, ce qu’on négocie, ce qu’on emporte, ce que l’on note.
Voyez l’assurance du professeur derrière son pupitre avec son gros livre, qui a lui les mains
gantées et des dentelles et les différentes positions très hiérarchiques qui marquent aussi ce
travail …
Julius Koch, il n’y a plus de corps, il n’a plus de sexe, n’a plus de cerveau, n’a plus la chair,
ni l’odeur ...
J’ai envie de parler de la phallophanie.
Dans les théâtres d’anatomie on posait une pudeur sur le corps de celui qui venait d’être
disséqué.
Dans la peinture, on n’a pas touché au sexe mais de manière non-anatomique, on va faire
bander le corps mort.
D’abord parce qu’il faut que ce soit un homme évidemment.
Aujourd’hui, Daniel Arase raconte qu’on place les tissus sur le corps pour voir si le tissu
reprend les formes du sexe : jamais !
C’est un travail de peintre qui va donner à voir le sexe contre tout principe anatomique
comme dans le Christ Mort de Mantegna à Brera.
Idem sur des icônes qui sont bien plus anciennes.
Von Hagens, moi j’aime bien parce qu’il donne à voir. Il donne à voir ce que beaucoup voient
différemment, de manière plus confortable, y compris sous l’œil de la religion parfois.
Je me demande si ce n’est pas quelqu’un qui, à un moment donné, avec des ambitions
commerciales, a été mettre le doigt sur quelque chose qui est intéressant « dans notre
Julius ».
Même si c’est de l’os, il y a de ça aussi.
Intervenant :
Puisque tu es si bien informé : quelles sont les parties que les dames emportaient ?
Jean-Pierre Denefve:
La peau. La peau était vendue. Après la dissection on vendait la peau. Les dames
repartaient et elles gardaient ça chez elle. C’était un objet de curiosité dans les bonnes
familles.
Intervenant :
On vendait bien les cordes des pendus aussi.
Jean-Pierre Denefve:
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