Collision Collusion Collision Collusion | Page 84

16 Augé Marc, L’ impossible voyage,
2013 voix n ' était plus la sienne, elle était devenue celle de Blanche Neige. Il ne s ' agit pas d ' un caprice de la part de l ' interprète mais d ' une réelle prise de conscience. La justice lui donna raison et elle gagna son procès. C’ est frappant comme derrière le masque de simple fiction se cache autre chose de moins innocent. J ' en reviens à cette notion d’ autorité que j ' avais abordé précédemment. Disneyland a pris une ampleur territoriale en se sortant de l ' imaginaire 2D pour s ' inscrire dans notre espace. Cette croissance sur le territoire s ' accompagne d ' une prise de pouvoir revendiquant un monopole. Disneyland est un Etat autoritaire qui n ' autorise et ne tolère pas le doute, ce qui est flagrant dans l ' expérience de Pilvi Takala. Ce pourquoi je ne suis pas vraiment d ' accord avec Marc Augé 16 lorsqu ' il compare l ' expérience de Disneyland à « l ' expérience du vide et de la liberté ». Il me semble que cette liberté est totalement illusoire. Ce n ' est pas parce qu ' il n ' y a priori pas d ' enjeux à notre visite à Disneyland que nous sommes libres d ' y faire tout ce que l ' on veut. Force est de constater que bien au contraire, notre présence à Disneyland doit être conforme aux attentes du parc. De fait la construction de Disneyland peut être considérée comme une utopie dans le sens qu ' elle est selon Louis Marin la représentation du rapport imaginaire que la classe dominante de la société américaine entretient avec ses conditions réelles d ' existence. Louis Marin parle même « d’ utopie dégénérée » qui aliène son visiteur et le piège. Une utopie pervertie « bloquée dans un système de représentations immobiles et totalitaires ». Il s ' agirait d ' une projection fantastique de l ' Histoire des Etats-Unis dans son rapport à l ' étranger. De plus, déplacée à Marne-la-Vallée cette projection parait quelque peu étrange …
Disneyland pourrait être le reflet d ' une utopie occidentale et de l ' endroit de notre origine. J ' ai grandi avec l ' idée qu ' il fallait se méfier des reflets. Je pense être la dernière génération à qui le mythe de Narcisse fait écho. Celles qui me suivent ne semblent pas avoir le même rapport au reflet. Il suffit de voir ce qui se développe avec le selfie par exemple. Pour beau-
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