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Ressources fabriquer des édifices parisiens comme le pont de la Concorde, comme l’ ancienne gare du Nord, que vous ne connaissez pas, sauf si vous connaissez la gare de Lille Flandres … C’ est une façade constituée des anciennes pierres de la gare du Nord. J’ aurais pu vous présenter aussi l’ exemple du palais des Tuileries qui, après avoir brûlé, a été entièrement démonté et réinstallé dans beaucoup d’ édifices parisiens. Il y a notamment un fronton dans un parc à Étienne Marcel qui subsiste de ce bâtiment. Les spolia dont a parlé Natalia, en remontant à l’ époque romaine, étaient une pratique courante.
Avant de rentrer dans mon sujet, j’ aimerais insister sur la notion de conservation des bâtiments avant de réfléchir à celle du réemploi des matériaux. Le réemploi des matériaux est une pratique un peu résiduelle qui consiste à, quand on a décidé de déconstruire un tout, essayer d’ en préserver des parties. Avant de réfléchir à cela, il faut se demander comment on peut conserver les choses en place. Cela va de soi et c’ est bien plus vertueux à tous les niveaux. On peut arriver à des antagonismes en faisant le focus uniquement sur le réemploi des matériaux sans réfléchir en amont à la complémentarité de cette pratique avec celle de la conservation des bâtiments. De la même manière qu’ il ne viendrait pas à l’ idée de démonter la cathédrale de La Major à Marseille ou les barres de Fernand Pouillon, on peut se poser les mêmes questions sur des bâtiments plus ordinaires que vous voyez sur la photo, qui constituent le Panier et dont il faut prendre soin avant d’ envisager leur démontage.
Je vais vous présenter un exemple. On se situe à Tours, dans le quartier du Sanitas, au centre de la ville( voir illustration P3.11), constitué de plusieurs milliers de logements sociaux. Comme, malheureusement, beaucoup de quartiers, et c’ est un débat qui est plus prégnant aujourd’ hui que quand on a commencé cette opération, il est sujet à quelques démolitions. Dans ce contexte, on essaie toujours de comprendre auprès du maître d’ ouvrage pourquoi il démolit, de regarder s’ il y a des marges de manœuvre pour faire autrement, et quand on ne peut pas faire autrement, on s’ intéresse au démontage soigné des matériaux.
Vous voyez un peu l’ identité de ces bâtiments des années 60 et 70, construits en béton principalement pour leur structure et qui, en façade, présentent des blocs de pierre de taille. On s’ est demandé pourquoi on construisait en pierre dans les années 60 et 70 ici et on a trouvé la raison dans les archives historiques. À cette époque, la demande en granulat et en béton est tellement importante qu’ il y a pénurie de béton. C’ est un peu l’ inverse de ce que l’ on connaît aujourd’ hui. C’ est pour cela que les constructeurs sont allés chercher de la pierre dans les carrières locales pour bâtir le complément sur ces façades.
La question est: comment peut-on déconstruire ces éléments pour les réintégrer ailleurs? La première étape, qui est le préalable indispensable, est le diagnostic. Cela consiste à regarder les choses, comment elles sont assemblées et fabriquées, regarder le type de pierre que l’ on a en face de nous. On n’ est pas professionnel de la pierre, donc on ne le connaît pas. Il s’ agit de regarder les dimensions des blocs, s’ ils vont être manutentionnables et déplaçables facilement. Les dimensions des blocs sont les mêmes que celles que Natalia a citées dans le projet espagnol: les blocs ont des largeurs de 80 centimètres qui varient de temps en temps( 60 et 100) et des hauteurs et des épaisseurs constantes( 44 sur 33).
On va regarder ces spécificités et en particulier les joints d’ assemblage. Qui dit réemploi, dit démontage soigné ou dépose soignée ou déconstruction. Il existe beaucoup de mots pour désigner cette opération qui consiste à déposer soigneusement quelque chose, un peu avec le film inverse de la façon dont on l’ a construit.
Vous voyez un petit trou que l’ on fait avec notre perceuse pour voir si la mèche rentre bien ou moins bien pour avoir une idée du type de liant. Quand cela rentre aussi bien, une première étape est passée, parce que cela veut dire que ce n’ est pas un mortier de ciment, mais un mortier de chaux ou un mortier bâtard. En tout cas, le joint pourra céder avant le matériau, en l’ occurrence la pierre. C’ est une première bonne nouvelle.
Ensuite, si vous voulez que votre matériau soit réemployé après l’ avoir démonté, comme il n’ existe pas de marché préconstitué, il faut trouver des opérations réceptrices, donc des chantiers, avec des maîtres d’ ouvrage et des architectes qui vont s’ emparer de ces matériaux pour les remettre en œuvre. On contacte, avec notre maître d’ ouvrage, le bailleur social Tours Habitat qui est le plus gros bailleur de la région, on contacte des maîtres d’ ouvrage du coin et des architectes, on leur fait visiter les bâtiments, on leur explique ce qu’ ils ont en face d’ eux et on regarde comment ils vont pouvoir, s’ ils le souhaitent, intégrer cela dans leur projet.
P3.11
Une étape fondamentale à cette échelle
53 COLLOQUE- LA PIERRE, UN CHOIX SOCIÉTAL